Question:

Monsieur Arcand,

Quels sont les signes avant-coureurs qu'un employeur veut nous congédier? J'ai peur d'être dans cette situation...

Réponse:

Cher lecteur,

Même si votre question sort un peu de mes compétences de recruteur, elle m’interesse, et c’est pourquoi je prends le temps d’y répondre.

En fait, nos confrères qui œuvrent en relation de travail seraient probablement mieux placés que moi pour vous donner l’heure juste.

Me Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Me Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Ceci étant dit, j’y réponds en me basant sur les témoignages reçus au cours des dernières années tant par des candidats que par des amis qui ont eu l’infortune de se retrouver dans une telle situation.

Il y a plusieurs stratégies qu’une entreprise peut utiliser afin de se départir des services d’un de ses employés, et les signes avant-coureurs vont dépendre de la stratégie choisie. Plus l’entreprise souhaite un départ volontaire afin d’éviter de payer une prime de départ, plus les signes seront subtiles et souvent déplaisants.

De façon générale, une mauvaise évaluation, une note disciplinaire, une rencontre au cours de laquelle on vous informe être insatisfait de votre rendement peuvent être des signes avant-coureurs mais ce peut être également un avertissement sérieux sans pour autant qu’une décision soit déjà prise. On vous donne la chance de vous amender.

Si cependant la mauvaise évaluation contredit beaucoup les précédentes sans que vous ayez changé quoi que ce soit dans votre comportement, peut-être que l’entreprise a décidé de «monter un dossier » afin de pouvoir justifier votre futur congédiement.

Il en va de même pour une ou plusieurs notes disciplinaires plus ou moins justifiées, ou des rencontres au cours desquelles on vous reproche tel ou tel comportements, telle ou telle erreurs. Quelques fois, on ira même jusqu’à vous signaler que certains de vos collègues ont de la difficulté à travailler avec vous.

Votre supérieur peut aussi commencer à rejeter les projets que vous lui présentez sous prétexte que ce n’est pas ce qu’il vous a demandé, ou que le travail n’est pas satisfaisant.

Dans le fond, l’entreprise veut s’assurer d’avoir une cause juste et suffisante pour vous congédier, et elle prépare son dossier en conséquence. Elle ne souhaite pas vous mettre dans une situation invivable afin que vous quittiez, elle veut vous enlever tout recours lorsque les gestionnaires vous annonceront qu’ils mettent fin à votre emploi.

Dans des cas où il y a plus de malice ou même de la mauvaise foi, l’entreprise fera tout ce qui est en son possible pour favoriser le ou les départs volontaires.

Ils vont modifier discrètement votre rôle dans l’entreprise en vous confiant des tâches moins intéressantes ou en confiant à d’autres certaines responsabilités qui faisaient partie de votre travail.

On vous retirera des avantages ou des petits plus dont vous pouviez bénéficier. On réduira votre compte de dépenses, on coupera vos formations, ou on vous imposera des horaires plus stricts parfois sans raison. Souvent, on vous dira que tout va bien et de ne pas vous inquiéter. Bref, on veut vous pousser vers la sortie en vous rendant malheureux et tous les moyens sont bons.

Parmi les lecteurs, il y a en probablement plusieurs qui se disent qu’on voit ça seulement dans les films et que ça ne se passe pas ainsi dans la vrai vie. Détrompez-vous, bien que ce soit une infime partie des cas de congédiement, j’en vois régulièrement et quelques fois je suis surpris de l’identité de l’entreprise.

Ce ne sont pas souvent des PME qui utilisent ce genre de stratagèmes mais bien des grandes entreprises reconnues. À leur décharge, ce n’est habituellement pas la décision de l’entreprise mais bien celle d’un gestionnaire… qui a probablement atteint son niveau d’incompétence.

Congédier quelqu’un peut se faire dans la dignité et le respect, il faut juste que ces valeurs soient prioritaires par rapport au chiffre en bas des états financiers.

En résumé et pour revenir aux situations plus courantes, les signes avant-coureurs d’un congédiement prochain, se regroupent en trois points :

1- Une baisse ou modification du travail ou des responsabilités
2- Des évaluations, rencontres ou « feed-back » négatifs
3- Une détérioration de la relation avec votre supérieur

Si vous vivez les trois, votre temps est probablement compté. Deux des trois, une rencontre avec votre supérieur serait une bonne idée. Une des trois, laissez aller quelques semaines pour voir, et essayez de corriger le tir dans le cas d’évaluations négatives.

J’espère que ma réponse vous aidera et je vous souhaite de vous alarmer sans raison.

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Me Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.


Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.