Question:

Bonjour Monsieur Arcand,

Je suis une femme, d'origine arabe et musulmane. J'ai donc trois caractéristiques qui m'empêchent d'occuper des emplois clé même si je détiens d'excellentes compétences. Je note une nette différence ! Si mon nom était québécois cela rendrait ma tâche plus facile.

Je constate à quel point la différence fait peur. Que faire pour la dépasser lorsqu'on sait que nous avons les compétences et le niveau pour occuper des fonctions intéressantes ? Comment faire pour montrer à l'employeur que nous sommes un atout pour son entreprise malgré cette différence.

Merci pour votre aide !

Réponse:

Chère lectrice,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Je me suis demandé si je pouvais me permettre de répondre à votre question en toute franchise sans pour autant créer un séisme et une levée de boucliers.

En y réfléchissant, je constate que la réalité n’est pas si dramatique que ça, dans la mesure où on est pragmatique et qu’on met les choses en perspective.

Vous êtes une femme arabe musulmane donc différente et minoritaire ce qui vous incite à statuer que cela vous empêche d’occuper des emplois clés. Je pense qu’il faudrait nuancer cette affirmation en mentionnant que ces trois caractéristiques vous rendent la tâche plus ardue sans pour autant vous en empêcher.

Pour preuve, il y a des femmes arabes musulmanes qui occupent des postes clés au Québec. Elles ne sont pas légions mais il y en a.

Ceci étant dit, ces trois caractéristiques vous désavantagent d’une certaine façon et vous avez certainement raison de poser cette question, à savoir : Le monde du travail, juridique ou autre, est-il prêt à faire un pas vers une réelle ouverture ?

Je formule ma réponse avec le plus grand respect pour les opinions divergentes, et ce, dans une optique générale et non en regard de vos différences personnelles. Je ne parle pas spécifiquement des femmes, ni des arabes, ni des musulmans pas plus que je ne parle spécifiquement des handicapés, des gays, des noirs. Je parle d’être différent et de vivre dans le monde réel et non dans une réalité utopique ou tous les êtres humains bénéficieraient de chances égales sans égards à leurs différences.

Ma réponse est OUI, en lettres capitales. Oui le monde du travail québécois est prêt à faire un pas vers une réelle ouverture. J’irais même jusqu’à dire qu’il l’a déjà fait et qu’il chemine constamment dans cette direction.

Est-ce qu’on a atteint la pleine égalité pour tous ? NON, aussi en lettres capitales… Est-ce qu’on l’atteindra un jour ? NON… Suis-je pessimiste ou encore fataliste ? NON, je suis réaliste et je vis dans le monde réel.

Partout dans le monde, sauf dans certains pays totalitaires, la majorité l’emporte sur la minorité. C’est d’ailleurs le principe à la base de la démocratie. Mais une bonne démocratie tient compte de ses minorités et en prend soin. C’est ce que le Québec et le Canada font. Est-ce que le système est parfait ? Non mais il est loin d’être oppressant.

Vous n’avez pas toutes les chances auxquelles vous auriez droit dans un monde idéal. C’est probablement vrai mais vous êtes intelligente et éduquée et pour ces raisons, vous avez accès à des emplois valorisants et stimulants. Ce n’est pas tout le monde qui a cette chance. Pensez à cet enfant de quatre ans élevé à coup de pieds dans le derrière par son père alcoolique et sa mère en dépression. Peut-il revendiquer un monde plus ouvert où il aurait une chance de faire sa place… non, peu importe son origine ethnique, son sexe ou sa religion, il sera désavantagé toute sa vie.

Sans tomber dans le fataliste et surtout cesser de croire en un monde meilleur et plus ouvert, il faut quand même savoir apprécier ce qu’on a et cesser d’exiger de la société ce qu’elle ne peut nous donner.

Voilà pour mon éditorial concernant votre entrée en matière… Pour ce qui est de comment faire en sorte de passer outre ces obstacles, il n’y a qu’une solution qui s’applique également à cet enfant de quatre ans. Il faut travailler plus fort que les autres, êtres plus patients que les autres et être en mesure de se fixer des objectifs ambitieux mais réalistes en fonction des caractéristiques qui nous sont propres.

En terminant, j’espère ne pas avoir usé d’un ton trop moralisateur, ce n’est pas le but visé.

Bonne semaine.