1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ? Accident de parcours ou histoire de famille ?

Le droit n’est dû ni à un accident de parcours ni à une tradition familiale. J’ai su vers l’âge de six ou sept ans que je voulais devenir avocat : je voulais travailler avec les mots et avec les gens qui étaient aux prises avec des problèmes. J’avais une véritable fascination pour la langue et la persuasion verbale, et je voulais aider. J’étais d’avis qu’en développant ces talents, cela pourrait ainsi servir à d’autres. J’étais également attiré par le jeu des règles sociétales. Les discussions en famille, la télévision et les grandes causes qui se plaidaient pendant ma jeunesse m’influençaient aussi en ce sens. Cette fascination que j’avais à l’époque, je la vis aujourd’hui et je me considère très chanceux !

2. Quel sont les plus grands défis professionnels auxquels vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Me Simon V. Potter est associé au sein du groupe de litige de McCarthy Tétrault à Montréal
Me Simon V. Potter est associé au sein du groupe de litige de McCarthy Tétrault à Montréal
Parce que j’ai toujours aimé mon travail et parce que je trouvais les dossiers que j’avais absolument fascinants, mon défi le plus important a été de chercher un peu d’équilibre dans tout cela, question de me permettre de connaître et de suivre mes enfants. Ce fut un défi constant tout au long de ma carrière.

À cause de la nature des dossiers que je prenais, l’autre défi a été de composer avec la critique qui se faisait parfois entendre. On disait en effet, que je défendais « le mauvais côté » dans les débats publics. Ma famille recevait aussi parfois les critiques. Il fallait soit les ignorer soit y répondre, et il fallait dans tous les cas m’assurer que mes enfants aient eux aussi les outils pour y faire face. Je pense ici notamment à mes trois grands dossiers du tabac, ainsi qu’au pro bono que j’ai fait pour des gens accusés de terrorisme. Le devoir de représenter les gens ne donne pas toujours une garantie d’avoir des dossiers qui auront la cote chez le public ! (rires).

Parmi les autres défis, mentionnons celui de l’année pendant laquelle j’ai été président de l’ABC, au moment même de ce que j’appellerais la « grande peur terroriste » ayant suivi de près les événements de septembre 2001. Je portais le chapeau du Barreau canadien pour discuter avec le gouvernement fédéral des lois anti-terroristes et de blanchiment d’argent.

Dans cette période de grande émotion, il était impératif de mettre en place les bonnes équipes pour éviter les excès auxquels pouvaient mener ces lois. Le travail avec le gouvernement a duré deux-trois ans, et le litige qui a suivi, durant plusieurs autres années pendant lesquelles je suis resté impliqué sur le dossier. Tout le monde voulait en savoir plus sur la réussite canadienne. Partout ailleurs qu’au Canada, des lois obligeaient les avocats à faire de la délation au sujet de leurs propres clients. Au Canada, nous avons au contraire obtenu des injonctions pour faire en sorte que ces lois ne s’appliquent pas aux avocats. Ce fut un défi très important et enrichissant, que j’ai beaucoup aimé relever.

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit ?

La pratique du droit n’est plus ce qu’elle était pour les jeunes à mes débuts en 1975. Certaines pressions et exigences rendent maintenant la vie plus difficile aux jeunes avocats. Je pense notamment à la pression mise sur les cabinets d’avocats pour être de plus en plus efficace. Nos opérations deviennent parfois tellement commerciales qu’il peut être facile d’oublier que nous avons des devoirs envers la prochaine génération. Les clients sont mus par des objectifs à court terme et ne comprennent donc pas toujours bien cette réalité. Il en découle donc une plus grande difficulté pour les jeunes à évoluer convenablement et à obtenir le bon mentorat.

Il est pourtant nécessaire d’impliquer davantage nos jeunes dans un plus grand nombre d’aspects de nos litiges, en leur donnant plus d’occasions de prendre contact avec les clients. Il faut évidemment accepter de mettre l’énergie nécessaire pour résister aux pressions et trouver le moyen de faire en sorte que les jeunes générations reçoivent les bonnes formations. Il ne s’agit pas de baguette magique, mais de se tenir debout et de savoir dire au client que la manière à court terme n’est pas toujours la bonne. Cela implique aussi parfois de mener de petites batailles à l’intérieur même de nos propres cabinets, de façon à résister à une arithmétique trop serrée.

En bref, cela implique de prendre le temps – ce qui implique parfois de prendre le temps sans pour autant charger le client. Il est à mon avis primordial de s’assurer que les jeunes ont accès au genre et à la variété d’expériences qui leur permettra, à 40-45 ans, d’avoir un vrai pouvoir d’analyse et un bagage de connaissances et de réactions qui soient à la hauteur.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Je crois que la perception demeure inchangée. On se pose sans cesse cette même question, pour toujours finir par se lamenter de la piètre perception que le public a des avocats.

Nos barreaux et associations dépensent beaucoup d’argent avec pour objectif de rehausser la réputation des avocats. À mon avis, c’est une dépense qui sert avant tout à nous faire plaisir à nous, les avocats : nous aimons bien sûr voir des messages qui nous flattent. Il n’y a pourtant qu’une façon d’améliorer les choses, soit en défendant plus visiblement l’intérêt public et en faisant mieux notre travail.

Il est vrai, cela dit, que nous faisons face à une difficulté que d’autres n’ont pas. Quelqu’un qui consulte son médecin ou son architecte n’est pas confronté au même moment à un autre médecin qui veut le rendre malade ou encore à un architecte qui veut faire tomber sa maison! Or, nous, avocats, payons le prix de l’inévitable situation adversariale dans laquelle nous sommes placés en litige – et cette adversité affecte évidemment négativement la perception.

Rappelons-nous par ailleurs que les sondages faits auprès non de la population en général, mais auprès de gens qui connaissent les avocats, sont très favorables. Les gens qui sont informés sont généralement impressionnés par la qualité du travail et par le dévouement de leurs avocats.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant avoir une carrière à succès semblable à la vôtre?

Lisez, lisez, lisez. Écrivez, écrivez, écrivez – et dans les deux langues, ou dans une troisième ou quatrième langue si cela est possible. Un point de différentiation non négligeable parmi les jeunes est cette facilité pour les langues ou la capacité de bien s’exprimer. Nous vivons dans une période d’évolution technologique où le bombardement incessant de messages fait diminuer les chances de s’arrêter pour réfléchir et s’exprimer. Nous produisons donc, par voie de conséquence, des jeunes qui ne savent que « régurgiter » de l’information, alors qu’il faut par tous les moyens trouver des façons de développer un esprit d’analyse, un sens critique et un pouvoir d’exprimer ses pensées de façon à ce que le client, le juge et le public comprennent.

Pourquoi ? Parce que c’est cela qui garantira le succès. Si vous travaillez de longues heures et produisez quelque chose d’incompréhensible, vous échouerez. Si vous produisez quelque chose d’inutile, ou quelque chose que le juge ou le client considérera comme futile, vous ne réussirez pas non plus. Votre produit doit être compréhensible, intéressant et utile.

Deux livres qu’il aime beaucoup et nous recommande: Paris 1919 (Margaret Macmillan et Richard Holbrook) et The March of Folly (de Barbara Tuchman)

Le dernier bon documentaire qu’il a vu : The Roosevelts : an Intimate History, diffusé sur PBS récemment. Le documentaire étudiait les forces et faiblesses de Theodore, Franklin et Eleanor Roosevelt.

Il adore…le motown!

Une expression à laquelle on le reconnaît : ‘Just a minute’, ou ‘un instant’, qu’il utilise pour interrompre quelqu’un qui lui paraît faire ce qu’il appelle un ‘saut de logique’.

Son péché mignon (et son obsession, de son propre aveu!) : les mots croisés!

Ses restaurants préférés : La Pizzella, rue St-Mathieu, et Chez Delmo, rue Notre-Dame.

Un endroit qu’il aimerait visiter : La Sicile

Les trois personnages historiques qu’il admire le plus : Franklin Delano Roosevelt, Elisabeth 1e et Lincoln. Ce sont des gens qui ont soudainement fait face à d’énormes obstacles et à des problèmes qui paraissaient insolubles, mais qui en y faisant face ont réussi à dépasser leurs propres limites. Roosevelt a mené quatre termes comme président tout en souffrant de la polio, et a surmonté son passé aristocratique pour devenir défenseur du ‘little man’. Elizabeth 1e, elle, est devenue reine à une époque où on ne pensait pas les femmes très fortes. Elle a su réunir le pays et faire face à l’invasion des espagnols. Quant à Lincoln, il s’est retrouvé président au milieu d’une guerre terrible et a fait modifier la constitution d’une façon dont plusieurs ne voulaient pas.

S’il n’était pas avocat, il serait …journaliste chroniqueur, auteur ou politicien, par amour du pouvoir des mots et du jeu sociétal.

Me Simon V. Potter est associé au sein du groupe de litige de McCarthy Tétrault à Montréal. Il est reconnu pour son expertise dans les litiges en droit commercial et en droit des sociétés, dans tous les domaines du droit administratif se rapportant au commerce, à la concurrence et au droit constitutionnel. Il possède également de l’expérience dans les grandes causes d’arbitrage à l’échelle nationale et internationale, tant à titre de conseiller juridique que d’arbitre.

Diplômé de McGill en 1975 après des études à Dartmouth College aux États-Unis, il a fait la grande partie de sa carrière chez Ogilvy Renault (maintenant Norton Rose Fulbright), se joignant à McCarthy Tétrault en 2004.

Contribution à la profession

Me Potter a été président de l’Association du Barreau canadien en 2002-2003. Il est Fellow du American College of Trial Lawyers. Il a fait partie de groupes spéciaux binationaux établis aux termes du chapitre 19 de l’ALENA afin de réviser les décisions sur les mesures antidumping et les octrois de subventions.

En plus d’avoir donné des cours de droit international, de plaidoirie et de droit constitutionnel, il participe régulièrement en tant que juge à la tenue de tribunaux-écoles ainsi qu’à des concours de plaidoirie. Il est membre de nombreuses associations internationales dont, entre autres, l’American Bar Association, l’International Bar Association et la London Court of International Arbitration. Il est souvent appelé à présenter des conférences sur des questions de droit ou de pratique.

Rayonnement

Excellent vulgarisateur, il est régulièrement consulté par les médias québécois et nationaux pour expliquer des notions complexes à un large public non-averti. Engagé dans la communauté, il fait partie du conseil d’administration de l’organisation LOVE Québec.