1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ? Était-ce une histoire de famille, une évidence ou encore le fruit de longues réflexions ?

Il s’agissait d’un processus d’élimination. Au Cégep, j’ai étudié les sciences de la santé. C’est en entrant à l’université que j’ai changé de direction. Même si j’avais toujours été intéressé par le commerce et les affaires, j’ai choisi le droit pour des raisons qui parfois m’échappent aujourd’hui. Je voyais le droit davantage comme une étape de ma formation que comme une façon d’y trouver mon futur métier.

J’ai eu la chance d’être séduit par la pratique dès mon stage. C’était une époque où les valeurs mobilières étaient très populaires et où l’on travaillait sur les actions accréditives et le programme du Régime d’épargne-actions du Québec. Peu de gens s’y connaissaient au Québec et ce fut pour moi un créneau facile à développer, en faisant usage de discipline et de gros bon sens.

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Me Charles Spector est associé chez Dentons Canada
Me Charles Spector est associé chez Dentons Canada
Le plus grand défi est de trouver une niche dans laquelle on y trouve du plaisir. C’est une chose que de devenir un bon avocat sur le plan technique, et une autre de développer la clientèle qui doit venir avec. C’est un défi auquel nous faisons face tous les jours en pratique privée. Personne n’est à l’abri de la possibilité de perdre un client même s’il est le meilleur avocat au monde. Il faut donc toujours rester à la recherche de clients qui sauront penser à nous en temps opportun. Année après année, cela représente un défi et rend la pratique parfois imprévisible et insécurisante.

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit ?

Je changerais la façon dont les ‘pitchs’ aux clients et les soumissions aux appels d’offres déposés par les clients sont parfois gérés. Nous nous faisons demander une estimation réelle des coûts, et c’est ce que nous nous devons de fournir. Seulement, une estimation très honnête de ceux-ci fait parfois en sorte que nous perdons un appel d’offres en raison du fait que les concurrents ne fonctionnent pas de la même façon. Or, une fois le travail commencé avec l’autre cabinet, il est rare, même si le budget prévu est largement dépassé, de voir ce client changer de cabinet en cours de mandat. Il est pourtant nécessaire de bâtir un budget réaliste qui a une réelle connexion avec la réalité. Une soumission trop basse et non réaliste ne sert pas les intérêts du client.

Je ne suis pas convaincu que les cabinets sortent gagnants de cette joute; « it’s the race to the bottom », comme on dit en économie, et cela risque évidemment d’affecter la profitabilité des cabinets. Cela peut évidemment servir le client, mais n’oublions qu’ils peuvent eux aussi y perdre quelque chose. Il y a une certaine valeur à la fidélité; le fait de sauter d’un cabinet à un autre implique de perdre la relation de confiance et la connaissance que le cabinet a du client.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique ? Et pourquoi, à votre avis ?

Je me rappelle d’avoir été étonné de constater, lorsque j’étudiais à Columbia à New York, à quel point la réputation des avocats n’était pas bonne. Je trouvais que la profession en général était mal perçue, même par les avocats eux-mêmes. Au Canada, les choses étaient différentes : la profession était mieux perçue et davantage respectée. Or, l’écart de perception entre les deux pays s’est amoindri depuis : la perception est aujourd’hui moins bonne qu’avant. Pourquoi ? Notamment parce que la rémunération que reçoivent les avocats est de plus en plus chose connue et que cela fait parfois mauvaise presse, que quelques fraudeurs ont négativement affecté l’image et que, même s’il y a probablement moins de ces cas qu’auparavant, ces dossiers font la manchette lorsqu’ils surviennent.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant réussir en droit des affaires en cabinet, comme vous ?

Le premier critère est de faire diligence et de prendre le métier au sérieux, en devenant un avocat qui soit bon techniquement et travaillant. Il faut aussi développer sa capacité à sortir de sa zone de confort pour pouvoir développer de la clientèle. Certains sont trop réservés lors des cocktails ou des lunchs avec les clients. Pour réussir son développement de clientèle, il faut choisir quelque chose que l’on aime faire et s’entourer de gens qui aiment les mêmes activités que soi. Peu importe qu’il s’agisse de s’impliquer auprès d’un conseil d’administration local ou d’un hôpital : il faut s’assurer de s’investir à 100%, de façon à ce que les gens voient en vous quelqu’un qui se dévoue et qui a un intérêt à bâtir sur le long terme. Il ne faut pas s’impliquer avec l’idée de simplement avoir de futurs mandats; il faut le faire avec pour objectif de se bâtir un réseau.

Ce n’est pas en facturant 2000 heures par an et en s’en tenant à cela que l’on fait des rencontres. Rester entre les mêmes quatre murs du matin au soir ne permet pas de faire avancer quoi que ce soit sur le plan du développement d’affaires. Marcher quelques coins de rues dehors pour aller chercher un sandwich, à l’inverse, permet parfois de rencontrer quelqu’un qu’on connaît et de lui parler quelques minutes.

Lorsque des clients me joignent en dehors des heures normales de travail, que ce soit le soir ou la fin de semaine, je vois la chose non pas comme du temps chargeable mais comme une volonté pour eux d’échanger des idées avec moi. Je suis content de voir que le client se sent suffisamment à l’aise pour m’appeler chez moi. Il faut parfois être prêt à donner le service gratuitement et à bâtir non pas seulement des relations avec des clients, mais avec des amis. Il est évident que le métier requiert une disponibilité parfois presque 24 / 7, mais aux taux horaires que nous chargeons, cela se comprend !

En vrac…

Le dernier bon livre qu’il a lu – ‘The Terror’ (auteur : Dan Simmons).

Son film préféré – Pulp Fiction (réalisateur : Quentin Tarantino)

Il écoute … bien des choses, comme Young the Giants et Coldplay, notamment.

Son expression ou diction préféré – ‘Don’t worry, it will be fine’.

Son péché mignon – le ski ! Même s’il a autre chose à faire, il trouve toujours du temps pour skier!

Son restaurant préféré – le Shô-Dan (rue Metcalfe)

Les pays qu’il aimerait visiter – La Thaïlande et l’Afrique du Sud.

Les personnages historiques qu’il admire le plus (et pourquoi?) – Benjamin Franklin et Abraham Lincoln, pour leurs politiques et sociales, et Leonard de Vinci. Lincoln a fait bien des choses pour libérer les esclaves et mettre des mesures en place, même s’il savait que cela venait avec le risque de la guerre civile. Franklin, quant à lui, avait des idées politiques étonnantes et croyait en l’avancement des êtres humains. Enfin, Leonard de Vinci était, selon moi, presque comme quelqu’un qui venait du futur : il était si avancé pour son époque!

S’il n’était pas avocat, il serait…charpentier, travailleur de la construction ou médecin, parce qu’il aimerait pouvoir sauver des vies!

Me Charles Spector est associé chez Dentons Canada. Après avoir complété ses études à McGill en 1980 avec un baccalauréat en arts (relations industrielles et économie), il passe les deux années et demie suivantes à poursuivre d’autres intérêts incluant le ski compétitif, la construction d’un chalet au Vermont et quelques saisons comme moniteur de ski en Suisse et moniteur de ski nautique au Mexique.

De retour au Canada, il fait une demande à l’Université de Sherbrooke pour poursuivre des études en droit. Sa décision de poursuivre ses études à Sherbrooke est alors motivée par son désir d’améliorer son français pour pouvoir ensuite pratiquer le droit au Québec.

Ayant participé aux courses au stage et avec encore relativement peu d’informations quant aux différents cabinets, il opte pour le bureau où il se sent le plus confortable, soit Lapointe Rosenstein. Après deux années et demie de pratique, il fait une demande à l’Université Columbia (New York) pour poursuivre une maîtrise en droit en financement corporatif. Même si la tentation de rester à New York est forte, il décide de revenir à Montréal et retourne chez Lapointe Rosenstein.

En 1991, il se joint à Byers Casgrain. Vingt-trois ans plus tard, il s’y plaît toujours ! Au cours de sa carrière chez Dentons Canada, il a occupé les fonctions d’associé directeur du bureau de Montréal entre 2003 et 2006, d’associé directeur du bureau de New York entre 2006 et 2009 et de membre du conseil d’administration de la société Dentons Canada de 2008 à aujourd’hui.