1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ? Histoire de famille, tombée dans la soupe lorsque vous étiez jeune ou choix par élimination?

Je ne peux pas dire que je suis tombée dans la soupe lorsque j’étais petite : je ne viens pas d’une famille aux racines juridiques. Il s’agit plutôt d’un hasard que je dirais ‘dirigé’. J’ai complété mes études secondaires au privé et le discours qu’on y tenait était que nous devions aller à l’université en génie, en droit ou en médecine. L’accent était mis sur les professions libérales. Je ne savais pas trop de quel côté je me rangerais, à savoir en sciences humaines ou en sciences pures.

Au cégep, j’ai décidé d’opter pour les sciences pures et les sciences de la santé. J’ai rapidement éliminé le génie, sachant qu’il fallait être très fort en mathématiques pour bien réussir. J’ai dû éliminer la médecine lorsque, pendant le cours de dissection d’un lapin dans le cadre du cours de biologie, j’ai perdu connaissance! (rires). Il me restait donc le droit ! Dès mon premier cours, la toute première semaine, j’ai eu un coup de foudre pour la discipline.

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Me Julie Normand est directrice principale affaires juridiques chez Énergie Valéro et lauréate d’un prix conseiller juridique de l’année
Me Julie Normand est directrice principale affaires juridiques chez Énergie Valéro et lauréate d’un prix conseiller juridique de l’année
Mon plus grand défi en carrière fut de me réorienter du litige vers le droit des affaires, alors que j’étais en pratique privée, vers 2004. J’ai travaillé très fort, et cela n’a pas été facile.

Je me joignais à un club sélect d’avocats de droit corporatif alors que j’avais une dizaine d’années d’expérience comme avocate de litige. En pratiquant en insolvabilité chez McMillan, j’ai pu tranquillement me détacher du litige: c’est un domaine où la pratique est mixte.

Je ne voulais pas être traitée comme une junior mais il me manquait encore bien des connaissances en droit des affaires. La courbe d’apprentissage était importante. Diriger une transaction n’arrive pas du jour au lendemain, même avec des études de droit en main ! Du jour au lendemain, je suis donc, du fait du changement, devenue moins efficace : il me fallait donc compenser en faisant une bonne partie du travail sur mon temps personnel.

Outre les connaissances à acquérir, il fallait aussi gagner la confiance de mes confrères, en éliminant le doute initial qu’ils pouvaient avoir. J’ai donc travaillé à les convaincre, et je crois y être arrivée !

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit ?

Ce que je changerais ? La tyrannie des heures facturables et le carcan dans lequel les bureaux se sont mis et ont tendance à se maintenir.

On sent une résistance des bureaux à changer leurs paradigmes, ce qui selon moi est nuisible à la profession à long terme. Le modèle du taux horaire est une invitation à l’inefficacité : si l’on dit à quelqu’un qu’il sera payé en fonction du temps que cela lui prendra, l’incitatif est de travailler plus longtemps que moins. Il existe pourtant différentes façons de mettre un prix sur les services juridiques, et je suis d’avis que l’avenir de la profession passe par là. Il est possible d’être rentable et d’évaluer sa rentabilité de façon adéquate en adoptant d’autres modèles que celui de la facturation à l’heure.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Je pense que les choses s’améliorent. J’attribue notamment ce changement positif au nombre grandissant d’avocats qui pratiquent en entreprise, et qui font ainsi ‘le pont’ entre le droit et les affaires. Le fait que des avocats deviennent des membres à part entière d’équipes internes et de l’entreprise se reflète positivement sur l’image de la profession, la rendant moins hermétique dans ses façons de faire et ses croyances.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière? La recette du succès, c’est quoi ?

Il existe évidemment autant de parcours que d’individus, et il n’y a donc pas une seule ‘recette magique’. Je crois que le droit, de nos jours, et surtout dans la pratique commerciale, requiert une spécialisation pendant ses premières années comme avocat de pratique privée. Il n’y a plus beaucoup de place pour les généralistes, et ce n’est pas toujours facile de se spécialiser en débutant : on ne sait pas toujours où sont nos forces. Les avocats d’entreprise qui envoient certains dossiers à l’externe cherchent généralement des spécialistes dans un domaine de droit donné.

Devenir un avocat d’entreprise est pour moi une spécialité en soi, qui requiert de savoir toucher un peu à tout. Je crois qu’il est plus aisé de faire le saut en entreprise plus tôt que plus tard en pratique. Passer avant cela par ‘l’école des cabinets privés’ demeure une excellente chose, vu le nombre de clients auxquels on a accès et considérant les bons programmes de formation et le mentorat qui y existent.

En vrac…

Le dernier bon livre qu’elle a lu – 1Q84 (auteur : Haruki Murakami )

Le dernier bon film qu’elle a vu – The Judge (réalisateur : David Dobkin)

Sa chanson fétiche – « Hooked on a feeling »!

Son expression ou diction préféré – ‘I don’t stop when I’m tired, I stop when I’m done.’, qu’elle l’utilise comme motivateur pour la course à pied !

Son péché mignon – Les croisières Disney avec ses enfants!

Son restaurant préféré – Le Filet (avenue Mont-Royal Ouest)

Le pays qu’elle aimerait visiter – Le Kenya. Elle retournerait par ailleurs avec plaisir en Grèce.

Le personnage historique qu’elle admire le plus (et pourquoi?) – Marie de l’Incarnation, fondatrice des Ursulines au Canada. Elle est une des pionnières du féminisme canadien, et une femme extraordinaire et très forte qui a donné sa vie à l’éducation des jeunes filles.

Si elle n’était pas avocate, elle serait…psychologue, parce que la profession et les années d’expérience l’ont amené à réaliser l’importance de comprendre les humains et ce qui les motive.

Me Julie Normand est directrice principale Affaires juridiques chez Énergie Valero Inc. En 2014, elle a remporté le Prix Conseiller Juridique, Service Juridique de Petite ou Moyenne Taille. Elle a débuté sa carrière en litige commercial, avec une spécialisation pour les différends entre actionnaires et a par la suite graduellement réorienté ses activités vers le droit des affaires et, plus particulièrement, vers le domaine des fusions et acquisitions.

En février 2012, Me Normand a quitté la pratique privée pour se joindre au département des affaires juridiques d’Énergie Valero, alors connue sous le nom d’Ultramar. Depuis décembre 2013, elle occupe le poste de directrice principale, affaire juridiques et secrétaire corporatif. À ce titre, elle supervise et coordonne tous les aspects juridiques des opérations d’énergie Valero au Canada.

Me Normand détient un baccalauréat en droit de la faculté de droit de l’Université de Montréal et a été admise au Barreau du Québec en 1993.