Pourquoi la bâtonnière Khuong parle d’un C.A « obscur, parallèle et illégal » ?
Pourquoi la bâtonnière Khuong parle d’un C.A « obscur, parallèle et illégal » ?
Pour Me Lu Chan Khuong, une chose est certaine : elle est victime « d’une basse stratégie électorale » visant à lui faire « perdre son poste de bâtonnière. » Exiger d’elle qu’elle divulgue une procédure censée demeurer confidentielle est, selon elle, une « transgression » du programme de non judiciarisation.

De toute façon, le C.A., selon elle, ne lui aurait pas laissé « la possibilité réelle » de faire connaître son point de vue, ne lui accordant aucun « délai raisonnable », comme l’indique la requête, pour se préparer aux réunions.

Des fuites d’informations venant du C.A.

C’est à 14h05, ce 1er juillet, qu’elle reçoit un message texte du journaliste Philippe Teisceira-Lessard : « on nous dit qu’il y avait eu de l’évolution dans la foulée de notre article. » À 14h41, la bâtonnière apprend sa suspension dans les médias, révélée par le journaliste, et ce avant qu’elle en soit officiellement informée par le CA.

En outre, suite à la réunion d’urgence du C.A. en date du 30 juin, le journaliste avait contacté par courriel, à 18h, Me Jean-François Bertrand, l’avocat de Me Khuong. Comment le journaliste a-t-il pu être informé de l’identité de Me Bertrand puisque cette information n’a été révélée que de manière confidentielle aux membres du C.A. quelques minutes plus tôt ?, s’interroge-t-elle dans la requête.

Pour Me Khuong, « les fautifs ont violé sans vergogne leur serment de discrétion. » Plus tard, Me Lise Tremblay, enverra un courriel dicté par Me Khuong, aux membres du C.A. afin de les rappeler à leurs obligations de confidentialité.

Lorsqu’elle parle à nouveau par téléphone au journaliste, Me Khuong affirme reconnaître des informations confidentielles dévoilées au CA « incluant les mêmes imprécisions et termes particuliers qu’elle avait alors utilisés », indique la requête. À aucun moment elle n’aurait indiqué au journaliste qu’une réunion s’était tenue plus tôt et qu’elle ne devait pas parler aux médias. Pourtant, ces informations seront dans l’article le lendemain.

Déjà au courant

Selon elle, des membres du CA étaient d’ailleurs déjà au courant bien avant la passation de pouvoir du fait qu’elle avait bénéficié du programme de non judiciarisation. S’ils ne l’ont pas dévoilé avant, selon ce qu’indique la requête, c’est parce qu’ils pensaient « sans l’ombre d’un doute » que Me Deshaies remporterait « facilement » l’élection. Par la suite, au vu des résultats du scrutin, ils auraient jugé plus « pratique » d’en informer la presse plutôt que de lui en parler à elle, et ce dans le but de provoquer son départ.

Elle ajoute que c’est justement l’information coulée quant au fait qu’elle ait bénéficié d’une non judiciarisation qui l’a contrainte à parler au journaliste. Pourtant, dit-elle, le C.A lui reproche d’avoir « accordé cette entrevue ».

Un C.A. « parallèle »

Me Khuong parle d’un C.A « obscur, parallèle, et illégal. »

La raison ? Le lendemain de son élection, soit le 23 mai, Me Khuong envoie un message texte à Me Asselin, pour le féliciter.

« Je veux que tu penses dès maintenant à jouer un rôle important et dominant », lui a-t-elle envoyé, avant de lui offrir le poste de vice-président. « Sache qu’hier, à une réunion, il a déjà été convenu que j’appliquerais sur ce poste. J’ai déjà l’appui de la majorité du C.A. avec qui il me fera plaisir de travailler en équipe », lui répond-t-il.

Mais de quelle réunion s’agit-il ? Me Khuong indique, dans la requête, ne pas être au courant puisqu’elle n’y était pas.

Pour elle, il est clair que le C.A. a voulu « se débarrasser » d’elle « à tout prix ». La suspendre constitue « un détournement de ses pouvoirs. »

Le Barreau du Québec, quant à lui, a réfuté « la théorie du complot » de Me Khuong, niant fermement avoir coulé l’information. Dans un communiqué publié jeudi matin, il parle d’une procédure « remplie de faits erronés, de faussetés et d’éléments tendancieux ».