Me Jean H. Gagnon a plus de 40 années d’expérience à titre d’avocat de négociateur, de médiateur et d’arbitre
Me Jean H. Gagnon a plus de 40 années d’expérience à titre d’avocat de négociateur, de médiateur et d’arbitre
Dans un billet publié le 9 août dernier (que vous pouvez lire en cliquant ici), un médiateur américain soulève l’intéressante, et délicate, question : « Are Retired Judges Better Mediators? »

L’auteur de ce billet, Me Kenneth P. Strongman, n’hésite pas à conclure que, selon lui, les juges à la retraite ne font pas de meilleurs médiateurs que ceux n’ayant pas d’expérience à la magistrature. Peut-être cette réponse est-elle adéquate en Californie (là où exerce ce médiateur), mais, à mon humble avis, elle ne correspond pas tout à fait à la réalité québécoise.

Je suis tout à fait d’accord avec Me Strongman quant au fait que les habiletés requises d’un juge comme décideur dans un procès ne le préparent pas du tout au rôle de médiateur.
En effet, après avoir donné aux parties (et à leurs avocats) l’occasion de présenter leurs preuves et leurs arguments, un juge est appelé à se forger lui-même, de manière impartiale, une opinion fondée sur les règles de droit applicables qu’il communiquera sous la forme d’un jugement.

Tout au contraire, le rôle d’un médiateur ne consiste absolument pas à entendre les preuves et les arguments des parties (ou de leurs procureurs) ni à se forger sa propre opinion quant au bien-fondé de la position de l’une ou l’autre des parties ou quant à la meilleure solution dans les circonstances, mais, tout au contraire, à aider les parties à rétablir une véritable communication, à négocier entre elles et à rechercher ensemble une réponse à leurs différends qui les satisfait (et non au médiateur).

Se débarrasser d’habitudes et réflexes

Un juge décide aussi sur la base de règles de droit, alors que le médiateur assiste les parties en faisant usage d’outils qui ne relèvent que peu du droit, mais beaucoup plus de la communication, de la négociation, de la gestion et du comportement.

Pour devenir un bon médiateur, un juge à la retraite doit donc se débarrasser de plusieurs habitudes et de plusieurs réflexes qu’il a développés dans son rôle à la magistrature, mais qui ne conviennent pas à celui d’un médiateur.

Cependant, au Québec, la plupart des juges président aussi des conférences de règlement à l’amiable (« C.R.A. ») qui, bien que présentant plusieurs différences notables avec la médiation (dont j’ai traité dans mon billet du 15 juin dernier que vous pouvez relire en cliquant ici), font appel à des habiletés très semblables à celles d’un médiateur.

Le fait d’avoir présidé plusieurs C.R.A. confère donc à un juge une expérience pertinente qui pourra lui être fort utile si, une fois à la retraite, il décide d’offrir ses services comme médiateur.


Par contre, comme pour tout autre médiateur sérieux dans l’exercice de sa profession, il devra aussi développer et améliorer constamment ses connaissances et ses habiletés dans son rôle de médiateur en pratique privé pour poursuivre une carrière en médiation.

Selon mon expérience, plusieurs juges à la retraite sont d’excellents médiateurs (rappelons-nous notamment de l’Hon. Alan B. Gold qui excellait dans ce domaine), mais ce n’est pas là un automatisme (je pourrais aussi mentionner ici quelques autres juges à la retraite qui, encore aujourd’hui, sont d’excellentes médiatrices et d’excellents médiateurs, mais je m’abstiendrai de les nommer par crainte d’en oublier).

Être médiateur, c’est une véritable profession et l’on ne peut devenir un bon médiateur qu’après beaucoup d’apprentissage, d’efforts, de développement d’habiletés et d’expérience.
Ceci est tout autant vrai pour un juge à la retraite que pour tout autre médiateur.

Qu’en pensez-vous?

Je vous invite à me contacter (par courrier électronique à jhgagnon à jeanhgagnon.com ou par téléphone au 514.931.2602) pour toute question ou tout commentaire.

Jean