Me Anne-Marie Jutras pratique en litige civil et commercial, en droit de la construction et en droit immobilier depuis 1995.
Me Anne-Marie Jutras pratique en litige civil et commercial, en droit de la construction et en droit immobilier depuis 1995.
Me Anne-Marie Jutras pratique en litige civil et commercial, en droit de la construction et en droit immobilier depuis 1995. Elle a ouvert son propre bureau en 2005 connu aujourd’hui sous le nom de Jutras Avocats Inc.

En plus d’être diplômée en droit, Me Jutras détient un certificat en relations publiques de l’Université de Montréal et un diplôme d’études supérieures en gestion des HEC. Droit-inc a voulu en savoir plus sur sa carrière.

Droit-inc : Vous êtes la Présidente et la fondatrice du cabinet Jutras Avocats Inc., pouvez-vous revenir sur ce lancement en solo ? Aviez-vous une stratégie d’affaires?

Me Anne-Marie Jutras: J’ai amorcé ma pratique en 1995 au cabinet Jutras et associés, un cabinet de taille moyenne à Drummondville. Ensuite, j’ai rejoint Langlois,pendant deux ans et demi, qui avait 115 avocats à l’époque. La clientèle de PME que j’ai servie ces années-là m’a donné envie de me lancer en solo, car on est davantage dans l’action, plus près des gens qui prennent des décisions, cet aspect était important pour moi. J’ai d’abord ouvert deux bureaux, un à Longueuil, l’autre à Laval. Ensuite, je n’ai conservé que celui de Laval. Je me suis lancée en solo car je voulais faire les choses à ma façon, d’abord pour des motifs personnels. Ma stratégie d’affaires a toujours été de bien servir le client, un client satisfait amène d’autres clients.

Vous avez également plus de 20 années d'expérience comme avocate spécialisée en litige civil et commercial, droit des affaires, droit de la construction et droit immobilier. Qu’est-ce qui vous passionne ?

Ma pratique est variée, je m’occupe aussi de mandats en droit immobilier, responsabilité civile, litiges entre actionnaires, concurrence déloyale, injonctions de non concurrence. J’aime beaucoup le fait qu’on puisse établir une stratégie, pas pour prendre la partie adverse au piège, mais pour déterminer ses façons de procéder et ses objectifs. Pas nécessairement devant les tribunaux, je crois beaucoup en la négociation, je suis une médiatrice accréditée.

Ce qui est bien en litige, c’est qu’on ne sait pas ce qui peut arriver, j’ai pris un dossier en appel et ce matin je n’avais pas reçu la déclaration d’appel! Le litige laisse place à l’inconnu, l’agenda change tout le temps. Quand on fait des injonctions, il y a souvent des développements inconnus. Tous mes dossiers d’injonction sont importants, quand je représente les employés, l’enjeu pour eux est souvent leur droit de gagner leur vie. Je me souviens d’un dossier avec de jeunes trentenaires pères de famille. Quand je représente l’employeur, s’il me dit que l’employé est parti avec des informations privées ou un secret de commerce, c’est tout l’avenir de l’entreprise qui se joue. En injonction, tout peut se jouer rapidement. Dès l’injonction provisoire, on a une bonne idée du dossier.

Vous êtes diplômée en gestion (HEC) et en relations publiques (Université de Montréal), ça a facilité votre tâche de ne pas être étrangère aux notions de gestion?

Oui, mais pas nécessairement quand je suis allée pratiquer seule. Après, ça a changé des choses dans ma façon de pratiquer car j’ai une vision plus globale d’une problématique, et de l’impact que les choses peuvent avoir tant à l’interne qu’à l’externe. Je cherche des solutions qui vont au-delà du droit et qui ne sont pas forcément de nature juridique. Le fait d’avoir étudié en gestion me permet d’être à l’aise en analyse d’états financiers, c’est un plus en affaires. Je vois tout de suite si une société est en bonne santé, et quelles sont ses problématiques. J’amène les clients à y réfléchir.

Vous me disiez que les gens croient que dans des petits bureaux, on ne traite que de petits dossiers, ou encore qu’il n’y aura pas beaucoup de travail et que ce sera « très relax », mais ce n’est pas vraiment le cas non?

Assez souvent la question des avocats est de savoir si j’aurais assez de travail pour eux. Certains en ont ri par la suite : « Et dire que j’avais posé la question! ». Ce n’est pas parce que j’ai un petit cabinet que je vois petit! J’aime les gros dossiers avec des enjeux financiers, des défis juridiques, nous avons la même qualité de dossiers que dans les grands cabinets.

Actuellement, la plupart de mes dossiers ont des enjeux de plusieurs centaines de milliers de dollars. Également, à chaque année, j’ai des dossiers avec des enjeux plus importants de quelques millions de dollars. Toutefois, selon ma philosophie, chaque dossier est important, car son issue a un impact sur la vie et les affaires de notre client. Le contact humain demeure donc toujours au centre de mes interventions. La rigueur vient avec le travail, en étant assidu. J’offre un service rapide et une grande disponibilité.

Vous cherchez un candidat présentement?

Oui, je cherche un avocat habile communicateur, quelqu’un qui ait confiance en lui, qui soit curieux intellectuellement, qui ait soif d’apprendre, prêt à se questionner. La solution n’est pas toujours évidente, c’est souvent en approfondissant qu’on trouve une meilleure stratégie. Il faut aussi qu’il soit autonome, à l’aise de prendre un dossier et, tout en travaillant en collégialité, soit capable d’en assurer le cheminement, d’aller à la cour, de relever des défis, et de rester ouvert à ce que des événements inattendus se produisent. Ce que je recherche en priorité, c’est un avocat de plus de cinq ans de pratique- idéalement 8 - mais ça peut être moins si c’est la bonne personne. J’aimerais plus tard embaucher un junior. Mais je reçois en ce moment beaucoup de CV de juniors alors que je n’ai pas de disponibilités pour assister un jeune.

Un avocat qui débute en petit cabinet gagne-t-il bien sa vie?

J’offre un salaire concurrentiel qui peut se comparer à un salaire de cabinet de taille moyenne de Montréal. Pour Laval, c’est un excellent salaire! Si je trouve le bon candidat, le salaire n’est pas un problème, bon.. sauf s’il me demande 250 000 $ ! (Rires)

De façon générale, est-ce que c’est plus difficile de recruter de bons avocat lorsqu'on est un petit cabinet?

Oui, car on n’a pas la même notoriété. Après il faut trouver une bonne complicité, c’est que je recherche en premier car la clientèle qui vient me voir veut être servie par moi. Je cherche donc un avocat, qui sans être un calque de moi-même, va partager ma philosophie. Je pourrai ainsi lui déléguer le travail. C’est ce point qui est compliqué dans le recrutement. Souvent, nous n’avons pas la même façon d’envisager la pratique en petit cabinet. Par exemple, même si l’on vise le succès, je ne regarde pas que la réussite financière mais je me montre très rigoureuse quant à la satisfaction des clients.

J’opte d’ailleurs pour beaucoup de transparence avec eux, je leur donne tous les outils pour faire les meilleurs choix mais je ne choisis pas à leur place. Un autre exemple : j’ai rencontré un avocat qui m’a dit ne jamais se préparer plus de deux heures pour un procès peu importe la durée de celui-ci. Ce n’est pas quelque chose qui me rejoint.

Quels dossiers particulièrement intéressants avez-vous eu à piloter récemment ?

Pour ma cliente, il s’agissait de deux contrats totalisant une valeur de 35 millions de dollars. Elle cherchait à être déclarée plus bas soumissionnaire quant à un projet de 16,4 millions de dollars et second plus bas soumissionnaire quant à l’autre projet. Les procédures en injonction visaient à ordonner à la ville de Montréal de surseoir à sa décision d’attribution de ces contrats. Il fallait faire vite, car une fois les contrats attribués par la ville, il n’était plus possible d’obtenir l’intervention de la Cour à ce niveau. Nous cherchions donc à faire en sorte que la Cour rende un jugement déclaratoire à l’effet que les soumissions de ma cliente étaient conformes. Après deux jugements rendus au stade de l’injonction provisoire (et un renouvellement), nous avons eu gain de cause au fond.

La juge Anne Jacob de la Cour Supérieure a décidé que la ville de Montréal avait eu tort d’écarter la soumission de ma cliente au motif qu’elle n’avait pas joint (par inadvertance) un document démontrant qu’elle détenait l’expérience requise pour se qualifier à titre de soumissionnaire conforme et a déclaré ma cliente plus bas soumissionnaire conforme dans un projet et second dans l’autre projet. Ma cliente détenait l’expérience requise et elle était en mesure de le démontre, ce qui n’était même pas le cas de certains soumissionnaires pourtant jugés conformes par la ville.

La Cour a également mentionné que la clause du devis n’était pas claire et portait à confusion, soulignant le nombre important de soumissionnaires écartés par la ville. La juge a conclu que la ville avait fait preuve d’un formalisme excessif qui allait à l’encontre de l’intérêt des contribuables, puisqu’il s’agit de fonds publics, en écartant la soumission de ma cliente.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune avocat qui souhaiterait se lancer en solo?

Je crois qu’il est important de ne pas se lancer en solo trop tôt, et d’attendre au minimum cinq années de pratique. Les premières années sont tellement exigeantes, il faut tout le temps se questionner, revoir ses positions, avoir une vision à 360 degrés. C’est bien de disposer des conseils de ses pairs. Il ne faut pas céder à la tentation de prendre tous les dossiers qui se présentent.

Dès le début je savais que je ne prendrai pas de dossiers en droit criminel, pénal ou familial et c’est une règle que j’ai continué d’appliquer même si j’ai des demandes. Je ne pense pas qu’on puisse se tenir à jour dans tout. Il est important de déterminer des champs de pratique dans lesquels exceller et les couvrir, sans avoir peur de perdre des clients. Souvent, l’erreur que certains commettent est de tout prendre pour faire de l’argent. Il ne faut pas faire ça.