Me Geneviève Bertrand
Me Geneviève Bertrand
On ne rêve pas de devenir avocate pour défendre des pédophiles. Pourtant, les personnes soupçonnées de crimes sur des enfants représentent la grande majorité de la clientèle de Me Geneviève Bertrand. « Même moi, je ne croyais pas faire ça au départ », confie la jeune mère de famille qui aspirait plutôt à pratiquer le droit civil.

Lorsqu'un présumé pédophile est arrêté à Québec, les journalistes du palais de justice se tournent spontanément vers elle pour obtenir de l'information.

C'est qu'une grande partie de ces causes peu populaires aboutissent sur son bureau. Et elle s'en accommode plutôt bien.

Parfois, ce sont des collègues qui ne veulent pas défendre des pédophiles qui lui réfèrent des clients. L'avocate comprend que son rôle peut offusquer certaines personnes, mais elle ne s'en formalise pas. « Il n'y a pas personne qui dit : "Moi, je suis pro-pornographie juvénile, je suis pro-agression sexuelle." Comment on fait? On défend des individus comme avocat criminaliste. On défend l'individu et pas le geste », dit Me Bertrand.

L'avocate a été confrontée à une cause odieuse peu de temps après avoir été reçue au barreau. En 2011, elle assiste celui qu'elle considère comme son mentor dans une cause médiatisée qui soulève l'indignation populaire.

Me Alain Dumas défend Jacques Vachon qui sera condamné à 18 ans de prison pour des crimes sur quatre femmes, dont une mineure.

Réaction de ses parents

Me Bertrand entend alors les pires atrocités, mais c'est l'aspect juridique de la cause qui l'intéresse. « Je suis capable de faire la part des choses. Les gestes, ce sont des gestes, et l'individu qui est devant moi doit être défendu », tranche la criminaliste qui n'a aucun lien de parenté avec l'avocat bien connu à Québec, Me Guy Bertrand.

Elle est plutôt la fille d'un militaire et avoue s'être un peu inquiétée de la réaction de ses parents face aux causes qu'elle a choisi de défendre.

Ses craintes se sont toutefois avérées non fondées. « Mes parents m'ont inculqué des valeurs sociales très fortes, et c'est peut-être grâce à eux si je défends l'indéfendable souvent, puisqu'ils m'ont montré justement à être ouverte d'esprit. »

Et une fois mère?

Ses collègues féminines l'ont quand même prévenue : sa perception changerait lorsqu'elle aurait des enfants, disaient-elles.

Maintenant mère d'une fillette de 1 an, Me Bertrand aborde pourtant son travail avec les mêmes convictions. « Mais non, la perception, ne change pas en étant devenue mère. Au contraire, je veux que ma fille grandisse dans un système juridique d'où elle se dit : peu importe de quoi on est accusé, il va toujours y avoir quelqu'un qui va être prêt à prendre notre dossier et nous donner un coup de main. »

Même si elle est parfois confrontée à des éléments de preuve choquants, pour elle, la partie la plus délicate de son travail reste de contre-interroger de jeunes enfants. « Ce n'est pas donné à tout le monde de vouloir entrer dans les détails, ce sont des jeunes qui sont fragiles, des jeunes qui ont toute la vie devant eux, des jeunes vulnérables. », exprime la jeune mère.

Me Geneviève Bertrand estime que dans 75 % de ces causes, l'accusé plaide coupable, ce qui évite aux victimes de témoigner.

Dans les autres dossiers également, Me Bertrand assure faire le nécessaire pour faire valoir les droits de son client, peu importe ce qui lui est reproché.