Philippe Dumaine et Sarah Laplante Bazzi travaillent au cabinet LRMM.
Philippe Dumaine et Sarah Laplante Bazzi travaillent au cabinet LRMM.
Dans leur salle de préparation, au cabinet Lapointe Rosenstein Marchand Melançon, une estampe de la Cour suprême, offerte à Me Philippe Dumaine et Me Sarah Laplante Bazzi. Une sorte de porte-bonheur qu’ils ont aujourd’hui même encadré, symbole de leur victoire.

Depuis 2013, ces deux avocats, respectivement âgés de 34 et 27 ans, travaillent sur un dossier qui oppose deux propriétaires de chalet à Bromont. Leur cliente, Hélène Allie, demandait à être reconnue propriétaire d’un espace de stationnement en raison d’une utilisation de plus de dix ans.

Me Laplante Bazzi, Barreau 2013, était encore stagiaire lorsqu’elle a commencé à travailler en binôme avec Me Dumaine. Sur ce dossier, les deux avocats ont parfois veillé tard le soir, se sont réconfortés en achetant des tonnes de confiseries, se sont challengés et ils se sont surtout soutenus.

Ils ont aussi pu compter sur leurs collègues. « C’est le genre de dossier qu’on ne peut pas faire seul, donc il faut consulter des confrères. Beaucoup nous ont aidés pour la préparation de la plaidoirie et du mémoire, même des associés », racontent-ils encore touchés semble-t-il, par cette attention particulière.

Ces deux jeunes juristes vivent cette expérience comme une « énorme marque de confiance », faisant référence au fait que dans beaucoup de cabinets, la plaidoirie en Cour suprême aurait été confiée à des routiers.

Le jour J, certains de leurs collègues sont devant leurs écrans et suivent la prestation de Me Dumaine devant les sept juges de la Cour suprême.

« Nous aurions pu nous partager cette tâche, mais nous avions décidé que la même personne devait fournir le message entier », explique Me Laplante Bazzi, pas du tout frustrée par ce choix qu’elle estime « stratégique » et qui concède sans honte la plus longue expérience de son collègue.

Philippe Dumaine et Sarah Laplante Bazzi ont gagné en Cour suprême.
Philippe Dumaine et Sarah Laplante Bazzi ont gagné en Cour suprême.
La salle a en tout cas de quoi déstabiliser. « Le décorum est impressionnant, les juges sont très près de nous », raconte Me Dumaine, qui s’est même entraîné à parler derrière le lutrin. Lors de la présentation de leurs arguments, les deux avocats sont surpris du niveau de préparation des juges, qui semblent connaître le dossier sur le bout des doigts.

Mais ce qui les angoisse surtout, c’est leur imprévisibilité: « on a beau se préparer, on ne sait pas quelles questions ils vont nous poser », explique Philippe Dumaine.

Ils sont en tout cas confiants, malgré le fait qu’en face d’eux, se trouve Me Eric Lalanne, un « avocat de grande expérience » du cabinet Grandpré Chait.

Les juges mettent six mois pour prendre leur décision. Il faut dire que la question de droit qui est posée n’est pas simple. En cour d’appel déjà, il y a eu une dissidence de l’un des trois juges sur la question.

En avril, six mois après la plaidoirie, Me Laplante Bazzi et Me Dumaine apprennent que le jugement sera rendu public sur le site internet de la Cour suprême le 6, à 9h45. Comme des étudiants qui attendent la publication de leurs résultats, les deux avocats restent figés devant leur écran d’ordinateur, rafraîchissant de temps en temps la page. À 9h45, toujours rien.

« Le jugement est apparu à 9h47. On l’ouvre, et là, on va directement à la fin du résumé pour voir la décision finale ». Fébrilité d’abord, puis joie et soulagement ensuite, à la découverte de leur victoire.

« Tout le monde est venu nous voir pour nous féliciter », raconte Me Dumaine. Les bulles sont de rigueur, alors que les deux plaideurs annoncent la bonne nouvelle à leur cliente.

Lorsqu’ils redescendent sur terre, ils réalisent. « Je me suis rendue compte que c’est pour ça que je suis allée en droit, pour avoir cette opportunité de réfléchir à des questions de droit comme celle là », dit Sarah Laplante Bazzi. « J’ai déjà hâte de pouvoir revivre ça, j’y ai pris beaucoup de plaisir », ajoute Philippe Dumaine.

Et s’ils avaient perdu ? « Il ne faut pas le prendre personnellement, qu’on gagne ou qu’on perde, le droit évolue, il change. Quoi qu’il arrive on contribue au développement du droit »…

Pour voir la plaidoirie complète, cliquez ici.