La prochaine dispute commerciale entre le Canada et les États-Unis commence à prendre forme à Washington, jeudi, alors que Boeing demande aux autorités américaines d'imposer des droits compensatoires sur les avions de Bombardier.

Échaudé par la commande de 75 avions CSeries décrochée par Bombardier auprès de Delta Air Lines l'an dernier, Boeing a déposé une plainte auprès du département américain du Commerce et la Commission du commerce international des États-Unis (ITC).

Devant l'ITC, les avocats du géant américain ont fait valoir que le discours de Bombardier démontrait que le constructeur québécois d'avions et de trains avait été sauvé par l'investissement de 1 milliard $ US du gouvernement du Québec dans la CSeries.

De leur côté, les représentants de Bombardier ont affirmé que les avions de la multinationale québécoise n'étaient pas en concurrence directe avec ceux de Boeing en ce qui a trait à la commande de Delta.

Peter Litchenbaum, avocat de Bombardier
Peter Litchenbaum, avocat de Bombardier
L'avocat de Bombardier, Peter Lichtenbaum, a affirmé que Boeing est un joueur mondial qui n'a pas vu ses ventes s'effriter à cause de Bombardier et que l'entreprise a un carnet de commandes « enviable ». « La plainte de Boeing dans ce cas-ci est sans précédent dans son dépassement, a-t-il dit. S'il s'agit d'un scénario qui oppose David à Goliath, Boeing a décroché le mauvais rôle. »

Le géant américain réplique qu'il s'agit d'un problème à long terme qu'il faut régler.

Boeing allègue que l'objectif de Bombardier est de mettre la main sur la moitié du marché des avions de 100 à 150 places aux États-Unis et que l'entreprise québécoise avait vendu des avions à rabais à Delta pour se donner un élan.

Son vice-président, Raymond Conner, a affirmé que cette décision pourrait forcer Boeing à se retirer de ce marché, ce qui priverait l'entreprise de ventes annuelles estimées à 330 millions $ US. « Si vous ne réglez pas le problème maintenant, on ne pourra rien y faire plus tard, a dit M. Conner, devant le comité de sept personnes de l'ITC. Nous voulons que la concurrence soit saine. »

L'audience de jeudi est une première étape. Le 12 juin, l'ITC devrait indiquer si le processus continuera ou non d'aller de l'avant.
Dans sa plainte soumise à la Commission ainsi qu'au département américain du Commerce, Boeing demande l'imposition d'un droit compensatoire d'au moins 79,41 pour cent ainsi qu'un autre droit antidumping de 80,5 pour cent contre Bombardier, ce qui viendrait compliquer les efforts de l'entreprise québécoise pour décrocher de nouvelles commandes aux États-Unis.