Les logiciels intelligents changent la profession d'avocat
Les logiciels intelligents changent la profession d'avocat
Les perspectives sont en tout cas prometteuses pour tous les créateurs de logiciels d’intelligence artificielle.

Récemment, c’est COIN, qui interprète les accords de prêts commerciaux (en faisant en plus nettement moins d’erreurs que les humains!), qui a été choisi par le holding financier JPMorgan avec des résultats spectaculaires: il aurait fait en une seconde un travail de… 360 000 heures!

On comptait déjà sur ROSS Intelligence, un programme capable d’analyser toutes les sources juridiques pour fournir une réponse instantanée aux questions des avocats. Il y a également Beagle, qui analyse automatiquement des contrats et en fait des résumés ou encore Blue J Legal, un programme qui collecte puis analyse des informations pour prédire des décisions de tribunaux.

D’autres sont certainement en train d’être créés avec toujours, comme but ultime, d’améliorer la productivité des cabinets ainsi que leurs performances.


Concurrence ?

Ainsi, certains sont poussés à craindre que leur profession sera la prochaine victime de la Silicon Valley.

Un article publié dans le New York Times rapporte une étude menée par Dana Ramus, professeur de droit à l'université de Caroline du Nord et Frank Levy, économiste au MIT, qui ont étudié la menace de l'automatisation de certaines tâches des avocats dans les grands cabinets.

Leurs recherches ont déterminé que toute nouvelle technologie juridique va entraîner une baisse de 13 % de leurs heures de travail.

Dans un rapport de l’Association internationale des jeunes avocats (AIJA) rapportent les menaces évoquées par ses membres: la perte d’emploi au niveau des postes traditionnels ou d’entrée de gamme ou encore la perte d’expérience pour les jeunes avocats, et les questions de contrôle et de sécurité. Tout en reconnaissant les potentiels forces de l’IA: baisse des coûts, baisse des risques d’erreur humaine.

Les créateurs des programmes en intelligence artificielle assurent que le conseil client, la rédaction de mémoires juridiques, la négociation et évidemment la plaidoirie, resteront des compétences propres aux avocats.

Benjamin Alarie, cofondateur de Blue J legal, répond à ces accusations : « Blue J Legal ne va pas détruire la profession d'avocats, il leur permettra plutôt de se concentrer sur les aspects de la recherche juridique qui n'est pas adaptée aux algorithmes. Le travail légal ne prendra pas forcément moins de temps, mais sera de meilleure qualité ».

Valérie Becaert
Valérie Becaert
Pour Valérie Becaert, directrice des partenariats à l’Institut de valorisation des données (Ivado), un pôle universitaire de recherche associé à HEC Montréal, c’est plus le « modèle d’affaires » des cabinets qui est menacé. Elle ajoute : « Les choses vont aller très vite. Ceux qui n’auront pas su s’adapter ne pourront plus rivaliser avec les autres. Les avocats doivent participer à des conférences, ne pas avoir peur des nouvelles technologies, ne pas mettre la tête dans le sable et se demander comment tout ça va changer leur pratique ».

Dominic Jaar, associé chez KPMG et leader national, enquêtes technologiques va même plus loin : « On peut adopter les nouvelles technologies et s’en servir pour être efficace, où se faire tasser par les autres qui prendront le pli. Ceux qui ne vont pas embrasser cette 4e révolution risquent de vivre la situation qu’ont vécu les chauffeurs de taxis avec Uber. La question n’est pas de savoir si elle arrivera, mais bien quand ».

D’après le Law technology Today, en 2005, l’industrie juridique en ligne a déjà vu son chiffre d'affaires doubler en passant de 2 milliards en 2005 à près de 4,5 milliards en 2015 et devrait continuer à croître à un taux annuel de 7,3%. Les cabinets sont donc prévenus...