Paul-Matthieu Grondin et la bâtonnière sortante Claudia P. Prémont
Paul-Matthieu Grondin et la bâtonnière sortante Claudia P. Prémont
Le discours d'assermentation du bâtonnier Paul-Matthieu Grondin a pris des allures de discours du trône, jeudi à Québec.

Esquissant les grandes lignes de sa vision, il ne ne ménage pas ses mots pour tenter de sortir de sa torpeur un système « complexe, lourd et coûteux », a-t-il déclaré d'entrée de jeu lors du congrès annuel du Barreau du Québec.

L'incapacité des justiciables d'avoir un accès rapide et abordable, une justice tiers-mondiste dans le Nord, des palais de justice qui sont des « hangars à papier », voici les défis qui occuperont le mandat biennal du plus jeune bâtonnier de l'histoire québécoise.

Il remercie au passage la bâtonnière non-élue Claudia P. Prémont, à qui l'on doit « d’avoir sorti le Barreau de la plus grande crise de son histoire », et Lu Chan Khuong, qui a « le mérite d’avoir mis de l’avant plusieurs idées qui seront concrétisées dans les deux prochaines années ».

Paul-Matthieu Grondin hérite d'une organisation en bonne santé financière. Le rapport annuel, publié à la fin du mois de mai, rapporte des excédents des revenus sur les dépenses de 4,2 M$ pour l'exercice clôt le 31 mars dernier. Les revenus s'établissent à 39 M$ pour 2016-2017.


Un coup de barre à donner

Se disant conscient d'être à la tête d'une profession dont on dit qu'elle est en « déclin et qu’elle n’est pas capable de se renouveler, d'innover », il a insisté sur le besoin de faire les « durs constats » qui marquent tant la profession que la justice.

« La gestion de la grève des juristes de l'État n'a certainement pas été l'exemple le plus glorieux de la nouvelle culture judiciaire », selon Me Grondin, qui remarque en outre que la profession est inégalitaire quant à la place des femmes.

Quant à la situation de l'emploi chez les jeunes, il s'en prend à l'idée selon laquelle les choses étaient aussi difficiles dans les années 1980. « C’est impossible que ce soit aussi facile de se trouver un emploi traditionnel en droit pour un jeune avocat en 2017, peu importe ce qu’en dit la génération précédente. Non, 1980 n’était pas une époque plus difficile que 2008. Il ne s’est pas récemment créé, par magie, le double d’emplois d’il y a 20 ans. »

Pendant cette période le nombre d'avocats a doublé, tandis que le nombre d'emplois n'a progressé que de 15 %.


Davantage d'accessibilité

Il a cité l'exemple de récente requête qui le visait, pendant la campagne électorale, pour illustrer l'absurdité du système qu'il veut s'employer à améliorer.

On plaidait qu'il avait enfreint la Loi sur le Barreau en présentant sa candidature dans une demande de pourvoi en déclaration d’inhabileté et d’usurpation de fonction. Il a eu deux jours pour se trouver un avocat et se présenter en cour. « Je n'ose pas imaginer un quidam, sans éducation juridique, recevoir par huissier des procédures d'injonction, et qu'il soit alors forcé de découvrir par lui-même le système de justice.» Ce quidam, le public, on ne peut se limiter au syndic et à l'inspection professionnelle pour le protéger, plaide Me Grondin. « Comment pouvons-nous prétendre protéger le public si nous acceptons un système injuste, inefficace et inaccessible? »

« L’élément fondamental de la stratégie d’une cause, ce sont les moyens de l’une ou l’autre des parties et de savoir qui a les poches les plus profondes. » Il s'indigne que la profession s'accommode de demander « qui périra le premier dans un marathon d’une distance infinie, plutôt que de savoir qui se rendra en premier à la ligne d’arrivée d’un sprint ».

L'échéance électorale prochaine est l'occasion pour la profession de redresser quelques torts, croit encore Me Grondin.

Il espère ainsi faire passer le budget de la Justice, à Québec, de 1,26 à 2 % quatre ans, soit une croissance de 100 % pour ce poste budgétaire pendant le prochain mandat gouvernemental.

Paul-Matthieu Grondin estime également que la profession doit faire mieux au chapitre de la diversité culturelle. Il se dit persuadé que les choses changeront sous peu, citant l'exemple du Jeune Barreau de Montréal dont plusieurs membres parlent anglais, français, arabe, hindi ou cantonnais.


Une image à refaire

Estimant que les avocats doivent se rapprocher encore plus des justiciables, il les enjoint à se rendre plus accessibles.

« Nous aurons une meilleure image quand nous irons voir les radios communautaires, quand nous irons sur le terrain, quand nous inviterons à nouveau les avocats à s’impliquer dans leur ordre, quand nous serons proches des gens, quand nous utiliserons les médias sociaux comme notre premier et plus important mode de communication », plaide-t-il.

Sans parler de l'utilisation du numérique, un domaine où les vestiges du siècle passé sont encore trop nombreux, croit-il. Il propose également aux critiques les plus virulents d'ouvrir davantage le dialogue. S'il veut en finir avec l'opacité, il insiste sur le besoin d'un échange courtois avec les plus virulents de ses détracteurs.

Il plaide ainsi auprès des «4 ou 5 avocats qui posent souvent des questions au Barreau, parfois dans l’espoir de le trouver en défaut, à tel point qu'on peut parfois se questionner sur leur bonne foi».

Il soutient que l'ordre fera amende honorable lorsque pris en défaut.

Il souhaite cependant que cessent « les mises en scène et les sorties dithyrambiques dans les médias. C’est votre Barreau, c’est votre maison. J’ai besoin de vous pour la conserver, la garder en état, et la rénover ».

À cet égard, il réitère également ses engagements de baisser et les cotisations et le salaire du bâtonnier.

Il conclut en soutenant que « tous les espoirs sont permis, nous aurons des buts ambitieux, nous ferons preuve d'audace, d'audace et encore d'audace et nous pouvons améliorer l’image des avocats, nous pouvons réformer notre système de justice de fond en comble, et nous ne nous contenterons pas de petites solutions ».