Mes Frédérique Pothier-Paquette et Charles-Antoine Guilbault
Mes Frédérique Pothier-Paquette et Charles-Antoine Guilbault
Pas de cravate ni de complet, pas de grands bureaux en centre-ville ni de lunch d'affaires dans les beaux restos... Mes Frédérique Pothier-Paquette, 26 ans, et Charles-Antoine Guilbault, 28 ans, ont décidé de briser les codes qui encadrent la profession d'avocat, de sortir du «conservatisme corporatif» des grands bureaux et de «changer de modèle pour le citoyen», disent-ils.

Le citoyen est d'ailleurs au cœur du projet de Me Pothier-Paquette et Me Guilbault, tous les deux Barreau 2015 et associés au travail comme dans la vie de tous les jours.

Les deux avocats se sont rencontrés il y a deux ans, grâce à des amis communs. Ils ont tous les deux très vite réalisé qu'ils partageaient la même vision du droit. L’un comme l’autre se sent en effet investi de ce qu'ils appellent une « mission sociale » qui a pour but de permettre un meilleur accès à la justice aux citoyens.

Frédérique Pothier-Paquette, diplômée en droit de l'Université de Sherbrooke en 2013, a travaillé deux ans dans le cabinet boutique Pasquin Viens, à défendre des grosses entreprises d'assurance. Charles-Antoine Guilbault quant à lui, s'est immédiatement lancé à son compte après son stage chez Joli-coeur Lacasse. Avec son âme entrepreneuriale, il ne se voyait pas rester dans un bureau, « alors qu'on pouvait plutôt changer le modèle de la profession », dit ce diplômé en sciences politiques (2011) et en droit de l'Université de Montréal (2014).

Me Pothier-Paquette ne se voyait pas non plus « défendre les intérêts de multinationales qui font beaucoup de profits » toute sa vie, alors qu'il y a des milliers de gens qui ne connaissent pas leurs droits et qui n'ont pas les moyens de s'offrir les services d'un avocat.

Gestes militants, conscience sociale et désir d'aider les plus nécessiteux, c’est ce qui anime les deux jeunes qui ont tiré un trait depuis longtemps sur un salaire à six chiffres au profit d'autres valeurs.


Pas d’oeuvres d’art... ni de chalet !

Pour leur cabinet, ils ont opté pour un espace de coworking et réduisent au maximum leurs frais, puisque le but est de rester abordable pour leur clientèle. « Les grands bureaux avec des œuvres d'art dans la salle d'attente, les complets trois pièces et les lunch d'affaires, c'est le client qui les paie au final. J'aimerais que les gens voient que tous les avocats ne veulent pas juste faire de l'argent », dit Me Guilbault.

Les deux jeunes savent qu'ils ne pourront sûrement jamais se payer un chalet dans les Laurentides. Tant mieux, cela ne les intéresse pas : « il appartient un peu à notre génération de prendre conscience que nous vivons dans un monde de surconsommation qui détruit notre planète », lance l'avocat.


Combattre les injustices

Ce qui le fait lever le matin, c'est plutôt la dame qui va le serrer dans ses bras pour le remercier et sa volonté de combattre les injustices. « Lorsque je vois des gens qui n'ont rien pour eux et qui ont besoin d'aide mais que personne ne leur jette un regard ça me fait mal. On en est arrivé à un point où les injustices sont banalisées », dit-il.

Frédérique a choisi le droit pour les mêmes raisons : « je voulais aider les gens et faire une différence dans l'avancement de l'accès à la justice qui est un droit fondamental ».

En plus de services juridiques, ils comptent offrir des séances d’informations dans les Cégep: « le droit, c’est juste des connaissances, et tout le monde devrait y avoir accès », ajoute Me Guibault.


Le défi de la rentabilité

Lancé le 26 juin, leur cabinet propose une première consultation gratuite et des forfaits pour « rassurer » le client. Le couple ne parle pas de modèle « d'affaires » mais de modèle de « service » et promet un service personnalisé qui s'adapte à la fois aux demandes des citoyens mais aussi à leurs moyens.

Y répondre en restant rentable n'est pas le seul défi qu'ils se sont lancés. Frédérique Pothier-Paquette et Charles-Antoine Guilbault passent en effet le plus clair de leur temps ensemble puisqu'ils vivent conjointement. « La clé pour apprendre à travailler avec son conjoint, c'est la communication », dit Me Guibault. « Et le respect », ajoute Me Pothier-Paquette.

Même si le lancement de leur cabinet est un risque pour leur couple, les deux jeunes tourtereaux restent positifs et misent sur leurs caractères « complémentaires », assurant que se connaître autant qu'ils se connaissent peut même être « une force pour le cabinet ».

Un cabinet qu'ils n'ont d’ailleurs pas baptisé « Pothier-Paquette Guilbault ». Ils ont opté pour un nom « plus humble » à leur sens et plus « neutre » : Lex populi services juridiques. De quoi suffire pour annoncer la couleur...