Les étudiants en droit sont-ils malheureux ?
Les étudiants en droit sont-ils malheureux ?
Rapportées par The American University law review, les études de certains auteurs suggèrent que la faculté de droit a des effets sur l’altruisme et le cynisme des étudiants, et les encourage à se conformer dans une norme homogène.

D’autres assurent que la fac leur apprend à « penser comme un avocat » et à devenir plus « indépendant dans leurs jugements ».

Un professeur de l’Université du Missouri, Kennon M. Sheldon, s’est beaucoup penché sur le sujet et a publié une étude en 2004 intitulée « Does legal education have undermining effects on law students ? Evaluating changes in motivation, values and well-being ».

Il est parti du constat que la profession d’avocat fait face à plusieurs problèmes qui se manifestent à la fois dans une baisse de professionnalisme général sur le terrain et dans une baisse du sentiment de bien-être chez les avocats.

Évoquant la dépression, l’anxiété, voire l’addiction de certains avocats, le professeur avance que ces situations prennent leur source déjà à la faculté de droit.

Les potentiels aspects négatifs de l'éducation juridique seraient des charges de travail excessives, le stress et la concurrence pour être le meilleur de la promotion, l'accent mis sur l'évaluation comparative, sur l'analyse et la pensée linéaire, entraînant ainsi une perte de connexion avec les sentiments.

Il évoque le fait que les pressions intenses et le climat concurrentiel qui existent dans la plupart des facultés de droit éloignent les étudiants des valeurs positives en les réorientant plutôt vers le superficiel et l’image. Ce qui, à terme, entraîne une perte d’estime de soi, de satisfaction et de bien-être.

Plus d’étudiants anxieux

Me Cédric Materne, avocat tout juste diplômé de l’UQAM en 2016
Me Cédric Materne, avocat tout juste diplômé de l’UQAM en 2016
Émilie Mongrain, détentrice d’une maîtrise en « counselling » éducationnel et accréditée par l’Association canadienne de « counselling » et de psychothérapie, a planché sur la question. Lors d’une conférence, elle a rappelé les résultats d’une étude démontrant que le taux de dépression et d’anxiété chez les étudiants en droit était plus élevé que chez la population étudiante en général.

Cet esprit de compétition, plusieurs étudiants en droit, notamment de l’Université de Montréal, en témoigne. Tous évoquent ce qu’ils appellent communément « la courbe », cette moyenne de classe, comme facteur principal.

« La performance est la seule chose qui les valorise. C’est à celui qui passera le plus d’heures à étudier… Heureusement, tout le monde n’est pas comme ça », raconte Kateri Rivard, une étudiante en troisième année.

Pour expliquer cette compétition accrue, la plupart évoque la pression qui leur est mise, notamment vis-à-vis de la course au stage : « on nous dit que si on n’excelle pas, on n’aura pas de stage, donc pas de travail, qu’on n’ira pas dans un grand cabinet. La course au stage est la chose la plus stressante pour les étudiants », poursuit cette même étudiante qui déplore que les cabinets choisissent « le même type de personnes… les étudiants qui viennent de milieu aisé, qui ont des notes excellentes car ils peuvent se concentrer à 100% sur les études puisqu’ils n’ont pas besoin d’avoir une job à côté pour les payer ».

Me Cédric Materne, avocat tout juste diplômé de l’UQAM en 2016 raconte: « le stress, c’est surtout ceux qui veulent absolument faire la course aux stages qui l’ont. Mais l’université encourage beaucoup les carrières alternatives ».

Dis-moi d’où tu viens je te dirai qui tu es...

Une autre étudiante, qui a voulu garder l’anonymat, évoque l’élitisme de la faculté de droit de l’Université de Montréal : « tout de suite, on te demande dans quelle école tu étais et si tu n’as pas fréquenté les belles écoles privées on te le fait bien remarqué. Certains choisissent leurs amis en fonction de leur background ». Une situation qui l’a rendue, d’après elle, bien plus « méfiante ». Alors elles conseillent de choisir « sa clique » en fonction de ses valeurs.

L’ambiance semble bien différente à l’UQAM, où, d’après Me Materne, un certain esprit de solidarité existe entre les élèves.

« J’avais un peu peur lorsque je suis arrivé, car j’entendais des histoires d’étudiants qui, dans certaines facs, arrachent des pages de livres, donnent des mauvaises notes. Mais à l’UQAM ce n’était pas du tout comme cela. »

Les pieds sur terre, il explique tout de même que la pression existe dans toutes les facultés de droit.

Les universités semblent en tout cas conscientes des problèmes liés au stress et à l’anxiété. L’UdM propose des ateliers sur la gestion du stress et du sommeil. « Nous avons aussi d’autres ressources psychologiques disponibles pour la gestion du stress lié à l’anxiété de performance et à la réussite », explique Geneviève O’Meara, conseillère principale relations presse à l’UdM.

Autre exemple à l’Université de Sherbrooke, deux types de consultations individuelles sont entre autres offerts aux étudiants : le suivi psychologique à très court terme et les consultations ponctuelles.