L'avocat et militant Michel Morin
L'avocat et militant Michel Morin
L'avocat et militant Michel Morin ne croit pas que la jeune Témoin de Jéhovah décédée après avoir refusé une transfusion sanguine ait donné un consentement « libre et éclairé ».

Il prépare d'ailleurs un livre à ce sujet, intitulé « Ils ont tué Éloïse Dupuis ».

De passage à LCN plus tôt ce mercredi, Me Morin estime que le décès de la jeune femme de 26 ans, morte au bout de son sang arpès avoir maintes fois refusé une transfusion sanguine, illustre le besoin de réfléchir au sens réel du Code civil. Ce dernier dispose que l'on peut opposer un « consentement libre et éclairé » à des soins médicaux.

« À mon sens, le législateur avait en tête, lorsqu’il a énoncé la loi, des situations médicales où le risque encouru par une intervention était aussi grand ou plus grand que le bienfait espéré», a expliqué l’auteur en entrevue à LCN mercredi.

Dans son rapport sur la tragédie qui a coûté la vie à la jeune femme enceinte, en 2016, le coroner Luc Malouin a conclu qu'il n'y a pas eu de pression des Témoins de Jéhovah sur les médecins qui ont traité la jeune femme. Ces derniers ont dû respecter les convictions religieuses de Mme Dupuis.

Pour l'essentiel, le coroner estime « qu'une transfusion sanguine aurait sauvé Eloïse Dupuis, que les médecins ont tout fait pour tenter de la faire changer d'idée et que finalement elle est morte des suites de son refus », selon Me Morin.

Il juge que cette situation aurait pu être évitée si on avait respecté l'esprit, plutôt que la lettre de la loi, explique-t-il à l'antenne de LCN.

« Toute sa vie durant on lui a dit qu'elle serait rejetée par sa famille et par tout le monde et qu'elle ne pourrait pas aller au Paradis », faisant en sorte que le consentement d'un Témoin de Jéhovah n'est en rien « libre et éclairé », assène Michel Morin.

« Comment espérer qu'un médecin, aussi persuasif soit-il, arrive à la convaincre de changer d'idée? »

Dans ce cas, le consentement libre et éclairé, « je n’y crois pas ».

Le juriste estime que, eu égard au refus des transfusions sanguines prônés par les Témoins de Jéhovah, « on n'est plus dans la liberté de croyance, mais on invoque des arguments médicaux qui ne sont aucunement fondés », comme le fait que le « risque d'un transfert de personnalité est grand » après une transfusion.

Me Morin fait également valoir que ce n'est que depuis les années 1960 que les Témoins s'opposent aux transfusions, soulevant ainsi des doutes quant au bien-fondé de ce refus de traitement.