L'avocat québécois Alain Arsenault confirme avoir quitté l'ENFFADA
L'avocat québécois Alain Arsenault confirme avoir quitté l'ENFFADA
L'avocat québécois Alain Arsenault confirme avoir quitté l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) en raison de « divergences professionnelles importantes », et non pour des raisons personnelles, comme l'a soutenu la porte-parole de l'enquête, Nadine Gros-Louis.

Ce départ, ainsi que celui de la directrice générale Debbie Reid, après seulement trois mois en poste, et annoncé jeudi, portent à 10 les démissions depuis l'automne, illustrant les divergences profondes qui persistent chez les membres de la Commission quant à l'approche à adopter pour rendre justice au millier de femmes et de filles autochtones disparues et assassinées ainsi qu'à toutes les autres victimes de violence.
À tort ou à raison, le meurtre et la disparition des filles et des femmes autochtones avaient toujours été avant tout une histoire du Canada anglais.

La très vaste majorité des victimes provenaient des provinces de l’Ouest, puis de l’Ontario. Au Québec, l’ENFFADA a levé le voile sur de lourds secrets qui hantaient les communautés innues de la Côte-Nord depuis des décennies. Les membres de l’enquête ont fait des efforts titanesques pour gagner leur confiance et les convaincre de parler.

L’un de ces membres stratégiques était l’avocat Alain Arsenault.

Or, selon nos sources, tout juste avant Noël, il a baissé les bras et a remis sa démission.
Joint à son bureau de Montréal, Alain Arsenault refuse de discuter des raisons de son départ et invoque le secret professionnel qui le lie à son client.

La porte-parole de l’Enquête, Nadine Gros-Louis, est tout aussi discrète et se limite à dire qu'« il a mis fin à son contrat pour des raisons personnelles ».

Mais vendredi, Me Arsenault a finalement senti le besoin de commenter la situation, par courriel, en affirmant avoir « quitté l’enquête nationale, non pas pour des questions personnelles ou de nombre d’heures épuisées à mon contrat, mais bien pour des divergences professionnelles importantes ». Il dit cependant croire toujours en son bien-fondé.

Selon plusieurs sources qui ont accepté de se confier à Radio-Canada, ce départ est symptomatique des divergences stratégiques et philosophiques profondes au sein de l’Enquête nationale.

Divergences profondes

Debbie Reid anciennement directrice générale
Debbie Reid anciennement directrice générale
Rappelons le départ fracassant, en juillet 2017, de la commissaire Marilyn Poitras.
Bachelière en droit de l'Université de la Saskatchewan et maître en droit de Harvard, cette spécialiste du droit constitutionnel a dit qu'elle se sentait incapable de mener à bien son mandat selon les paramètres fixés par le gouvernement.

Le départ cette fois de l’avocat Alain Arsenault révèle les mêmes dilemmes, les mêmes difficultés.

Car, selon nos sources, les divergences internes qui ont mené à de nombreux départs dépassent les écueils bureaucratiques et les piètres communications avec les familles; elles touchent le coeur même de l’enquête.

Les commissaires ont fait le pari de donner la priorité à la voix des familles des victimes, celles pour qui cette enquête a été créée.

Or, selon nos sources, certains auraient favorisé une approche beaucoup plus judiciaire. Leur objectif : aller au-delà des histoires individuelles dans l’espoir de démontrer les problèmes systémiques qui ont guidé les autorités au fil du temps.