Le chroniqueur Mark Cohen, du magazine Forbes
Le chroniqueur Mark Cohen, du magazine Forbes
Ce que valent vraiment les services d'un avocat est une question d'autant plus pertinente que la profession évolue en dehors des règles normales du marché.

C'est du moins ce que plaide le chroniqueur Mark Cohen, du magazine Forbes. « Le fait que les avocats opèrent selon une logique de guilde, et non selon les règles de la concurrence, est la raison première pour laquelle les avocats coûtent si cher », écrit Mark Cohen.

Il n'est pas le premier venu : ex-adjoint du procureur général des États-Unis, associé directeur et fondateur de la boutique litige Mark A. Cohen & Associates, il est présentement Fellow à la Pritzker School of Law à l'Université Northwestern.

Une guilde, rappelons-le, est une association professionnelle de personnes pratiquant une activité commune, qui militent pour des règles et des privilèges spécifiques, protégés par l'État.

Ainsi, contrairement aux autres industries, le droit facture sans pourtant garantir des résultats, et facture d'ailleurs de plus en plus cher malgré qu'il y ait de plus en plus d'avocats.

Et c'est cette mentalité de guilde qui afflige les avocats et les empêchent de se rendre à l'évidence : « les avocats sont les seuls à ne pas avoir compris qu'ils coûtent trop cher », et que leurs tarifs sont sans commune mesure avec la valeur réelle des services rendus.

Plus de concurrence des «non-avocats»

C'est que le marché des services juridiques a changé : l'ère numérique, notamment, rend l'expertise juridique de moins en moins exclusive aux seuls avocats, et la concurrence féroce existant dans la prestation de services juridiques -gestion documentaire, recherche, rédaction, etc.- forcent les cabinets à revoir leur modèle d'affaire.

Sauf que le vieux réflexe demeure : « Les avocats continuent de croire qu'ils sont les seuls à faire ce qu'ils font, et le système professionnel en place, dont la rigidité est un prétexte pour protéger les consommateurs contre les filous, mine l'innovation », soutient Mark Cohen.

Les avocats résistent aux changements qui leur permettrait d'augmenter leur efficience dans la prestation de service, de réduire leurs coûts d'opération et ainsi rendre leurs services plus accessibles. Et ce, parce que « la culture juridique est ancrée dans les précédents, et non dans l'innovation ».

Pourtant, « le marché juridique passe d'un paradigme où seuls les avocats offrent des services spécialisés à une offre numérique où l'expertise juridique s'appuie sur des technologies qui font le travail mieux, plus rapidement et à moindre coût », poursuit Mark Cohen.

Résultat : les clients, qui déterminent de plus en plus par eux-mêmes ce qui constitue un problème juridique et ce qui requiert les services d'un avocat, sont de plus en plus réticents à payer des honoraires importants pour toutes les tâches d'un avocat. Rédiger des correspondances, faire de la recherche, négocier un règlement ou plaider devant un juge ne s'équivalent pas.

« Dans un marché de plus en plus segmenté, les clients vont sortir leur chéquier pour des services spécialisés, mais pas pour des services juridiques. En d'autres mots, la pratique est en baisse tandis que la distribution de produits et services juridiques est en hausse. »

Les clients en veulent pour leur argent

Le modèle traditionnel, qui repose sur les heures facturées et l'apport de nouveaux clients, ne tient aucunement compte de ce qui se passe dans le vrai monde, alors que le prix d'un service est fonction des résultats finaux. Et de sa valeur.

Les clients veulent en avoir pour leur argent, ce dont peu de cabinets se préoccupent, déplore Mark Cohen.

Au cœur de cette inaptitude à s'adapter aux règles du libre marché, on trouve le modèle traditionnel d'association : au contraire d'une entreprise, aucune mesure n'incite les associés d'un cabinet à réinvestir du capital dans l'innovation, la productivité, l'avantage concurrentiel. « Les vieux cabinets n'ont pas d'incitatifs à investir dans l'avenir de la firme, et cela creuse le fossé générationnel avec les plus jeunes associés, en plus de décourager l'innovation », observe Mark Cohen.

Il appelle la profession à s'adapter : les avocats doivent réduire leur cycle de production, rationaliser leurs opérations, réduire leurs coûts, respecter les budgets, proposer des outils pour remplacer certains services, et ils devront automatiser leurs processus.

« Ils seront rémunérés en fonction de l'atteinte de ces objectifs, et non plus en fonction des heures passées. »

C’est ce que les clients veulent. Et c'est ce qui rendra la justice accessible au plus grand nombre, conclut Mark Cohen.