Sadie Etemad, juriste irano-canadienne
Sadie Etemad, juriste irano-canadienne
L'obligation de promouvoir la diversité chez les avocats, en Ontario, pourrait faire plus de tort que de bien.

La règle édictée par le Barreau de l'Ontario obligeant tous les juristes « à adopter une déclaration de principes reconnaissant leur obligation de promouvoir l’égalité, la diversité et l’inclusion en général ainsi que dans leur comportement envers leurs collègues, les employés, les clients et le public » est probablement ce qui pouvait arriver de pire pour les avocats issus des minorités, estime la juriste irano-canadienne Sadie Etemad.

La règle, entrée en vigueur en décembre dernier, ne contre pas le racisme. Tout au plus fait-elle en sorte que ceux qui professent leurs préjugés le fassent en cachette, écrit l'avocate basée à Toronto dans une récente chronique publiée dans le Canadian Lawyer.

Avec cette règle, « le Barreau de l'Ontario dit non seulement qu'il est une institution raciste, mais instaure en plus une catégorie d'avocats racisés. Comme avocate membre d'une minorité visible, je trouve cela très troublant », poursuit Sadie Etemad.

La nouvelle obligation n'est pas que vague, elle mène à une inéluctable conclusion : « quiconque a été admis au barreau avant cette année est raciste, simplement parce qu'il est membre d'une institution raciste », et ce racisme devra être purgé. Par l'entremise de la formation continue.

Il y a plus : tous les juristes racisés, issus de communautés minoritaires, sont eux-mêmes victimes de racisme, en même temps qu'ils appartiennent à une organisation raciste.

Sadie Etemad déplore que même si les avocats pratiquent dans un système où l'équité et l'égalité ont force de loi—et doivent être défendues par les juristes—voilà qu'on leur demande en plus « de jouer les missionnaires de la lutte au racisme », en plus de servir les justiciables.

Et ce, alors qu'il n'est pas certain du tout que les avocats ontariens soient « racistes ».
« Depuis que je suis au pays, c'est la première que j'éprouve un malaise en tant que femme, en tant que minorité visible, et en tant qu'avocate. »

En effet, voilà qu'elle se demande, dans sa chronique, si elle avait travaillé si fort pour devenir membre d'un club raciste. Et si c'est le cas, « étais-je déjà raciste? Ou le suis-je devenue de par mon admission au barreau? »

Pis, « je pensais être une personne ayant du succès, ayant travaillé fort pour mes privilèges, qui a réussi à devenir avocate au Canada. Est-ce que je suis plutôt victime de mes origines raciales? »

L'un des problèmes de cette règle, c'est que le racisme ne s'endigue pas avec un interrupteur qu'on peut fermer au besoin. C'est ce que semble vouloir faire le barreau ontarien, pense Sadie Etemad, qui y voit un danger. Celui qu'on « remette en question les compétences des avocats racisés », qui ne sont pas arrivés là où ils sont par la force de leur travail, mais parce qu'ils ont bénéficié de mesures spéciales.

Tout cela, plutôt que de régler un problème, pourrait bien servir à renforcer les préjugés.