L'ex-sympathisant des Hells Angels Benjamin Hudon-Barbeau
L'ex-sympathisant des Hells Angels Benjamin Hudon-Barbeau
Reconnu coupable d'avoir commandité deux meurtres, l'ex-sympathisant des Hells Angels Benjamin Hudon-Barbeau a été condamné à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 35 ans, mercredi au palais de justice de Saint-Jérôme.

L'homme de 41 ans entre ainsi dans l'histoire en devenant le meurtrier ayant écopé de la peine la plus longue au Québec, et l'une des plus sévères au pays.

Connu pour sa « spectaculaire » évasion en hélicoptère de la prison de Saint-Jérôme en 2013, il a été reconnu coupable du meurtre prémédité de Pierre-Paul Fortier, du meurtre non prémédité de Frédérick Murdoch ainsi que de deux tentatives de meurtre sur Vincent Pietrantonio et une autre personne, dont l'identité est protégée par une ordonnance de non-publication.

Lors du procès cet automne, la poursuite s'était efforcée de prouver que M. Hudon-Barbeau s'était servi d'un complice pour commettre les crimes, sans appuyer sur la gâchette.

« Il a soit aidé, encouragé ou conseillé Ryan Wolfson dans la commission des attentats », avait expliqué le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Steve Baribeau, en décrivant Wolfson comme « l'arme de l'accusé ».

50 ans de détention

Me Baribeau réclamait à la juge France Charbonneau, de la Cour supérieure, que Benjamin Hudon-Barbeau purge au moins 50 ans de détention avant d'être admissible à une libération conditionnelle, en raison du « risque » qu'il représente pour la société.

Cette suggestion est possible depuis le 1er décembre 2011, puisque le Parlement a ajouté l'article 745.51 au Code criminel, qui permet aux juges d'imposer des peines consécutives à un délinquant reconnu coupable de plusieurs meurtres.

En raison du meurtre prémédité, Benjamin Hudon-Barbeau a automatiquement écopé de l'emprisonnement à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Pour le meurtre non prémédité, la période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle peut varier de 10 à 25 ans. La poursuite souhaitait qu'il reçoive le maximum et que les peines soient purgées l'une à la suite de l'autre.

C'est la quinzième fois qu'un tribunal canadien rend une décision portant sur l'article 745.51 du Code criminel. En tout, la Cour a imposé des peines consécutives à neuf meurtriers et a refusé de le faire pour six autres.

Des précédents

La juge France Charbonneau
La juge France Charbonneau
Ainsi, Justin Bourque, le tueur de trois policiers de la Gendarmerie royale du Canada en 2014 à Moncton, a écopé d'une peine de 75 ans de détention.

Idem pour Douglas Garland, en Alberta, qui ne pourra pas demander de libération conditionnelle avant 75 ans de détention pour le meurtre d'un couple et de leur petit-fils commis en 2014.

Fait à noter, il est rare qu'une personne reconnue coupable de meurtre non prémédité se voie imposer plus de 20 ans de détention avant d'être admissible à la libération conditionnelle. Benjamin Hudon-Barbeau marque encore une fois l'histoire judiciaire.

Parmi les cas d'exception se trouve Robert Pickton, reconnu coupable en 2009 des meurtres non prémédités de six femmes d'un quartier pauvre de Vancouver, qui ne pourra pas être libéré avant 25 ans derrière les barreaux.

Au Québec, l'auteur de la fusillade mortelle au Métropolis le soir de la victoire du Parti québécois, en septembre 2012, Richard Henry Bain, a écopé de l'emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 20 ans.

Déjà détenu pour 16 ans

En décembre dernier, la Cour supérieure a condamné Benjamin Hudon-Barbeau à une peine de 16 ans de détention pour avoir été l'instigateur d'une retentissante évasion de la prison de Saint-Jérôme en mars 2013. Il avait planifié son départ en hélicoptère avec des complices en liberté.

En janvier 2016, Hudon-Barbeau avait plaidé coupable à des accusations de détournement d'aéronef, d'évasion d'une prison et d'introduction par effraction dans une maison d'habitation pour y voler et y endommager le bien d'autrui.

Depuis son arrestation après son évasion, Benjamin Hudon-Barbeau est emprisonné à l'établissement de Rivière-des-Prairies, dans une section hautement sécurisée pour les détenus à risque élevé d'évasion. Il demeure dans sa cellule 20 heures sur 24.

Il n'a accès à aucune activité, n'a aucun contact physique avec d'autres détenus et a difficilement accès à des soins médicaux.

Dans sa décision sur la peine, le juge Marc David a pris en considération les conditions de détention difficiles imposées à Benjamin Hudon-Barbeau, qui souffre de problèmes de santé mentale.