Me Jérôme Beaudry est le premier avocat à détenir un diplôme du programme Élite de l’École d’entrepreneurship de Beauce
Me Jérôme Beaudry est le premier avocat à détenir un diplôme du programme Élite de l’École d’entrepreneurship de Beauce
Le besoin était bien identifié. Pour que le cabinet spécialisé en droit des affaires et de l’immigration puisse développer son marché tout en soutenant ses clients entrepreneurs, il fallait une mise à niveau importante.

Me Jérôme Beaudry n’y est pas allé par quatre chemins: il est ainsi devenu le premier avocat au Québec à détenir un diplôme du programme Élite de l’École d’entrepreneurship de Beauce.

« Comme avocat, on n’est pas formé à la gestion d’entreprise, qu’on apprend sur le tas », explique Me Beaudry, âgé de 37 ans, qui vient tout juste d’être nommé président de Bernier Beaudry, un cabinet comptant 20 avocats à Québec et à Saint-George-de-Beauce.

Président ? « Le cabinet a choisi l’incorporation en 2005, et compte sept actionnaires, dont six avocats », explique le trentenaire. Le septième actionnaire, majoritaire, est le père de Me Beaudry, Raymond, qui continue de pratiquer au sein de la corporation d’avocats qu’il a présidée jusqu’à tout récemment, avant de passer le flambeau à son fils.

Le nouveau président de Bernier Beaudry connaît bien l’École d’entrepreneurship de Beauce, puisque le cabinet est l’un des bailleurs de fonds d’ « avant la première pelletée de terre », en 2009.

Un cabinet-entreprise

Un cabinet est géré comme une entreprise, donc. Or, la formation en droit, que Jérôme Beaudry à complétée en 2003 à l’Université Laval, ne prépare pas vraiment à en prendre les rennes. « Ce qui frappe, quand on s’embarque dans une telle formation sur la gestion d’entreprise, dit Me Beaudry, c’est de constater à quel point, comme avocat, on focalise sur la pratique au quotidien. On a de la difficulté à planifier à long terme. »

C’est d’ailleurs l’une des premières leçons de la formation de 750 heures, suivies sur 2 ans, que le Barreau 2005 a importé chez Bernier Beaudry. « Nous faisons une planification stratégique triennale, sur laquelle on fait le point chaque année. C’est essentiel de monter au ‘’balcon’’ afin d’avoir une vue d’ensemble, de voir où on est et où on va », dit-il.

Un exercice d’autant plus vital que Bernier Beaudry a lancé depuis quelques années une filiale axée sur l’immigration d’affaires, BB Immigration. Développer cette pratique, tout en faisant croître la maison-mère, exige une bonne culture entrepreneuriale.

La constitution du cabinet en corporation comporte également des avantages pour son développement. « Nous sommes des employés, et les bénéfices sont redistribués dans l’entreprise. Cela fait en sorte qu’on s’investit davantage dans la croissance et la pérennité du cabinet », croit Me Beaudry.

Sans compter que les avocats deviennent par la force des choses des joueurs d’équipe. Ce dont les clients bénéficient, poursuit Me Beaudry. « Le client qui vient chez nous, c’est tout un cabinet qui le sert, pas seulement un avocat. On travaille moins en silo. »

Penser comme un entrepreneur

Selon Jérôme Beaudry, ce qui nous manque souvent aux avocats, c’est de bien comprendre comme pense et fonctionne un entrepreneur. La formation en entrepreneurship pallie cette lacune, insiste Me Beaudry.

Par exemple, difficile pour un avocat de voir son client prendre une décision allant en sens contraire de l’avis juridique qu’il vient de donner. « Mais le client a un cheminement, un processus de réflexion différent : oui, il y a une conséquence à ne pas respecter une clause contractuelle, mais s’il juge que l’action lui rapporte en fin de compte, il va passer à l’action. Rapidement. »

C’est cette capacité à faire l’analyse coût-bénéfice d’une situation et d’agir en conséquence qui faisait défaut à l’avocat Beaudry. Une habileté qu’il a pu développer pendant la formation en entrepreneurship.

« Ça aide quand tu dois changer ton chapeau d’avocat pour celui de chef d’entreprise. ON peut prendre des décisions sans avoir à attendre que toutes les conditions soient réunies », comme le ferait un avocat, postule Me Beaudry.

Agir comme un entrepreneur

Lors de sa formation, Jérôme Beaudry a côtoyé, pendant deux ans, 25 autres entrepreneurs. Toute une chance!, croit-il. Car ces derniers ont tous eu affaires avec des avocats, et sont donc à même de partager leur expérience avec Me Beaudry. Notamment sur la nécessité pour les cabinets de revoir certaines pratiques pour mieux servir leurs clients.

On pense évidemment aux modes traditionnels de facturation. « Dans les discussions avec les autres entrepreneurs de ma cohorte sur les honoraires d’avocats, on me l’a souvent fait valoir : le taux horaire ne convient pas », poursuit Me Beaudry.

Dans les cercles entrepreneuriaux, où Bernier Beaudry fait son pain et son beurre, les besoins en solutions facilement adaptables et offertes à la carte sont nombreux. Il faut des tarifs prévisibles, tenant compte des besoins précis.

Entre autres.

« Mais il faut aussi être des partenaires d’affaires, c’est de ça qu’ils ont besoin », poursuit Me Beaudry. On ne fait pas que donner un conseil juridique, on propose des solutions. Mais surtout on s’intéresse à eux.

«Les entrepreneurs ont besoin d’un avocat proactif, qui leur donne du temps et de la considération. Aller visiter leur entreprise, sortir de son bureau, aller au-devant d’eux, plutôt que d’attendre qu’ils viennent à nous », voilà autant de façons de tisser des liens solides et de fidéliser sa clientèle, et surtout de développer ses affaires.

Connais-toi toi-même

Enfin, la formation consiste à acquérir des outils pour rester concentré sur la mission de l’entreprise. Mission qu’on apprendra d’ailleurs à articuler, selon les valeurs et la vision que l’on veut déployer.

« On travaille aussi sur l’individu », dit Me Beaudry, alors qu’il faut se remettre en question et sortir de sa zone de confort.

Comment, exactement ? « On nous a demandé de ne pas en parler... afin de ne pas vendre le punch !»