Alexis Wawanoloath a fait son entrée comme étudiant en droit à l'Université de Sherbrooke
Alexis Wawanoloath a fait son entrée comme étudiant en droit à l'Université de Sherbrooke
Alexis Wawanoloath a fait son entrée comme étudiant en droit à l'Université de Sherbrooke afin d’embrasser une carrière de juriste, idéalement en droit autochtone.

À 35 ans, celui qui a baigné depuis tout jeune dans un milieu engagé et communautaire, tire sa plus grande satisfaction du fait de servir de modèles aux plus jeunes. «Pour beaucoup, c’est un symbole important, alors j’essaie de garder la tête froide et de ne pas être blasé.»

Droit-inc a voulu en savoir plus sur son expérience de député et ses espoirs pour le futur.

Comment a été votre expérience en tant que député péquiste d'Abitibi-Est de 2007 à 2008?

Alexis Wawanoloath: J’étais jeune, j’avais 24 ans. C’était impressionnant, de pouvoir être élu et de servir à cet âge-là. C’était un travail stimulant, diversifié. On rencontre beaucoup de personnes, on aide beaucoup de gens, surtout en tant que député, il est beaucoup question de services sociaux, de la CSST, de routes… J’étais un député accessible. Mais c’était très demandant. J’ai eu un enfant avant, puis après. Ça me demandait des sacrifices. J’ai par la suite perdu à 500 voix près, mais je ne me suis pas représenté en 2012 sous le gouvernement Marois.

Qu’on vous présente toujours comme le premier autochtone à siéger à l’Assemblée nationale, c’est quelque chose qui vous agace, ou qui vous rend fier?

Le premier autochtone depuis le droit de votes des Premières Nations en 1969 pour être exact. C’est quelque chose dont je suis fier oui, même si c’est vrai que parfois ça a pu être lourd à porter. Mais ça fait partie de mon identité, de ma réalité quotidienne. On me ramène souvent à cette époque, mais elle m’a beaucoup défini. C’est important pour moi, qui suis éducateur de la petite enfance au départ, de montrer aux enfants que c’est possible, qu’en persévérant, on peut réussir dans la société, et ce, malgré les obstacles.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer en politique? Et maintenant en droit?

D’habitude, c’est le droit qui mène en politique, mais moi c’est la politique qui m’a mené au droit! (Rires) J’ai été conseiller au Conseil des Abénakis d’Odanak, ma communauté, et c’est une expérience que j’ai beaucoup apprécié. Le droit territorial faisait partie de mes responsabilités. J’ai ensuite voulu devenir chef de ma communauté, j’avais une vision mais je n’ai pas été élu, c’est la game politique! Je ferais peut-être un retour en politique un jour, mais le droit me permet d’avoir plus de contrôle sur ma destinée. En politique, on se remet aux mains de l’électorat. Cela dit, je suis intéressé par les droits des Premières Nations, les droits humains, les droits des enfants. Beaucoup d’avancements pour les Premières Nations ont été faits par la voie des tribunaux, je pense par exemple à la Convention de la Baie-James et du Nord québécois.

Le droit, c’est aussi une autre façon de vous engager?

Je ne le vois pas comme ça, surtout avec mon parcours personnel. Le droit n’est pas la voie suprême pour s’engager. Il y a d’autres façons : on peut s’impliquer ou militer dans des associations par exemple. Personnellement, j’ai toujours baigné dans un milieu engagé puisque mon père et ma mère travaillaient au Centre d’amitié autochtone de Val d’Or, c’est là où j’ai commencé mon implication bénévole. Ma tante est l’une des fondatrices des Femmes Autochtones du Québec. C’est un peu dans mes gènes je pense!

Est-ce que vous pensez que le milieu juridique québécois fait assez pour les autochtones?

Si l’on compare avec le reste du Canada, on est en retard au Québec. À l’Université de Sherbrooke, j’ai mis sur pied le comité étudiant Droit autochtone, qui a deux missions: favoriser l’intégration des nouveaux arrivants autochtones, et mieux connaître le droit autochtone. On a organisé deux conférences, une soirée de film et un cocktail avec des pionniers du domaine comme Me Paul Dionne de Dionne Schulze ou Me Kateri Vincent de Langlois. Mais, malgré de nouvelles politiques d’admission en droit pour les candidats autochtones, l’Université n’a pas accueilli d’étudiants autochtones cette année…