Me Michel P. Synnott, le nouveau bâtonnier des Montréalais
Me Michel P. Synnott, le nouveau bâtonnier des Montréalais
Le 9 mai, le Barreau de Montréal s'est doté d'un nouveau bâtonnier : Me Michel P. Synnott, un avocat qui exerce depuis 2003 à la Commission de la construction du Québec (CCQ). Il succède à Me Brian Mitchell.

Barreau 1986, Me Synnott détient un bac en droit de l'Université de Montréal, ainsi qu'une maîtrise en droit de la santé de l'Université de Sherbrooke. Depuis, il exerce en litige civil et commercial.

Après avoir débuté sa carrière dans des petits cabinets de litige, il s'est lancé à son compte pour arriver ensuite à la CCQ. Celui qui se dit un plaideur-né a toujours voulu
représenter des individus mais aussi des PME, « car je trouve qu'au Québec, les gens sont foncièrement des entrepreneurs qui ont des projets ; je voulais les soutenir ».

Me Synnott est engagé au sein du Barreau de Montréal depuis 2002, faisant sa place dans de nombreux comités. « Je me suis toujours impliqué dans une activité communautaire parallèle à ma carrière et je trouvais important d’essayer de contribuer à améliorer le système de justice. »

Droit-inc l'a rencontré alors qu'il débute tout juste son mandat.

Quand vous est venue l'envie de briguer le rôle de bâtonnier ?

Après quelques années au conseil, j'ai pris de l'expérience et j'ai voulu la mettre au service de la profession. J'estime avoir une connaissance assez large des réalités de la profession.

À quoi ressemblera votre mandat ?

Mon mandat a pour thème « Pour un Barreau d'avant-garde ». Au cour des dernière années, j'ai assisté à diverses conférences concernant les évolutions technologiques qui transforment la façon de pratiquer. Nous devons faire face au changement et nous adapter, même si la profession d'avocat est plutôt conservatrice. Il faut tenter de contribuer à favoriser le changement et l'innovation avant que le changement nous rattrape. Je préfère qu'on soit pro actif pour être capable de décider quels sont les défis à relever et de quelles manière. Je ne veux pas attendre que l'avocat soit au service de la technologie, mais plutôt que la technologie soit au service de l'avocat.

Quelles grandes questions technologiques se posent?

Tout ce qui est IA se développe d'une manière très rapide. Un des impacts directs est celui sur le modèle traditionnel de facturation. Il risque de devenir désuet. Alors comment s'adapter à cette nouvelle réalité ?

Il y a aussi un décrochage judiciaire, dans la mesure ou le simple citoyen considère qu'il n'a plus les moyens de se payer les services d'un avocat et se représente seul. Grâce à internet il va faire des recherches et va penser être capable de se représenter seul. Que faire par rapport à cela, et pour montrer quelle est la plus-value que peuvent apporter les avocats ?

Y a-t-il des projets en particuliers pour cette année ?

Je veux faire une exercice de réflexion stratégique. Je considère que la fonction de bâtonnier est plus une course à relais. Nous allons donc faire un plan d'action triennal pour savoir quels sont les principaux enjeux sur lesquels on veut travailler et quels sont nos principaux objectifs pour les trois prochaines années. Dans ce cadre-là, je vais inviter les membres du CA à réfléchir à quatre grands thèmes que j'ai appelé les « quatre J »: justiciables, juristes, jeunes et monde judiciaire.

J'ai également eu un échange avec le bâtonnier Paul-Matthieu Grondin concernant l'éventuelle mise sur pied d'une Fondation du droit qui récolterait des fonds. Ceux-ci seront ensuite redistribués aux organismes périphériques du Barreau comme Éducaloi, le PAMBA, Juripop ou encore Pro Bono Québec.

Concernant tous ces enjeux technologiques… On parle beaucoup, mais on agit peu, pensez-vous que vous allez agir?

C'est pour ça que je souhaite tenir une séance de réflexion stratégique. Je veux dégager un temps de réflexion juste pour ça et organiser des réunions en dehors de celles du CA spécifiquement dédiées à échanger et réfléchir sur ces questions. Il faut pouvoir bénéficier de l'expertise de tous les membres du CA. Je ne veux pas qu'on fasse simplement une veille, je veux qu'on passe à la réalisation et aussi, agir en collaboration

Quels sont vos plans pour les jeunes par exemple ?

Je voudrais travailler sur l'idée de donner des cours de gestion aux avocats. La plupart vont travailler dans un cabinet de 10 avocats ou moins, ils seront donc appelés à s'impliquer dans la gestion. C'est une mesure qu'on peut facilement mettre en œuvre et à faible coût.

Allez-vous soutenir le Jeune Barreau de Montréal qui veut faire en sorte que le Barreau ne tolère plus aucun stage non payé ?

La question est comment se fait-il qu'il y a près de 15 000 avocats à Montréal et que les jeunes ont tant de difficulté à trouver un stage de six mois ? C'est très préoccupant. Il faut investiguer davantage cette question.

Faudrait-il contingenter ?

Je ne veux pas m'avancer en préconisant des solutions, car je veux qu'on réfléchisse à la solution. J'ai l'impression tout de même que les facultés de droit n’admettent pas d'avantage d'étudiants qu'à mon époque.

Serez-vous présent le 24 mai pour l'Assemblée générale extraordinaire ?

Définitivement. Le bâtonnier de Montréal se doit d'être présent aux diverses assemblées. Ce n'est pas nous qui avons convoqué cette assemblée, mais le Barreau du Québec, alors j'y serai comme membre. Nous allons écouter ce qui se dira et on évaluera au fur et à mesure.

Allez-vous continuer à exercer au sein de la Commission de la construction du Québec ?

Je vais avoir un deux emplois à temps plein, un de jour et un de soir. Le travail de bâtonnier requiert deux à trois soirs par semaine et une fin de semaine sur deux.