Me David Vachon-Roseberry a récemment intégré la Cree nation of Mistissini
Me David Vachon-Roseberry a récemment intégré la Cree nation of Mistissini
Me David Vachon-Roseberry aime les grands espaces. Quoi de mieux alors pour lui de pratiquer dans le Grand Nord. Il a ainsi récemment intégré la Cree nation of Mistissini en tant que conseiller juridique.

Il gère des dossiers en droit du travail et en droit de la construction. Parfois, il explique le contenu d’une facture à un membre de la communauté ou à un autre, comment faire une copie conforme.

Après son assermentation en 2013, le jeune homme de 29 ans diplômé de l’Université Laval et originaire de Québec, a fait son stage au DPCP à Shawinigan, avant de monter plus au nord. En 2014, il a franchi le 55e parallèle pour débarquer à Kuujjuaq.

Il y a travaillé pour l’organisme Makivik, une OBNL qui veille au bien-être des Inuits, et pour l’Office d’habitation qui s’occupe de donner un toit à 90% des Inuits du Nunavik.

« Lorsque je suis arrivée là-bas, je ne connaissais personne. Les Blancs sont en général vus avec méfiance en raison des traumatismes du passé, et avec raison. Mais quand ils nous connaissent, ils vont nous faire une confiance aveugle », raconte-t-il en évoquant ses premiers rapports avec les Inuits.

Parti sans a priori, Me Vachon-Roseberry a été frappé par la générosité de ce peuple, mais aussi par la rudesse de leur hiver. « Les trois premières bouffées d’air lorsqu’il fait -45 degrés sont assez frappantes. On a les narines qui collent. C’est aussi un territoire plus venteux à l’air plus sec », raconte-t-il.

Pour communiquer, ils parlent anglais, même si beaucoup d’Inuits, surtout les plus vieilles générations ne parlent qu’Inuktituk.

En 2017, son poste à Makivik a été aboli par manque d’ouvrage. Retour au sud, où il pratique à son compte en droit civil, droit du logement et droit criminel, puis à la Fondation de la faune du Québec où il effectue un stage dans le cadre de sa maîtrise en droits collectifs et fondamentaux.

« J’ai ensuite été contacté par un chasseur de têtes pour un poste à Mistissini. Dans ma tête, je voulais rester à Québec, je n’étais donc pas vraiment intéressé », dit-il.

Me Vachon-Roseberry va pourtant jusqu’à l’entretien avec les membres de la Cree nation of Mistissini. « Le contact est bien passé, je sentais qu’ils avaient de bonnes valeurs, un bon sens de l’humour et on m’offrait la possibilité d’occuper des fonctions variées. Je n’allais pas m’ennuyer », poursuit-il.

Le jeune avocat n’oublie pas non plus que Mistissini est au bord du plus grand lac d’eau douce du Québec. Quoi de mieux pour un amateur de pêche comme lui !

« Parfois les gens me demandent si je ne me sens pas isolé… Mais non ! Je me sens bien plus isolé à Montréal, en ville. Ici, lorsque je vais faire mon épicerie, je rencontre des gens sur mon trajet, je leur parle », dit-il.

Contrairement à Kuujjuaq, Mistissini est aussi un peu plus proche de Québec et surtout joignable en auto.

Peuple revendicateur et pacifiste

Ses premières semaines passées aux côtés des Crees lui ont appris qu’ils sont un peuple « revendicateur, mais pacifiste. Ils ont compris que les tribunaux sont un bel outil pour faire entendre leur voix », explique-t-il.

Certains penseront peut-être que Me Vachon-Roseberry est encore un de ces Blancs venus « sauver » les Autochtones. Il s’en défend : « il ne faut pas venir en se disant cela, il faut rester humble et faire profil bas. Ceux qui veulent les sauver ne connaissent rien à leur culture. Il ne faut pas leur imposer nos idées, elles doivent venir d’eux », dit-il.

Quant à sa vie sociale, le jeune Québécois la sent bien plus riche ici que dans « le sud ». « En 5@7, on se rencontre tous au village, on participe à des festins communautaires, cela ne ressemble pas au 5@7 d’affaires dans lesquels les avocats vont pour réseauter pour faire de l’argent. Dans le sud, tout tourne toujours autour de l’argent, ici, ce qui compte c’est la cohésion, la communauté. Les rapports sont beaucoup moins superficiels, il n’y a pas cette forme d’hypocrisie », dit-il.

Une justice par les Blancs pour les Blancs

Après ses nombreuses expériences passées dans le Grand Nord, Me Vachon-Roseberry a également pu observer la déficience de la justice dont souffre le territoire et surtout du manque de ressources.

« Le système de justice des Blancs n’est pas celui des Autochtones. Actuellement, c’est un juge, qui ne connaît rien aux réalités autochtones qui va trancher en se basant sur des lois écrites par les Blancs, pour les Blancs. On devrait permettre aux Autochtones de retourner à des résolutions de conflit comme ils ont l’habitude de le faire : en groupe, afin de trouver une solution commune », dit-il.

Il explique aussi que parfois, les juges rendent des jugements que les Autochtones ne comprennent même pas. Le concept de bris de probation par exemple leur est totalement étranger.

Me Vachon-Roseberry n’a passé que quelques semaines à Mistissini, mais contrairement à Kuujjuaq, il s’y voit finir sa vie. « Ici, on fait des choses simples, peu coûteuses, et on a bien plus du fun. »