La défense d’Accurso se termine
La défense d’Accurso se termine
Lors du contre-interrogatoire de l'accusé, la Couronne a insisté sur le fait que l'homme d'affaires a effectué très peu de vérifications dans ses entreprises après avoir entendu parler d'un stratagème de collusion à la Ville de Laval et subi une perquisition.

« Si j'avais été au courant ou si j'avais eu le moindre doute, j'aurais fait arrêter ça immédiatement. (...) J'avais bâti un empire de 4300 employés. Je ne mettrais pas ça en péril pour 0,6 à 3 % de mon chiffre d'affaires. »

C'est l'explication que Tony Accurso a répétée au tribunal alors qu'il était contre-interrogé sur sa réaction après avoir entendu parler d'un système de collusion à Laval en 1997 et 2002.

L'entrepreneur a expliqué qu'à deux reprises, son ami de longue date Claude Asselin, l'ancien directeur général de la Ville de Laval, lui en avait glissé un mot. « J'ai pas cherché plus de détails et lui ne m'en a pas offert non plus », a expliqué l'accusé. Pourtant, « c'était votre ami depuis presque 20 ans? » a souligné le procureur aux poursuites criminelles et pénales Richard Rougeau.

Les deux fois, Tony Accurso aurait plutôt rencontré les présidents de ses entreprises Louisbourg Construction et Simard-Beaudry, Joe Molluso et Frank Minicucci, qui ont nié toute implication. La parole de ses « bras droits » aurait été suffisante pour qu'il ne pousse pas plus loin ses vérifications, puisqu'après tout, les contrats avec la Ville ne représentaient qu'une petite proportion de son chiffre d'affaires.

Mais selon la poursuite, cette attitude est étonnante pour le chef d'un empire qui risque de tout perdre si ses entreprises trempent dans l'illégalité.

« Vos compagnies étaient potentiellement en danger. Ça mérite pas plus qu'un 15 minutes sur le coin d'une table? », a lancé Me Rougeau. Tony Accurso a réitéré la confiance qu'il vouait à ses présidents.

L'homme de 66 ans subit son procès pour fraude, corruption, abus de confiance et complot. Un ancien collecteur de ristournes pour l'ex-maire Gilles Vaillancourt a entre autres témoigné avoir reçu 200 000 $ en argent comptant de Tony Accurso en 2002.

Après la perquisition : « la vie continuait »

Après une perquisition de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) dans ses bureaux en 2012, Tony Accurso n'a pas jugé nécessaire de questionner à nouveau ses présidents, puisque le sujet avait été abordé dix ans plus tôt.

« Je ne voyais pas du tout la pertinence d'aller discuter de quelque chose dont on a discuté deux fois. J'avais assez confiance en eux autres que s'il y avait eu un problème, ils seraient venus me le dire », a indiqué l'homme d'affaires.

Il a brièvement abordé le sujet avec un avocat de ses entreprises, Guillaume Rochon, et son vice-président aux finances, Charles Caruana, mais n'était pas inquiet. « La vie continuait. On avait nos 50-60 soumissions par semaine. »

« En 2012, vous ne commenciez pas à trouver que ça ne sentait pas bon dans vos entreprises? » a demandé Me Rougeau. « Non », a répondu l'accusé, qui ne voyait pas la perquisition « comme étant un risque pour les compagnies ».

Son bras droit a plaidé coupable et conseille ses enfants

Après son arrestation en mai 2013, ce sont les policiers de l'UPAC qui l'auraient mis au courant qu'il y avait bel et bien un système de partage de contrats en échange de ristournes à la Ville de Laval.

Le président de Louisbourg Construction, son cousin, lui aurait alors avoué avoir participé au stratagème. « Joe Molluso était comme mon frère », a affirmé Tony Accurso, l'air grave, précisant avoir été « très déçu » par la trahison de son bras droit, qui l'a mené à devoir vendre son empire. « Je ne l'ai pas actionné parce qu'on n'actionne pas un frère », a-t-il ajouté.

M. Molluso a plaidé coupable pour son rôle dans la fraude et agit maintenant comme conseiller spécial auprès des quatre enfants de l'accusé, des ingénieurs qui se sont lancés en affaires. « Mon père ne l'aurait pas mis dehors et moi je n'avais pas le coeur de lui dire va-t'en », a-t-il justifié.

En réponse à une question du juge James Brunton, l'accusé a reconnu n'avoir jamais demandé à Joe Molluso où il prenait l'argent pour payer la ristourne de 2 % sur la valeur des contrats obtenus.

Le président de Simard-Beaudry, Frank Minicucci, n'a jamais été accusé dans cette affaire.

« C'était le boss de Laval »

« Ce n'était pas mon ami », a réitéré Tony Accurso au sujet de Gilles Vaillancourt qu'il rencontrait « une à cinq fois par année » pour des dîners d'affaires.

« À qui tu veux que je parle si j'ai un projet à Laval? Il n'y a personne d'autre. (...) C'était le boss de Laval » a-t-il déclaré, soulignant que ces repas consistaient essentiellement en des « monologues » du maire qui ne lui accordaient aucune faveur.

L'entrepreneur a déclaré qu'il n'aimait pas que l'élu soit systématiquement en retard pour leurs rendez-vous

« Vous passiez une heure devant la réception du bureau de M. Vaillancourt à attendre... Comme un enfant? » a lancé Me Rougeau, un doute dans la voix, avant d'être sermonné par le juge qui estimait la fin de sa question « vexatoire ».
« Je trouvais qu'il manquait de respect envers moi. Mais c'est le maire », a répondu l'accusé.

Un jury attentif

Régulièrement pendant son témoignage, Tony Accurso s'est tourné directement vers les jurés, mêlant sourires et anecdotes personnelles à ses réponses.

À deux reprises, le jury a transmis des questions pointues pour l'accusé au sujet de sa gestion de ses entreprises. La plupart des jurés ont pris des notes consciencieusement tout au long des témoignages.

L'avocat de Tony Accurso, Marc Labelle, plaidera jeudi, et la Couronne, vendredi. Les délibérations du jury devraient commencer mardi prochain, après les directives du juge.