Me Myriam Andraos, jeune criminaliste pas comme les autres
Me Myriam Andraos, jeune criminaliste pas comme les autres
Partir à son compte a été l’une des meilleures décisions de Me Myriam Andraos. En effet, en solo depuis un an et demi, la jeune femme de 28 ans dit disposer de plus de liberté, de son propre espace, et - surtout - elle n’a aucun compte rendre à personne.

«Mes collègues viennent beaucoup de l’UQAM. On n’est pas du tout dans l’apparence ou le prestige. Personne ne va me juger ici. J’ai mon éthique et mes valeurs de travail et j’y vais avec mon intuition quand il s’agit de bâtir ma clientèle ou de faire ma promotion », dit-elle, alors qu’elle nous reçoit dans son bureau situé tout près du Palais de justice de Montréal et décoré de plantes, d’orchidées, et d’une toile qu’elle a elle-même peinte.

Toute sa jeune carrière en droit criminel a été motivée par une même authenticité, et un côté «rebelle» qu’elle assume tout à fait.

«Je crois que j’ai un refus de l’autorité qui est bien ancré dans ma personnalité, dit-elle à Droit-inc. Pour moi, c’était le droit criminel ou rien. Je ne me voyais pas du tout travailler en droit des affaires ou en droit civil. C’est l’humain, les émotions qui m’intéressent. Pas les chiffres.»

Et pourtant… La juriste passionnée ne se voyait pas du tout avocate au départ, et ce, même si sa mère ou ses amis insistaient pour qu’elle emprunte cette voie. «J’avais peur d’être prise dans un espèce de carcan et de ne pas être bien, dit-elle. Je voyais ça comme une job conventionnelle en ce sens qu’il y a la loi, on travaille avec la loi, il y a un aspect prestigieux dans lequel je me reconnaissais pas du tout.»

Après un baccalauréat en relations internationales et droit international (BRIDI) à l’Université du Québec à Montréal, elle part compléter un stage à la Cour pénale internationale à La Haye, aux Pays-Bas, où elle rencontre Peter McCluskey, un procureur de la poursuite américain. Il ne tarde pas à la prendre sous son aile après qu’elle l’eût épaulé durant le procès de Radkom Laditch, un chef de guerre serbo-bosniaque.

«J’ai commencé à me dire : si je pouvais faire ça tous les jours, je serais heureuse. Je voyais que j’avais ce qui fallait pour me lancer en droit.»

Une « vie assez difficile »

Aujourd’hui, sa pratique en droit criminel lui réserve des dossiers d’infractions liées aux armes à feu, à des bris de condition, des crimes sexuels, des drogues, des voies de fait, des agressions, ou encore de la violence conjugale.

Autant dire, des dossiers émotionnellement difficiles.

«Oui mais il y a quelque chose qui vient me toucher dans les difficultés humaines et les droits de la personne. Le droit criminel est un domaine où l’on est souvent amené à plaider la Charte pour protéger les individus contre les abus de l’État, les abus de pouvoir, les abus d’autorité.»

Rien qui ne fasse peur à celle qui avoue avoir eu «une vie assez difficile».

«J’ai dû faire preuve de beaucoup de résilience tout au long de ma vie, et ça a fait en sorte que j’ai le goût d’aider les gens qui se retrouvent au fond du baril. Quand t’es au fond du baril, la face dans la bouette, que l’opinion publique, les médias, le système tout entier peut être contre toi, il y a une personne qui va te tendre la main peu importe ce que tu as fait. C’est ça que je trouve honorable dans la profession de défense criminelle.»

Lâcher prise

Et pour faire face aux situations difficiles rencontrées par ses clients, l’avocate avoue avoir beaucoup de gestion d’émotions à faire.

«Il faut être capable d’avoir un détachement émotionnel par rapport à certains dossiers. Ça demande énormément de lâcher prise. Je ne contrôle pas si le juge est de bonne humeur ou pas ce matin, ou si la Couronne a décidé de mettre une étiquette dans la face de mon client. Et je n’ai aucun contrôle sur mon client : est-ce qu’il va rechuter? Refaire quelque chose dans deux semaines? Vais-je devoir le sortir de prison? Tout ce que je peux faire c’est donner le meilleur. »

Pour ça, trouver un bon équilibre entre le professionnel et le personnel est essentiel. Ainsi, fait-elle de la peinture, du sport, de la méditation, du bénévolat. «Si je vais bien, je suis capable d’aider le client. Et plus je suis capable de l’aider, plus je vais bien. Mon épanouissement professionnel et personnel sont co-dépendants.»

D’autant plus que la profession de criminaliste n’a pas toujours bonne presse. «C’est vrai que la première chose qu’on me dit c’est souvent “ Ah! Tu défends les méchants!” Mais j’explique à ces personnes-là que ça pourrait être elles. Une faculté affaiblie par exemple pourrait concerner n’importe qui d’entre nous. Ma job est de faire en sorte que l’accusé passe de manière la plus fluide possible dans le système de justice, que ses droits soient respectés peu importe ce qui arrive.»

«Comment je peux aider cette personne-là?»

Partir à son compte a été l’une des meilleures décisions de Me Myriam Andraos
Partir à son compte a été l’une des meilleures décisions de Me Myriam Andraos
Dans certains cas, Me Andraos explique faire un peu de mentorat auprès de ses clients, comme «une grande soeur».

Pour accepter un dossier, elle analyse trois aspects de la relation avocat/client.

« 1- est-ce que j’ai une bonne relation avec le client au niveau de la personnalité? 2- est-ce que la question de droit est intéressante? 3- est-ce qu’il paye? Je me dis que s’il en remplit un des trois, on est en business. J’en fais souvent par pure compassion, même s’il me dit qu’il me paiera plus tard.»

Cherche-t-elle quelque part à sauver ses clients? «Je ne peux pas les sauver, mais je peux les aider. Je me demande toujours : “ Univers, comment je peux aider cette personne-là? “ Et j’ai conscience de ce que je contrôle, et de ce que je ne contrôle pas.»

Forcément, en droit criminel, l’avocate est amenée à rencontrer des personnalités plus difficiles, mais elle aime cet aspect «psychologique» du travail.

«L’expérience de vie permet de “sentir” les gens. Il y a un aspect très intuitif. Je fais aussi beaucoup de bénévolat auprès des alcooliques, des toxicomanes. J’ai aussi fait du pro bono auprès des itinérants à la Cour municipale. Mon propre passé fait aussi que j’ai côtoyé des gens de différents horizons, de différentes personnalités. Je considère que j’ai un espèce de sixième sens sur comment gérer ces personnes-là, même si je suis toujours en train d’apprendre.»

Beaucoup d’amour, et pas de jugement

Selon Me Andraos, un criminaliste a besoin, pour être heureux dans son travail, d’une certaine dose de compassion.

«Je pense que ça fait un peu partie de la job. Pour défendre le mieux possible mon client, il faut que j’essaye de le comprendre. La base des relations humaines doit être fondée sur l’amour. Sinon, on tombe dans l’intolérance, dans le jugement.»

Pour elle, c’est carrément une philosophie de vie. «La base pour moi c’est l’authenticité, je n’ai pas de rôle à jouer. J’essaie d’être intègre avec moi-même. »

Est-ce que le fait d’être devenue criminaliste l’a rendue moins rebelle?

« Non, lâche-t-elle après un long silence. C’est juste que je n’accepte pas le système comme donné, et dire “c’est comme ça, c’est comme ça, donc on l’applique”. Des fois, je me rends compte que la loi est injuste, et c’est beaucoup plus fréquent qu’on pense.»

C’est d’ailleurs aussi pour ça qu’elle a choisit ce travail, conclut-elle : «Parfois c’est le système lui-même qui est injuste. C’est ça le courage professionnel : aller contre vents et marées et se demander : est-ce que ça se peut que le législateur ait été injuste et que ça donne un résultat aberrant?»