Me Marie-Josée Cantin Johnson a débuté comme stagiaire chez Gowling
Me Marie-Josée Cantin Johnson a débuté comme stagiaire chez Gowling
Me Marie-Josée Cantin Johnson a quitté le Québec il y a 16 ans pour aller chercher une maîtrise en droit en Californie. Le surf, le yoga, la température et la qualité de vie l’ont fait tomber en amour avec l’État de la côte ouest américaine.

Elle se lance alors dans une grande entreprise : passer l’un des barreaux «les plus difficiles d’Amérique du Nord». En 2005, son rêve prend forme : «ce qui devait être un programme d’un an est devenu une nouvelle vie.»

À 39 ans, elle est aujourd’hui mariée à un Américain et a deux enfants. Toujours membre du Barreau du Québec, la juriste a toutefois lâché la toge pour devenir consultante en propriété intellectuelle…

Droit-inc : Comment avez-vous fait pour décrocher le Barreau en Californie?

Marie-Josée Cantin Johnson : J’ai choisi la réponse C à chaque fois et je suis passée! (Rires). Non, c’est une joke! En fait, intellectuellement et physiquement, ça a été la période la plus difficile de ma vie. J’ai perdu 15 livres en deux mois, j’étudiais comme une folle. J’avais la langue contre moi. Même si j’étais bilingue, ce n’est pas la même chose que de commander du poulet au restaurant! J’étais la première arrivée à la bibliothèque, et la dernière à partir, je ne prenais aucune journée off.

Pourquoi vous donner tant de mal pour rester?

Parce que je suis tombée en amour de la Californie, de la qualité de vie. C’est plus facile d’exister ici. La température a un énorme impact sur moi, sur mon humeur, sur la qualité de mes pensées. Mais professionnellement aussi… c’est une autre game. Les dossiers sont importants, d’un point de vue financier, les enjeux plus complexes, excitants. J’ai travaillé avec des compagnies à Hollywood sur différents aspects, en musique, en propriété intellectuelle, en cinéma. Les salaires sont plus intéressants aussi. Un avocat en première année ici gagne 165 000 dollars.

Quelle est la comparaison avec le salaire des premières années ici ?

Quand j’étais chez Gowling, c’était 75 000 dollars, et les bonus n’avaient rien à voir. Le niveau de vie, oui, mais le ratio n’est pas aussi grand, donc on fait plus d’argent ìci. Dans les différences je dirais aussi qu’ici, il y a peut-être plus de compétition d’un point de vue «affaires». C’est très business-oriented. Chez Proskauer Rose, on évaluait le coût des ententes hors Cour très tôt dans le litige, et dès la première année, il y avait plus de coaching en développement d’affaires.

Mais en 2010, vous revenez à Montréal, chez MELS…

Oui, mais à l’époque ça s’appelait Vision Globale. En fait, juste avant mes 30 ans, et alors que j’avais deux Barreaux, deux diplômes en droit… je me suis rendue compte que je ne voulais pas être avocate. Je préférais faire des affaires, avoir un impact sur la stratégie de développement d’une entreprise, travailler à sa croissance avec le marketing, les ventes. Je trouvais le droit trop unidimensionnel. Et je m’ennuyais du Québec…

C’est la température qui vous manquait!

Oui! J’avais tellement le goût de pelleter! (Rires) Alors j’ai acheté une pelle et je suis revenue ici! (Rires) C’était une période de transition : soit je rentrais pour de bon au Québec, soit je retournais en Californie. Je suis entrée comme VP Affaires corporatives dans cette boîte en croissance, qui en plus avait le désir de percer en Californie. C’était vraiment une bonne plateforme pour moi. Bien que c’était super d’être dans mon confort culturel et linguistique, je m’ennuyais de la Californie. Finalement, un de mes amis connaissait le président de Technicolor, Claude Gagnon, qui était à LA. Et on s’est rencontrés.

Comment était l’expérience chez Technicolor?

J’étais VP de la division marque de commerce et licences en technologie. C’est ici que j’ai fait ma transition du droit vers les affaires. Je faisais du «licensing» à travers le monde, je négociais les deals, le fait d’être avocate était un bon actif, j’étais particulièrement bien placée pour comprendre quels sont les leviers de négociation par exemple. Puis, je travaillais avec l’équipe en marketing, les ventes sur les opérations, la croissance, la stratégie. J’étais plus dans mon élément.

Et aujourd’hui, à quoi ressemble votre quotidien?

Je suis consultante en propriété intellectuelle et je travaille avec plusieurs compagnies, dont des québécoises. J’amène la rigueur et les connaissances associées au droit. Ça fait de moi une partenaire intéressante. Je travaille à la tête du développement des affaires en PI pour JD Power, une compagnie en recherche marketing, d’analyse de données. Je suis sur le CA d’une fintech basée à LA en tant que conseillère, et je travaille aussi avec une entreprise de capital de risque qui investit dans les technologies. Je suis le pouls de l’innovation, ce sont pour la plupart des compagnies en mode start-up donc l’énergie est géniale. Je suis super heureuse, j’adore ce que je fais!

Quel regard votre entourage juridique porte sur votre carrière?

Dans mes amies proches, il y en a une qui est devenue ministre… (Rires)

Mélanie Joly?

Oui, on part ensemble le week-end prochain! En 2018, les choses ne sont plus comme avant. Avant, le chemin c’était : tu fais ton droit, tu passes le barreau, tu entres dans une bonne firme, tu deviens partner, et tu meurs. Maintenant, voilà, il y a des carrières comme celle de Mélanie ou celle de Ryan Hillier qui a lancé Novalex. On s’est tous encouragés dans nos ambitions et on le fait encore aujourd’hui.

Quels conseils donneriez-vous aux juristes qui voudraient suivre vos traces?

C’est sûr qu’à 39 ans, je ne suis plus celle que j’étais à 23 ans quand j’ai débarqué ici avec toutes mes économies. J’ai frôlé beaucoup d’attaques de panique sur des questions d’immigration… Et le climat américain n’est plus aussi inspirant que dans le passé… Mais il faut aller où on a envie d’aller, malgré le stress. Sortir du Québec m’a amené tant de nouvelles expériences. J’ai rencontré des gens que je n’aurais jamais rencontrés si je n’étais pas «sortie de la boîte». Le droit est une profession qui, même si elle amène beaucoup de bonnes choses, pousse à penser à l’intérieur de la boîte. Plus on y reste, plus c’est difficile d’en sortir. Il faut faire le saut quand on est jeune!