Me Krystel Arbia a déjà ouvert plusieurs studios de pole dance
Me Krystel Arbia a déjà ouvert plusieurs studios de pole dance
À 39 ans, Me Krystel Arbia a déjà ouvert plusieurs studios de pole dance à Milan, Montréal, Dubaï, Singapour et Miami.

Il faut dire que, diplômée d’un baccalauréat en droit de l’Université de Montréal, d’un MBA mais aussi d’une maîtrise en gestion et design de la mode de l’Université Bocconi à Milan, cette mère de trois enfants a toujours été attirée par l'entrepreneuriat.

Aujourd’hui, toujours entre deux avions, elle partage son temps entre la gestion d’un hôtel à Saint-Martin dans les Caraïbes, un projet juridique auprès d’une entreprise de cannabis médical à Montréal et le recrutement de professeurs pour ses studios de pole dance à travers le monde. C’est après un troisième accouchement que la juriste s’est trouvé cette passion pour cette discipline, qui mêle danse et acrobaties autour d'une barre.

« Le droit, c’est la base de tout. Dans les négociations, je dis que je suis avocate. Le titre a beaucoup de valeur, les gens en face ont davantage confiance», dit celle qui avoue « s’être toujours éclatée en affaires ».

Elle a répondu aux questions de Droit-inc en direct d’une plage en Sardaigne.

Droit-inc : Après avoir travaillé chez Dolce & Gabanna et ouvert des studios de pole dance, vous travaillez maintenant pour Red-Med Cann. Comment avez-vous atterrie dans l’industrie du cannabis?

Me Krystel Arbia : Oui, j’ai un parcours atypique! (Rires) Re-Med Cann est un beau projet mais il n’a pas encore commencé. Il s’agit d’une entreprise spécialisée dans la production de cannabis médical, ouverte l’année dernière. La firme a faite une demande de permis auprès de Santé Canada.

L’industrie du cannabis va être florissante. C’est une vraie médecine alternative : des gouttes de cannabis peuvent aider les enfants qui font de l’épilepsie ou encore des personnes qui suivent des chimiothérapies. C’est très bien que le gouvernement soit allé dans ce sens, même si ça doit être règlementé car ça reste une drogue.

Votre rôle va être de représenter l’entreprise auprès des pouvoirs publics, mais aussi d’aller chercher des investisseurs, c’est bien ça?

Oui, aller chercher des investisseurs mais aussi m’informer sur les meilleures pratiques car l’entreprise va être un leader dans le domaine. Donc il va falloir voyager pour voir ce qui se fait dans les autres pays… Mais là, ça ne m’occupe pas à temps plein...

Qu’est-ce qui vous occupe à temps plein en ce moment?

En ce moment, je gère un hôtel à Saint-Martin, une entreprise familiale. On est entrés en phase de reconstruction totale depuis l’an passé, et on repense tout : les restaurants, les stratégies commerciales… J’y suis une fois par mois pendant dix jours. Puis, il y a mes studios de pole dance…

Comment ça a commencé, la pole dance?

Juste après ma troisième grossesse, j’avais beau faire de la natation, du pilates, de la danse, je n’arrivais pas à retrouver ma silhouette. Un jour que je regardais Access Hollywood à la télé, j’ai entendu l’actrice Kate Hudson dire que la pole dance l’avait remise en forme et j’ai pris ça comme du cash! (Rires).

Par miracle, il y avait un studio de pole dance à Beijing, en Chine, où j’habitais car j’avais suivi mon mari chef d’entreprise et passé un MBA à distance. J’y suis entrée et quand j’ai mis la main sur la pole, j’ai eu un feeling extraordinaire, je n’étais plus Krystel, je n’étais plus une maman, mais une femme qui avait envie de décrocher de la réalité et de prendre une heure pour elle.

Et là, vous vous êtes lancée en affaires!

Oui! J’ai retrouvé mes abdos, ma forme, et j’ai décidé qu’à mon retour en Italie, j’ouvrirais une école. Mes collègues de MBA me demandait : « dans quelle banque vas-tu travailler?», mais moi je disais : « j’ouvre ma business ». Quand je leur disais dans quoi, ils riaient car ça a une certaine connotation sexuelle. J’ai bossé six mois sur le projet et le 8 mars 2010, la journée des femmes, j’ai ouvert mon premier studio à Milan.

Maintenant, je recrute de jeunes talents pour enseigner, je les entraîne, j’organise leur carrière et elles voyagent dans mes différents studios. Sans background légal, je n’aurais pas pu faire tout ça.

Donc ca vous a clairement aidé d’être avocate?

Studio de pole dance
Studio de pole dance
Totalement. Le droit, c’est la base de tout. Je rédige mes propres contrats. Ça m’a aussi donné une certaine façon de penser, même s’il me manquait l’aspect business, avec des notions de marketing, de finances que je suis allée chercher avec le MBA. Dans les négociations, je dis que je suis avocate. Le titre a beaucoup de valeur, les gens en face ont davantage confiance, ils savent aussi qu’on a une bonne compréhension de ce qui se passe.

Après c’est sûr que j’ai un pincement au coeur quand je pense à la pratique, je rêvais de pratiquer en arbitrage, mais je devais faire un choix. Être entrepreneure, ça donne une flexibilité. Alors oui je travaille autant d’heures que mes consoeurs en grand cabinet, mais à des heures qui me conviennent et me permettent de concilier ma réalisation professionnelle avec ma vie de famille.

Vous n’y parveniez pas avant?

Chez Dolce & Gabbana, j’avais deux nounous. Une le matin, et une le soir. Je ne voyais jamais mes enfants. On ne m’avait pas dit en fac de droit «Vous allez voir quand vous allez être mère, il va falloir faire des sacrifices!». La réalité a été assez brutale. Moi je ne voulais rien abandonner, je voulais tout faire.

Aujourd’hui, je suis contente d’avoir eu mes enfants dans la vingtaine, d’être aujourd’hui dans la fleur de ma carrière et de ne pas avoir de bébé qui me réveille la nuit. Les mères, on se sent toujours coupables. Mais je voudrais passer un message aux femmes avec cette entrevue : vous faites de votre mieux, vous n’avez pas à vous sacrifier.

L’expérience chez Dolce & Gabbana, c’était comment?

Quand on pense à de grosses entreprises comme Gucci, LVMH Moët Hennessy Louis Vuitton ou Dolce & Gabbana, on se dit qu’elles sont ultra structurées mais ça n'est pas toujours le cas. À l’époque, 42 % de leur chiffre d’affaires venait du licensing, donc c’était juste du cash flow qui rentrait sans effort. Plus la marque était populaire, plus l’argent rentrait.

Je négociais pour les emplacements des marques dans des grands centres commerciaux. Elles doivent toutes bouger ensemble mais ce sont les plus grosses qui ont les meilleurs emplacements. Il fallait aussi contrôler les baux pour chaque boutique, faire de la révision de documents, etc. Le travail était varié.

Et le milieu de la mode?

C’est un monde à part. Ce sont des deadlines de dernière minute, certains travaillent jusqu’à 3 ou 4 heures du matin pour sortir les morceaux de la collection. Mais j’aime la créativité, j’aime la beauté. Aller dans les défilés et les fashion party aussi c’était le fun! (Rires)

Quels sont les plus grands défis que vous avez rencontré comme entrepreneure?

Ouvrir un studio de danse acrobatique alternative dans un pays catholique, c’était mal vu. Mais je l’ai fait dans un quartier ultra glam, j’ai fait venir une championne australienne. J’ai appliqué un marketing que j’avais appris dans mes études en gestion et design de la mode.

J’ai donc transformé quelque chose de trash en quelque chose de glamour, vendu à un prix élevé dans des espaces lumineux et ultra chics et propres. Ma clientèle maintenant est composée de femmes qui voyagent à travers le monde.

La Chine, l’Italie, Montréal, Saint-Martin… Et vous, vous habitez où en ce moment?

(Rires) Excellente question! Je suis toujours entre deux avions. Mes trois enfants (ndlr : âgés de 14, 12 et 10 ans) et mon mari sont basés à Milan. Moi, j’y suis la moitié du temps. Sinon, je voyage entre Saint-Martin pour l’hôtel et Montréal pour Re-Med Cann. Je me suis toujours éclatée en affaires… J’ai écouté ce que j’ai eu envie de faire, et je l’ai fait pleinement, sans compter les heures, pour devenir la meilleure. Et il ne faut pas le faire pour être compétitive avec les autres mais bien pour se dépasser soi-même!