Me Michel Bergeron, chef des services linguistiques et associé au sein du cabinet McCarthy Tétrault
Me Michel Bergeron, chef des services linguistiques et associé au sein du cabinet McCarthy Tétrault
En 2015, Laurent, le fils de l’avocat-réviseur Me Michel Bergeron, chef des services linguistiques et associé au sein du cabinet McCarthy Tétrault, a été impliqué dans un grave accident d’auto.

Le jeune homme alors âgé de 19 ans s’en sort in extremis, mais le conducteur ne survit pas au drame.

C’est de ce tragique événement que Me Bergeron a tiré son inspiration pour écrire son troisième roman, 88, dédié au disparu.

« Je me trouve tellement chanceux d’avoir l’écriture dans ma vie pour passer à travers certaines épreuves, dit-il en entrevue avec Droit-inc. Je ne sais pas ce que je ferais sans elle. »

Ce que cet accident lui a appris avant tout, c’est la nécessité d’accomplir ce que l’on souhaite chaque jour.

« Tu ne sais jamais ce que te réservera demain. Aujourd’hui, je ne peux plus regarder mon fils de la même manière. Quand je le vois, je réalise la chance que j’ai de l’avoir à mes côtés. »

Des chapitres et des touches

Même s’il a toujours lu et écrit, Me Bergeron n’a jamais pu, avant le secondaire, appeler la littérature sa passion.

« À l’époque, je ne voulais pas faire les travaux dans mon cours de français, alors j’ai proposé à mon professeur d’écrire un roman. Il a accepté, à la condition que je lui remette dix pages par semaine. Finalement, il ne l’a jamais lu! »

On ne peut pas dire que c’était une cause perdue pour autant : depuis, l’auteur a publié trois ouvrages différents.

« Je ne peux plus m’empêcher d’écrire. Ça a un effet thérapeutique sur moi. »

Dans le roman, on retrouve une personne qui se tient dans une salle après un accident d’auto. À côté d’elle se trouve un piano, qu’elle utilise pour communiquer.

Il y a autant de chapitres dans le livre que de touches sur un piano : 88. Michel Bergeron a joué avec ce concept en nommant chacun chapitre selon le nom des touches.

Il y a même ajouté sa touche personnelle, en créant la trame sonore qu’il a imaginé pour le livre.



« Si quelqu’un veut en faire un film, la musique est prête! », lance-t-il à la blague.

Un professionnel occupé

Ses proches réagissent toujours de la même manière lorsque l’auteur parle de ses nouveaux projets : « Où trouves-tu le temps pour faire tout ça? »

C’est qu’il est plutôt difficile de comprendre comment l’associé parvient à concilier sa carrière, sa vie familiale, son amour du sport et sa passion pour l’écriture et la musique.

« Petit train va loin, résume-t-il. Je suis patient. S’il faut que j’écrive une phrase à chaque jour pendant 10 ans pour terminer un de mes livres, je le ferai. »

Cette philosophie, Me Bergeron n’a pas le choix de l’adopter, puisqu’on son emploi accapare une grande partie de sa vie.

En tant qu’avocat-réviseur, son mandat est de s’assurer de la qualité des traductions de contrats et d’autres documents juridiques. En vertu de l’article 40,1 des valeurs mobilières, tous les documents doivent être traduits en français pour le public québécois.

« Mon emploi peut être stressant parce que les écrits restent. Contrairement à un avocat qui négocie verbalement, un contrat que j’ai approuvé il y a des années peut venir me hanter toute ma vie. »

Me Bergeron l’avoue : s’il n’avait pas eu d’enfants, il ne serait surement pas avocat-réviseur aujourd'hui et pratiquerait un métier moins stressant.

Probablement celui d’auteur.

La retraite avant le travail

« Les gens disent que le droit mène à tout. Ce n’est pas faux, mais je pense surtout que tout mène au droit. »

Ce n’est pas pour rien que Me Michel Bergeron lance cette citation. Après avoir obtenu son barreau et travaillé au sein du cabinet Bertrand Otis Gagné Blanchette, il abandonne tout pour démarrer une carrière en musique.

« Je l’ai toujours dit : c’est comme si je prenais ma retraite avant de travailler. »

Pendant 10 ans, Me Bergeron se promène d’hôtel en en hôtel dans la francophonie aux quatre coins du globe avec son groupe Paparazzi. Son parcours l’amène à performer devant des milliers de personnes au Festival d’été de Québec et à l’Olympia de Paris.

« C’était mon rêve et je l’ai vécu à fond la caisse. Par contre, j’ai vite réalisé que je ne voulais pas manger des sandwichs toute ma vie! »

Épuisé de ne pas avoir de routine et d’avoir de la difficulté à gagner de l’argent, Me Bergeron retourne s’installer au Québec, où son premier enfant verra le jour peu de temps après.

Une fois revenu, il conclut ses études universitaires en traduction juridique avant de rejoindre McCarthy Tétrault.

Ce n’est qu’un début

En plus de ses passions pour la musique et la littérature, Me Bergeron a passé les 20 dernières années à composer un lexique comprenant tous les termes juridiques en droit des affaires, en français et en anglais.

Ce n’est que l’an dernier que son guide a été édité. Celui-ci est aujourd’hui utilisé par les avocats un peu partout au Canada et même à l’ONU.

« Ce lexique-là et mes livres, ce sont clairement mes deux plus grandes fiertés. »

À l’aube de ses 60 ans, l’avocat-réviseur assure qu’il n’arrêtera pas d’accumuler les projets.

Envisage-t-il une retraite professionnelle pour lui permettre d’accorder plus de temps à ces projets?

« Honnêtement, je ne vois pas trop pourquoi je ferais cela! Je me sens meilleur qu’avant. Tant que ma santé mentale y sera, j’y serai aussi. »

Sa seule crainte : le cap des 65 ans.

C’est à cet âge que les avocats se font généralement enlever leur titre d’associé dans les grands cabinets. Me Bergeron entend tout faire pour convaincre McCarthy Tétrault qu’il a encore sa place.

D’ici là, il accordera du temps à la rédaction d’un roman graphique et d’un autre livre portant sur Boucherville.

«De loin le meilleur», selon ses dires…