Me Sophie M. Rossi de Roy Bélanger Avocats
Me Sophie M. Rossi de Roy Bélanger Avocats
Après la vague lancée par l’affaire Weinstein en 2017, Droit-Inc a interrogé des avocates pour savoir sous quelle forme les remous ont changé les choses. Si l’on retient de ce mouvement que les femmes ont libéré leur parole, il s’agit maintenant de traiter des conséquences concrètes de cette transformation.

Si l’on a pu voir les exemples à ne pas suivre, il faut maintenant essayer d’analyser ce qui a été mis en place en réaction à cet événement, à quoi ressemble l’environnement de travail après #MeToo et quelles leçons ont pu en tirer les cabinets pour proposer de nouvelles approches.

Deux avocates ont répondu à nos questions, l’ancienne présidente du Jeune Barreau de Montréal Me Sophie M. Rossi de Roy Bélanger Avocats et Me Julie Doré avocate associée chez BCF.

Droit-inc : Qu’est-ce qui a changé depuis MeToo ?

Me Rossi : J’ai constaté dans la communauté juridique que depuis le mouvement #MeToo, les gens sont davantage conscientisés sur le problème. Il y a une vraie tentative de prendre le sujet en main. Les discussions entre avocates ne sont pas forcément celles qui ont le plus changé, il y a surtout des avocats hommes qui ont véritablement pris conscience de ces problématiques. 

Me Doré : Une plus grande vigilance, ouvrir la porte si quelqu’un est victime d’une situation où elle ne sent pas à l’aise avec des collègues ou avec des clients. C’est avec la prévention que l’on va éviter la majorité des cas. 

Et au sein des cabinets ?

Me Julie Doré avocate associée chez BCF
Me Julie Doré avocate associée chez BCF
Me Rossi : Ce que je note, c’est que chez les employeurs on met à jour des politiques, où alors on en crée. Tout cela pour mettre à la disposition des employés des moyens de dénoncer les harcèlements sexuels et psychologiques. 

Me Doré : Cela n’a pas nécessairement changé les relations entre collègues, au cabinet on a surtout augmenté notre vigilance. Nous avons une politique en place depuis très longtemps contre le harcèlement. Ça a été un bon prétexte pour faire de la pédagogie. 

Quelles actions ont été prises ?

Me Doré : Ce sont des petites choses, des mesures concrètes, comme des personnes ressources qui limitent volontairement leur consommation d’alcool à la fête de Noël pour être disponibles. On a aussi créé dans la dernière année un comité parité et inclusion dans le cabinet. 

Est-ce un mouvement qui peut se poursuivre ?

Me Doré : On a énormément l’appui de nos collègues masculins qu’ils soient jeunes ou non, eux aussi peuvent modifier la dynamique en étant à l’écoute. Si ce n’est pas un changement qui vient de toutes les personnes qui composent l’organisation, c’est très difficile. Il y a un certain empowerment en droit, en pratique privée, en faculté, si la tendance continue le marché sera dominé démographiquement par les femmes. 

Me Rossi : Si l’on parle encore maintenant de MeToo, cela prouve que ce n’est pas un mouvement éphémère. Il faudra d’ailleurs du temps pour voir si les politiques mises en place aujourd’hui fonctionnent. Et si l’on regarde ce qui vient de se passer aux États-Unis avec l’affaire Kavanaugh, on peut constater que tout est loin d’être réglé.