Me Paule Robitaille, avocate-députée, évoque sans langue de bois l’immigration, la CAQ, les signes religieux et la défaite des libéraux
Me Paule Robitaille, avocate-députée, évoque sans langue de bois l’immigration, la CAQ, les signes religieux et la défaite des libéraux
À ses débuts politique le 1er octobre dernier, Me Paule Robitaille a amassé plus de 46% des votes dans Bourassa-Sauvé.

Malgré cela, elle n’est toujours pas animée par le sentiment du devoir accompli. Ancienne journaliste et avocate à la Commission de l’immigration et statut de réfugié, elle prendra son rôle à l’opposition avec le plus grand des sérieux.

Elle a accepté de livrer ses états d’âme en ce qui concerne les enjeux de la laïcité et de l’immigration à Droit-Inc…

Droit-inc : Que pensez-vous des positions de la CAQ en matière d’immigration, notamment en ce qui concerne les tests de valeurs?

Paule Robitaille : Je suis juriste et j’ai suivi des dossiers liés à l’immigration durant de longues années. Les propositions émises par la CAQ ne tiennent tout simplement pas la route. Ce sont des mesures populistes qui ont été lancées pour que le parti gagne des votes dans les régions. Pour aller de l’avant avec cette promesse-là, il faudrait prévoir de longues négociations avec Ottawa.

En travaillant dans Bourassa Sauvé, je suis allée énormément sur le terrain. Quand je rencontrais des femmes voilées, je ne pouvais pas m’empêcher de penser au débat sur la laïcité. C’est navrant ce qui se passe. On a besoin de ces femmes-là au Québec. Elles contribuent vraiment au bien-être de notre société. Pourquoi voudrait-on qu’elles se sentent marginalisées? C’est faire un pas en arrière.

En tant que société, nous devrions retenir les immigrants plutôt que de tenter de les faire fuir. Ce que la CAQ veut faire est dangereux pour l’économie du Québec.

Pourquoi croyez-vous que les électeurs ont été séduits par ce plan relatif à l’immigration?

Vous croyez vraiment que la CAQ a séduit les électeurs avec cela? Je n’en suis vraiment pas certaine. Beaucoup de libéraux ne sont même pas allés voter. Ce n’est vraiment pas une mesure sympathique envers l’immigration.

Je ne comprends absolument pas pourquoi certaines personnes souhaiteraient que le gouvernement mette autant d’énergie dans une initiative aussi nuisible...

Croyez-vous que vous seriez le porte-étendard parfait pour votre parti pour toutes questions relatives à l’immigration?

Ce sera à Pierre Arcand de décider. C’est sûr que c’est une cause qui me touche énormément. Le Québec doit continuer à avancer dans la bonne direction.

Il y a un gros débat entourant le port des signes religieux dernièrement. Quelle est votre position là-dessus?

Encore une fois, la CAQ enfreindrait des droits fondamentaux. Je ne crois pas que ce soit une promesse qui tienne la route pour la magistrature. Dans un cas comme celui-ci, elle pourrait facilement utiliser la clause nonobstant.

Le cas pourrait même se rendre en Cour suprême. Est-ce vraiment ça que l’on veut? Pourquoi ne pas croire à la liberté de religion. Même si la loi 62 n’était pas parfaite, je considère que les libéraux avaient réglé le problème. Ce n’est pas utile pour la société de ramener un tel débat.

Qu’est-ce qui vous a poussé à la base à rejoindre le Parti libéral?

C’est justement parce que je crois à l’importance des libertés individuelles comprenant la laïcité et les débats identitaires. Je n’aurais pas pu aller au « bat » pour la CAQ ou un autre parti comme je le fais avec les libéraux.

Pourtant, d’autres partis possèdent des valeurs similaires en ce qui concerne ces deux enjeux. Pourquoi est-il plus difficile de vous de vous associer à eux?

Ce n’est pas faux, mais d’un point de vue social et économique, les autres partis ne rejoignent pas mes intérêts de la même manière.

Le parti libéral, c’est le parti du gros bon sens. En tant que fédéraliste, c’est un parti qui cadre parfaitement à mes valeurs.

Comment vous êtes-vous sentie suite à votre victoire dans ce tsunami caquiste?

Au départ, j’étais extrêmement contente. Nous avons travaillé tellement fort pour convaincre les gens que nous étions la solution dans Bourassa-Sauvé. C’est en ne prenant rien pour acquis que nous avons poussé nos supporteurs de se rendre aux urnes. Nous sommes fiers du résultat.

D’un autre côté, j’ai été déçue de voir le peu de support envers les libéraux. Philippe Couillard était l’homme de la situation. Ce n’est pas le fruit du hasard qui a fait que le Québec a présenté quatre budgets consécutifs équilibrés....

Nous étions prêts à continuer son bon travail, mais notre élan a été brisé. Nous ne baisserons quand même pas les bras: nous sommes un parti qui mise sur des valeurs fortes et nous parviendrons à les faire valoir.

À votre avis, qu’est-ce que ce tsunami caquiste dit des électeurs québécois?

Nous avons une grande introspection à faire et c’est correct. Compte tenu de notre échec, c’est tout simplement sain. On devra se regarder longuement dans le miroir.

Nous devons porter plus d’attention à ce que ressentent les électeurs québécois. Après une longue introspection, je suis persuadée qu’on parviendra à gagner le coeur des Québécois à nouveau…

Vous avez rejoint le Parti libéral à la fin du mois d'août alors que les élections étaient le premier octobre. Comment avez-vous géré ce sprint?

On nous répétait que ce serait facile pour nous, qu’on était installé dans un château fort libéral. Je ne l’ai jamais cru. On ne peut jamais affirmer des choses comme celles-là en politique.

Qui aurait cru que la CAQ remporterait les élections avec une telle domination? Je me suis battue bec et ongles pour les enjeux qui me tenaient à coeur comme l’immigration et la laïcité.

Quels seront vos objectifs principaux au cours de votre prochain mandat?

Qu’on se batte autant que possible pour empêcher les politiques migratoires de la CAQ. D’empêcher la mise en application de cette possible loi sur la laïcité. Vous savez, ces causes touchent particulièrement les gens de ma circonscription. Il y a beaucoup d’immigrants ici, en plus du chômage et du décrochage.

Je veux aider les gens. Continuer de réduire le nombre de décrocheurs scolaires. Leur trouver des emplois. On veut assurer la pérennité des mesures qui ont été prises par les libéraux au cours des dernières années.

Quels seront les enjeux relatifs à la justice qui seront importants au cours des quatre prochaines années?

Encore une fois, il faut penser à la laïcité. On aura probablement droit à des débats juridiques musclés. Qu’est-ce qui se passera avec les commissions scolaires anglophones? Il y aura aussi l’abolition des commissions scolaires. Beaucoup de questions légales émaneront des tests de français et des tests identitaires qui seront demandés aux migrants après trois ans. Les avocats ne manqueront certainement pas de travail au cours des prochaines années!