Mireille Giroux, désormais avocate à Koskie Minsky LLP à Toronto
Mireille Giroux, désormais avocate à Koskie Minsky LLP à Toronto
Des étudiants et ex-étudiants en droit de l’Université de Toronto ne veulent pas payer plus de 40 000 $ par an. Et ce, jusqu’à ce que que l’école effectue un examen financier, rapporte Law Times.

Ils souhaitent d’ailleurs que l’école publie des informations sur les dons des anciens, les aides financières aux étudiants et les dépenses de l’Université.

Les avocats qui soutiennent ce plafonnement des frais de scolarité arguent que le surendettement des étudiants est partie intégrante des écueils auxquels fait face la profession, notamment les problèmes de santé mentale et le manque de diversité socio-économique parmi les avocats.

« Je ne sais pas si je pourrais, même avec une aide financière, poursuivre des études là-bas aujourd’hui. C’est très dommage. Ça va à l’encontre des nombreuses initiatives que la faculté mène pour favoriser l’inclusion » témoigne Mireille Giroux, diplômée en 2012 et désormais avocate à Koskie Minsky LLP à Toronto, dans Law Times.

Les anciens n’osent parfois plus recommander la faculté de droit aux étudiants explique-t-elle, car les sacrifices financiers sont tels que cela peut devenir un frein dans leur vie et leur carrière et ça n’en vaut pas la peine.

Campagne et contre-campagne

Mark Wiseman, coprésident de la campagne
Mark Wiseman, coprésident de la campagne
En septembre, la faculté de droit a lancé une campagne de levée de fonds pour l’aide financière aux étudiants intitulée « Excellence without Barriers », la plus grande campagne pour des bourses jamais lancée dans une école de droit, avec pour objectif de récolter 20 millions de dollars de la part des anciens.

Le coprésident de la campagne, Mark Wiseman, s’est réjoui que les étudiants participent au débat sur l’aide financière, y voyant une illustration de la diversité d’opinions pour laquelle l’Université est connue. Il insiste d’ailleurs sur le fait que même si les droits de scolarité étaient gelés ou réduits, il continuerait ces levées de fonds pour les élèves dans le besoin.

Mais une contre-campagne, intitulée « Barriers to Excellence », a été lancée le 26 octobre à travers une lettre ouverte signée par des centaines d’étudiants et dénonçant la « crise d’accessibilité de la faculté et ses effets sur l’accès à la justice et le bien-être des étudiants ».

La lettre, qui martèle que « la réussite, et non la tolérance à la dette, devrait être le seul critère d'admission », demande à l’école de révéler le nombre d’étudiants avec une dette de plus de 100 000 $ et le revenu moyen des parents d’élèves depuis 2015, ainsi que d’être plus transparent sur les ressources de l’école et de faire une ventilation de l’argent alloué aux clubs d’étudiants, aux cliniques et à l’aide financière.

Une aggravation de la situation

Edward Iacobucci, doyen de l'Université de Toronto
Edward Iacobucci, doyen de l'Université de Toronto
Le site de l’Université de Toronto affiche que les étudiants de première année en droit ont déboursé 16 000 $ en 2003-2004 et ont plus que doublé ensuite, montant à 34 980 $ en 2017-2018.

Le doyen, Edward Iacobucci, a déclaré à Law Times que l’école continuait à « attirer les meilleurs et les plus brillants étudiants de divers horizons, alors même que les sources de financement autres que les frais de scolarité avaient considérablement diminué, et prenait un certain nombre de mesures, notamment avec la collecte de fonds pour l’aide aux étudiants, pour s'assurer que cela reste le cas ».

Mais certains anciens ne sont pas de cet avis. En découvrant le fardeau de la dette étudiante actuelle, Me David Baker et ses camarades de la promotion de 1975 ont été « absolument abasourdis » : à leur époque, nombre d’entre eux étaient issus de milieux modestes.

Ils considèrent donc que la faculté devrait corriger le tir au plus vite, sans compter sur la générosité des anciens. Certains diplômés plus récents n’ont d’ailleurs même pas les moyens de faire un don, étant trop occupés à rembourser leurs dettes.