Me Patrice S. César abandonne le droit
Me Patrice S. César abandonne le droit
Deux ans après avoir débuté sa pratique au sein de Corposult et de Mitchell Gattuso, Me Patrice S. César abandonne le droit. C’est notamment le manque de diversité dans les cabinets qui justifie sa décision.

« Le droit en général est basé sur un modèle très conservateur. C’est une des raisons pour lesquelles je l’ai quitté : j’en avais marre de ne pas me sentir à l’aise autour de mes confrères », explique à Droit-inc l’homme de 31 ans.

Un des problèmes du milieu juridique à ses yeux? L’approche de sélection des étudiants au baccalauréat qui est, selon lui, non-inclusive et basée en trop grande partie sur les dossiers académiques des candidats.

« Avant, je n’étais pas à l’aise d’en parler, mais maintenant, avec un pas de recul, je le réalise : le manque de diversité dans la pratique, c’est l’éléphant dans la pièce. »

Les avocats se ressemblent tous!

L’ancien avocat trouve alarmant que la communauté juridique ne soit pas représentative de la population.

« Dans une perspective où les avocats sont des officiers de justice, ils doivent représenter les intérêts de tous, être à leur image. Ce n’est pas une question de manque de bonne foi, mais de diversité. C’est certainement l’une des raisons pour lesquelles le droit n’innove pas.»

Puisque les avocats se ressemblent tous, ils réfléchissent de la même manière. Ce problème touche surtout les hauts décideurs, selon Me César.

« Ce n’est pas une question d’opinion, c’est un constat. Ce n’est pas pertinent d’en débattre… l’important est de trouver des pistes de solution pour remédier au problème. »

L’ancien étudiant de l’Université de Montréal avoue qu’il ne croit pas en avoir fait assez contre le racisme lors de ces études. Il explique qu’aujourd’hui encore, il en est victime au quotidien.

Dynamique archaïque

Ce n’est pas qu’au niveau de la diversité que Me César estime que le droit au Québec est dû pour des changements drastiques.

« La pratique du droit ne se développe pas assez vite. Elle ne s’adapte pas à la réalité du marché. Le droit n’est pas prêt pour la prochaine révolution industrielle à venir. »

Celui qui est désormais consultant au sein de Arche Innovation argue que la qualité de vie de ceux qui travaillent dans les grands cabinets est loin d’être idéale. D’ailleurs, fini pour lui le nombre d’heures de travail excessif, le stress et le manque de flexibilité!

« Présentement, je n’ai pas d’ordinateur fixe et un horaire qui varie de jour en jour. Je trouve que ça fait partie d’un modèle d’affaires rafraîchissant. »

Me César avoue que son expérience dans le domaine du droit n’a pas été entièrement adaptée à ses intérêts, ce qui influence sa perception. Régulièrement, il sentait qu’on lui confiant des dossiers pour lesquels il ne possédait pas l’expertise requise.

« J’ai fait surtout des fusions/acquisitions et du droit de la construction. Moi ce qui m’intéressait, c’est de travailler sur des dossiers dans lesquels on développe quelque chose, un lien avec un client. Je n’en avais pas vraiment la possibilité. »

Une facturation désuète?

Lorsqu’il travaillait sur ces dossiers dans lesquels il ne se sentait pas pleinement qualifié, le jeune avocat réalisait que les avocats chargeaient régulièrement des heures consacrées à sa formation aux clients.

« C’est une réalité dont on n’ose pas souvent parler. Les clients ne devraient pas payer pour le développement des jeunes. C’est peut-être utile dans une optique de rentabilité, mais c’est un modèle dépassé. »

Aujourd’hui, le conseiller en innovation se réjouit d’avoir changé de domaine professionnel, utilisant une approche plus « constructive » pour remédier aux problématiques de ces clients.

« L’approche business que je recherchais dans le droit, je ne l’avais pas. Je n’avais pas de connexion avec les clients. Ce n’était simplement pas fait pour moi. »

Un nouveau départ

Même si le droit n’était pas fait pour lui, Me César ne regrettera jamais d’avoir étudié dans le domaine, qui lui sert quotidiennement dans ses nouvelles activités professionnelles.

« La formation en droit est extrêmement importante. Personnellement, je me suis amélioré en rédaction, en écrivant dans une optique de langage clair. Ça m’aide à comprendre énormément de choses qui m’entourent. »

Celui qui voit son nouvel emploi « comme un retour à l’école » s’estime chanceux de pouvoir travailler dans un domaine lié à l’innovation, alors que ses études n’y sont pas du tout liées.

Même s’il ne connaissait rien en intelligence artificielle ou aux technologies, le détenteur d’un baccalauréat en sciences politiques n’a aucun doute : il est à sa place.

« Compte tenu de mon passé en sciences politiques, je pense que je comprends l’aspect social des choses. Je crois que mon employeur m’a embauché, car il trouvait que j’avais de l’expertise dans plusieurs domaines, que j’incarnais le changement qu’il souhaitait initier. »

Le professionnel, qui avait l’habitude d’étudier au bar The Emerald, où il travaillait en complétant son barreau, ne ferme pas la porte à démarrer un jour sa propre entreprise.

« J’ai la fibre entrepreneuriale et je veux l’utiliser. J’aimerais créer quelque chose qui touche à un enjeu social important », conclut-il.