Si elle aime le droit, Me Frédérique St-Jean vit surtout pour la politique.
Si elle aime le droit, Me Frédérique St-Jean vit surtout pour la politique.
Me Frédérique St-Jean ne fait pas partie de ces politiciens qui parle à bâton rompu. C’est peut-être même ce qui lui a permis de se faire élire présidente du Comité national des jeunes du Parti québécois (CNJPQ) au printemps dernier.

Si elle aime le droit, la jeune femme de 25 ans vit surtout pour la politique. « J’ai toujours eu un intérêt pour la politique, mais aussi pour le droit international », explique-t-elle en prenant une gorgée de café.

Alors oui, le droit, elle aime ça. Mais surtout le droit constitutionnel, le droit municipal ou encore le droit de l’environnement. Tous ces domaines qui finalement, ont un lien très étroit avec la politique d’après elle.

D’ailleurs, c’est ce genre de droit qu’elle exerce dans le cabinet qui l’a engagée il y a un an, Bélanger Sauvé, après ses études en droit à McGill.

Pourtant, la femme de gauche ne l’a pas forcément choisi pour sa réputation en droit du travail, côté travailleurs. Elle y fait plutôt « à 60 % du litige civil et à 40 % du droit municipal ».

Dans sa famille, pas un avocat et encore moins de politiciens. « Ma famille n’est pas très politisée », précise-t-elle.

Dans les manifs étudiantes

Pour elle, l’élément déclencheur a été le printemps érable de 2012, alors qu’elle n’était encore qu’au Cégep. Elle manifeste, se pose des questions et ressent cet appel pour une société plus juste, dans laquelle tout le monde a un accès facile à l’éducation supérieure.

« Mais tout cela allait même encore plus loin. On s’opposait à l’austérité libérale », ajoute la jeune femme.

À l’époque pourtant, ce n’est pas le PQ qui gagne son cœur, mais Québec solidaire (QS). Jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’entre elle et les solidaires, le courant ne passe pas tant que ça.

« Je trouvais le PQ plus pragmatique, plus réaliste que QS. Puis j’ai toujours été souverainiste et il me semblait que le PQ était une meilleure option », dit-elle.

L’avocate veut donc aller plus loin et décide de « mettre la main à la pâte », et se présente pour devenir la présidente du CNJPQ.

« Je sentais que le moment était important, notamment avec l’approche des élections de 2018. Ce moment allait définir le Québec pour les quatre prochaines années et moi, je voulais sensibiliser les jeunes », raconte-t-elle, le visage animé.

Rejoindre les jeunes

Frédérique St-Jean se bat justement pour ramener les jeunes au PQ.
Frédérique St-Jean se bat justement pour ramener les jeunes au PQ.
Rejoindre les jeunes, les réconcilier avec la politique, c’est la mission que s’est donnée Frédérique St-Jean.

Une fois élue, la jeune avocate commence à rencontrer les figures du parti. Jean-François Lisée, Véronique Hivon, Paul St-Pierre Plamondon, Jean-Martin Aussant. Elle découvre avec enchantement leur implication « bénévole » comme elle aime le souligner.

S’il y en a une qui la marque particulièrement, c’est Véronique Hivon. Elle aussi avocate d’ailleurs. « Elle m’inspire beaucoup par sa façon positive de faire de la politique. Durant la course à la chefferie, j’étais toute gênée de lui parler, mais finalement, je me suis rendu compte qu’elle était une personne comme une autre », raconte-t-elle.

Plusieurs regrets

Durant l’été, la campagne bat son plein. Le soir du 1er octobre, les militants déchantent. Le PQ se retrouve avec 10 députés. Jean-François Lisée est défait.

Me St-Jean a plusieurs regrets. Le premier, c’est la manière dont le PQ a mis en avant l’environnement. Pour elle, il est passé à côté. « On avait un programme de 30 pages incroyable, mais personne n’en a vraiment entendu parler. On aurait dû mettre plus l’emphase dessus », croit-elle.

Autre sujet qui aurait mérité d’être plus mis en avant, c’est la rémunération des stages. « Le PQ s’est engagé à instaurer une loi qui donne un statut juridique aux stagiaires. Ça n’a pas été un engagement fort durant la campagne », dit-elle.

Et que pense-t-elle de la stratégie du PQ d’avoir un peu délaissé l’enjeu de la souveraineté lors de ces élections?

« La souveraineté ne se limite pas à dire à quelle date tu vas faire un référendum. Il faut d’abord convaincre plus de 50 % de la population que le Québec doit devenir indépendant », analyse-t-elle en faisant référence à la volonté de Jean-François Lisée d’attendre un deuxième mandat pour faire un référendum.

Et la Charte des valeurs? L’avocate estime qu’on a tourné cette page, et laisse croire qu’elle n’a pas vraiment soutenu l’initiative.

Frédérique St-Jean ne pense pas non plus que le PQ est un « vieux parti ». Elle se bat justement pour y ramener les jeunes, car elle croit fondamentalement que l’avenir du parti passe par la jeunesse et que c’est elle qui doit redéfinir le projet du PQ.

Malgré la défaite, la jeune femme reste positive. Elle pense même un jour se présenter pour devenir députée. Pour atteindre cet objectif, le droit devrait l’aider. « Il m’a permis de comprendre le fonctionnement du droit constitutionnel, des prérogatives fédérales et provinciales, de la manière dont il faut encadrer les projets environnementaux », explique-t-elle.

Pas vraiment fan de la partisanerie, Frédérique St-Jean veut dépasser certains clivages pour penser plutôt au bien commun. « La partisanerie, ça n’aide pas forcément le système. Je suis capable de reconnaître que le Parti libéral a de bonnes idées lorsqu’il en a, et même lorsque la Coalition avenir Québec en a », dit-elle.