Me Sasha Ghavami et le footballeur Laurent Duvernay-Tardif.
Me Sasha Ghavami et le footballeur Laurent Duvernay-Tardif.
Cette année, le footballeur Laurent Duvernay-Tardif entame la première année d’une nouvelle entente évaluée à 41,25 millions de dollars américains, la plus lucrative obtenue par un joueur québécois dans la Ligue nationale de football américaine (NFL).

Derrière lui, son agent : Me Sasha Ghavami, associé chez Evolex.

Négocier ce contrat n’était pas trop laborieux compte tenu du talent de son client, dit à Droit-inc le juriste. Mais il admet tout de même qu’un léger détail l’angoissait...

« C’est mon meilleur ami! Je dois avouer que j’avais une certaine crainte qu’il ne soit pas satisfait de mon travail. »

En effet, ce sont grâce à des amis en commun que les deux hommes se sont rencontrés lors de leurs études au Collège André-Grasset, à Montréal.

À 22 ans, alors que Me Ghavami complétait son Barreau, le garde des Redmen de l’Université de McGill le contacte, expliquant qu’il est à la recherche d’un agent en vue de son repêchage professionnel.

Celui qui se décrit comme un « sport geek » depuis toujours saute alors sur l’occasion, et représente son ami lors de ses débuts professionnels.

« C’était malade de voir Laurent à la télévision américaine et de réaliser que c’était mon joueur! J’ai profité de chacune de ces secondes-là! Avoir complété mon Barreau en débutant mon parcours comme agent est clairement ce qui me rend le plus fier aujourd’hui. »

Le droit, un outil

Les deux amis lors d'une conférence de presse.
Les deux amis lors d'une conférence de presse.
Il faut dire que ce passionné du volet affaires des sports a l’ambition depuis son jeune âge de devenir agent de joueurs. Cependant, ce n’est qu’à la fin de son secondaire qu’il réalise que le droit sera le meilleur outil pour y parvenir.

« J’ai convenu que mes connaissances en droit pourraient aider les joueurs à comprendre des notions qui ne leur étaient pas familières. Petit à petit, j’ai aussi constaté que la pratique du droit était super intéressante. »

Après avoir obtenu son baccalauréat à l’Université de Montréal en 2013 puis complété son stage du Barreau chez Cain Lamarre l’année suivante, Me Ghavami se joint à Me Richard Généreux et fonde Evolex, dont il est aujourd’hui l’associé.

Sa pratique se spécialise particulièrement en litige ainsi qu’en droit fiscal, deux domaines qu’il chérit.

« Plaider, c’est tellement un beau défi. En fait, ce sont aussi les défis qui me motivent en droit fiscal : on y trouve des notions tellement approfondies avec lesquelles on doit jouer au quotidien. »

Compte tenu de sa clientèle en tant qu’agent, on pourrait croire que l’avocat a déjà envisagé se spécialiser en droit du sport. Pourtant, ce n’est pas dans ses plans actuels.

« En fait, le droit du sport n’existe pas vraiment. C’est un domaine dans lequel on fait du droit commun, du travail, civil ou fiscal, mais avec des athlètes. Alors oui, j’en fais présentement, mais je ne veux pas limiter ma clientèle aux sportifs. »

Double mandat

Laurent Duvernay-Tardif est également un ancien de l'Université McGill, il y a obtenu un doctorat en médecine.
Laurent Duvernay-Tardif est également un ancien de l'Université McGill, il y a obtenu un doctorat en médecine.
S’il est rare de voir un Québécois s’établir dans la NFL en tant qu’agent, il est encore plus rare de voir un associé d’un cabinet d’ici, exercer ces deux fonctions simultanément.

Me Ghavami estime que le fait de porter ces deux chapeaux est en partie ce qui a convaincu quatre joueurs de la NFL et une vingtaine de la Ligue canadienne de Football (LCF) à s’associer à lui.

« Ils savent que je comprends parfaitement leur convention collective. Qu’ils peuvent compter sur moi pour les protéger en tout temps. Je crois qu’ils apprécient ma rigueur d’avocat. »

Outre les négociations de contrats, les rares procédures judiciaires et les conventions collectives, il y a tout de même beaucoup de fonctions d’un agent qui ne sont pas reliées au droit.

Me Ghavami doit communiquer avec les recruteurs, s’assurer que ses clients jouissent d’une visibilité accrue en prévision des repêchages et les mettre en valeur tout au long de leur contrat.

Mine de rien, il doit s’assurer que ces tâches ne grugent pas une trop grande partie de son horaire pour s’assurer de maintenir des standards de qualité en tant qu’avocat.

« Je trouve un équilibre. Je suis certain que je ne serais pas un aussi bon avocat si je n’étais pas agent et vice-versa. Je bénéficie énormément de mes connaissances dans les deux domaines. »

Une question de qualité

Ce sont des valeurs précises qui permettent au juriste de maintenir cet équilibre qui caractérise sa pratique. « Pour moi, ce sera toujours la qualité avant la quantité. Gérer sa croissance en fonction de ses capacités est essentiel dans le sport comme en droit. »

En ce sens, Me Ghavami maintient un nombre raisonnable de joueurs sous son joug.

Cela demande un certain doigté, compte tenu de son horaire chargé lors des repêchages ou en période de procès.

L’importance du travail d’équipe revient aussi souvent sur les lèvres de l’avocat, qui explique que c’est le brio de ses joueurs qui lui ont permis d’exceller.

« C’est facile d’attirer l’attention des recruteurs avec des talents comme Anthony Auclair et Laurent Duvernay-Tardif. Ce n’est pas moi qu’ils veulent voir, c’est eux. Moi, je m’occupe de synchroniser le reste. »

Le dépistage de talents est donc excessivement important dans ce domaine où les agents empochent 1,5 % du salaire de leurs clients.

Et s'il est trop occupé avec la NFL, Me Ghavami a la chance de compter sur Me Généreux, qui compte 24 ans d’expérience. «Il peut m’aider si je suis dans le trouble, mais c’est rare.»

Il faut dire qu’il n’a pas le choix : être organisé, assidu au quotidien, voilà ce qui lui permet de s’assurer de belles victoires professionnelles.