Dominique Tardif, de ZSA, s’entretient avec Me Vanessa Deschênes, du Mouvement Desjardins.
Dominique Tardif, de ZSA, s’entretient avec Me Vanessa Deschênes, du Mouvement Desjardins.
1- Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ou encore une autre profession? Était-ce de famille, une évidence ou le fruit de longues réflexions?

En fait, je me suis dirigée vers le droit principalement parce qu’on me disait très souvent qu’on me voyait dans ce domaine. Il faut dire que, dès mon jeune âge, je voulais comprendre le « pourquoi du pourquoi » et que j’aimais argumenter : on m’associait donc spontanément à la profession.

Je me souviens notamment d’une activité en 6e année de primaire. Nous étions allés à la cour pour une simulation. Certains jouaient le rôle des plaignants dans un dossier de chicane de clôture mitoyenne, et j’avais pour ma part le rôle d’un des deux avocats qui avaient à plaider. Je m’en étais, je pense, plutôt bien sortie, parce que cela m’a collé à la peau ensuite!

Quand est venu le temps de faire mon choix de carrière, j’ai tout de même hésité entre le droit et la gestion, mais mon désir de vouloir conseiller les gens a pris le dessus. J’ai, en effet, toujours été l’amie vers qui on se tourne pour se faire écouter, se faire conseiller et nous permettre d’analyser quelque chose de façon pragmatique, et j’aimais bien penser que
le droit ferait en sorte que les gens continueraient de cogner à ma porte pour demander conseil.

2- Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Mon plus grand défi professionnel, je l’ai vécu dans mon poste actuel. Avant moi, il n’y avait pas de Chef de la protection des renseignements personnels chez Desjardins. Le défi consistait donc, en quelque sorte, à défricher un terrain inhabité. Cela impliquait de débuter quelque part, mais sans vraiment avoir de point de repère...et au sein d’une entreprise de plus de 45 000 employés!

À défaut de manuel d’instructions, je devais donc me faire confiance, donner le meilleur de moi-même et suivre mon intuition. Le travail impliquait aussi la gestion du changement et la remise en question de certaines façons de faire qui étaient parfois implantées au sein de
l’organisation depuis plusieurs années. Aujourd’hui, je suis fière du fait que l’équipe compte 5 employés!

3- Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Ce n’est pas tant dans la pratique du droit au quotidien, mais à un autre niveau, que j’apporterais des changements. Quand j’ai fait mon baccalauréat, beaucoup d’emphase était mise sur la pratique en cabinet, et ce, au détriment d’autres types de pratique.

À mon avis, la profession aurait tout intérêt à mieux présenter la panoplie d’options qui s’offrent aux futurs avocats, de la petite à la grande entreprise, et du gouvernement aux autorités réglementaires en passant par toutes sortes de secteurs d’industrie. Si j’avais une baguette magique, je ferais donc en sorte qu’il y ait une meilleure représentativité, plus tôt
dans le cheminement de chacun, des possibilités futures de carrière.

4- La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

À mon avis, la perception du grand public varie selon ce qu’on entend dans les médias, et demeure essentiellement constante depuis mes débuts. Je suis souvent étonnée de constater que la population a souvent l’impression que, comme avocat, on doit avoir réponse à tout. Pourtant, la même règle ne semble pas exister au sein d’autres professions.

Les gens savent et comprennent par exemple très bien que les médecins se spécialisent dans différents champs de compétence. La perception semble différente, cependant, envers les praticiens du droit. J’aurais cru que cette perception évoluerait, mais ça ne semble pas être le cas.

5-Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant faire sa place en entreprise?

D’abord et avant tout, il faut s’écouter, se faire confiance et ne pas avoir peur de sortir des sentiers battus. Il faut aussi éviter de se comparer et réaliser que chaque parcours est différent et tout aussi valable : j’ai pour ma part changé trois fois de domaines de droit et
essayé différents types d’industrie.

Il faut aussi savoir accueillir les embûches et les échecs comme quelque chose de positif, et qui nous permet de devenir un meilleur avocat.

Il n’y a, à mon avis, pas de bonne ou mauvaise façon de faire les choses, et chaque expérience contribue à faire de soi l’avocat que l’on devient. Dans mon cas personnel, et en regardant aujourd’hui derrière, je peux dire que je repasserais par le même chemin!

  • Le bon livre qu’elle lit en ce moment : Before You Know It : The Unconscious Reasons We Do What We Do (auteur : John Bargh)

  • Le dernier bon film qu’elle a vu? Hidden Figures (réalisateur : Theodore Melfi)

  • Son groupe de musique préféré: Les Backstreet Boys, qui lui rappellent son adolescence et le temps des chorégraphies avec ses copines de filles!

  • Ses citations préférées: « When everything seems to be going against you, remember that the airplane takes off against the wind, not with it.» - Henry Ford « Strive not to be a success but rather to be of value. » - Albert Einstein

  • Son péché mignon: Tout ce qui contient de la cannelle!

  • Elle aimerait visiter… la Nouvelle-Zélande.

  • Le personnage historique qu’elle admire le plus: Helen Keller, la première sourde et aveugle à obtenir un diplôme universitaire. Elle est un exemple de courage et de détermination incroyable, quelqu’un qui a fait de sa différence sa force et qui a démontré que tout est possible, qu’il n’y a pas de limite. Elle nous a laissé ceci : « Aucun pessimiste n’a jamais découvert le secret des étoiles, navigué jusqu’à des terres inconnues, ou ouvert un nouveau chemin pour l’esprit humain. »

  • Si elle n’était pas avocate, elle serait…neuroscientifique, comme est absolument fascinée par les capacités de notre cerveau.

Membre du Barreau du Québec depuis 2008, Me Vanessa Deschênes s’est jointe au Mouvement Desjardins en août 2013 et a été nommée Chef de la protection des renseignements personnels en octobre 2016. Avant cette nomination, elle a été conseillère en conformité réglementaire et protection des renseignements personnels pour divers secteurs de l’entreprise.

Elle débuta sa carrière dans le parapublic, où elle eut la chance de représenter la Commission des relations du travail devant la Cour suprême du Canada. Elle travailla ensuite en cabinet privé ainsi que pour une firme de consultants.

Ancienne chargée de cours à la Faculté de droit de l’Université Laval et à la Polytechnique de Montréal, Me Deschênes a également siégé sur le Conseil d’administration du Jeune Barreau de Québec et a été membre de divers comités, dont le Comité Technologies de l’information du Jeune Barreau de Montréal.