LexisNexis relève que la pression à la baisse risque de pousser les cabinets à rogner sur la qualité.
LexisNexis relève que la pression à la baisse risque de pousser les cabinets à rogner sur la qualité.
La course au tarif le plus bas pousserait les avocats à offrir de moins bons services, au prix de leur intégrité.

C’est ce que constate une étude de l’éditeur et fournisseur de solutions juridiques LexisNexis. La filiale anglaise de la société vient en effet de publier un rapport accablant sur l’impact de la concurrence imposée par la culture de consommation qui afflige la pratique.

Selon le Rapport Bellwether 2019 sur le détail des honoraires des avocats, les deux tiers de la profession britannique estiment que la publication de leurs tarifs, rendue obligatoire par le Barreau anglais depuis l’an dernier, mine l’intégrité de la pratique.

« Une partie du problème réside dans le fait que clients et avocats ne s’entendent pas sur une même notion quant à la valeur du conseil juridique », constatent les analystes de LexisNexis.

Une pression à la baisse

Une enquête qualitative menée l’an dernier auprès de quelque 200 cabinets, de toutes tailles, a permis de récolter des données sur l’impact de la publication de listes de tarifs par les cabinets britanniques, une nouvelle exigence de la Sollicitors Regulation Authority, qui régit la pratique en Angleterre.

Parmi les craintes les plus fréquentes des avocats, on retrouve l’obligation d’aller au plus court pour satisfaire les exigences de bas prix des clients.

Déjà, le tiers de tous les mandats des avocats sont obtenus sur la base du prix le plus bas. Et cela inquiète, relève LexisNexis, car la pression à la baisse risque de pousser les cabinets à rogner sur la qualité, et donc à moins bien servir les clients.

Par ailleurs, l’accent mis sur la transparence des prix est une menace à l’industrie pour 41 % des avocats.

Un environnement concurrentiel intéressant

Le nœud du problème, c’est que le prix que le client veut payer ne reflète pas la valeur du service offert, ni l’expertise requise pour prodiguer certains conseils.

L’obligation réglementaire pour les cabinets de publier une grille tarifaire permettant la comparaison par les clients à la recherche d’une offre juridique est soutenue par seulement 29 % des cabinets sondés.

Une majorité d’avocats déplore notamment que la comparaison des prix entre en contradiction avec la façon traditionnelle de l’industrie de fonctionner, observe LexisNexis.

Autre critique de l’obligation de transparence des prix : les clients ne comprennent pas la complexité du travail juridique, et ne seraient donc pas en mesure d’en apprécier la valeur.

Cela étant, une frange de la profession estime que davantage de transparence dans les prix va créer un environnement concurrentiel intéressant, et forcer plusieurs cabinets à relever leur niveau de jeu. C’est ce que pense 10 % des avocats sondés.

Ni une menace, ni une occasion à saisir

Au final, le consensus est loin d’être ferme, peut-on conclure de l’analyse de LexisNexis. Permettre le magasinage des tarifs juridiques n’est pas nécessairement une menace, pas plus qu’une occasion à saisir.

Tout dépend du modèle d’affaires, sur lequel il faut que les cabinets se penchent de toute façon.

Si on est convaincu de sa juste valeur, et que le lien de confiance est établi avec le client, on n’aura pas peur de proposer des tarifs plus élevés.

En attendant, la concurrence tarifaire est là pour rester.