Elles ont trouvé la liberté en solo!
Elles ont trouvé la liberté en solo!
En cette journée du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, impossible pour Droit Inc. de ne pas célébrer les avocates.

Cinq d’entre elles ont décidé de quitter un grand cabinet pour se lancer en solo.

Elles nous ont confié les raisons de ce choix, les avantages de la pratique en solo mais aussi ses inconvénients.

Gagner en réactivité

Me Martine Burelle.
Me Martine Burelle.
Me Martine Burelle a rejoint Bélanger Sauvé en 2012 avant d'être nommée associée trois ans plus tard. Elle a pourtant décidé en juillet dernier de monter son propre cabinet spécialisé en droit municipal, notamment pour gagner en réactivité.

« Quand un cabinet compte 35 associés, les décisions ne peuvent pas se prendre du jour au lendemain. Et quand on ne peut pas prendre de décisions rapidement, on a tendance à faire des choix moins risqués, plus conservateurs », témoigne-t-elle.

Aujourd'hui, Me Burelle peut mettre en place ses idées plus rapidement, notamment en matière de communication. Surtout, elle se donne le droit « de faire des erreurs ».

Moins de politique, plus d'humain

Mes Pascale Dionne-Bourassa et Annie Boivin-Breton.
Mes Pascale Dionne-Bourassa et Annie Boivin-Breton.
Mes Pascale Dionne-Bourassa et Annie Boivin-Breton ont fondé en janvier 2016 le cabinet d3b après s'être rencontrées chez BDBL. Dans leur structure, où elles pratiquent en duo, elles ont voulu « garder les bons côtés des grands cabinets et abandonner les mauvais ».

Parmi ces mauvais côtés, selon Pascale Dionne-Bourassa, « l'aspect assez politique, notamment en termes de gestion des employés et des clients, qui peut créer des problèmes ». Chez d3b, elles ont donc conçu un environnement « exempt de politique et plus humain ». Un environnement qui leur ressemble.

Pour sa part, Me Sophie Bérubé a fondé son cabinet spécialisé dans la médiation familiale après avoir exercé chez Fasken Martineau. Elle apprécie particulièrement d'être libérée de la pression de la performance : « en solo, on n'a à impressionner personne d'autre que nous-même ».

Plus de disponibilité

Me Sophie Bérubé.
Me Sophie Bérubé.
La flexibilité ne se fait pas ressentir que dans leur pratique. Sur le plan personnel aussi, ces avocates reconnaissent avoir beaucoup gagné.

« C'est le jour et la nuit », nous confie Me Fanny Brodeur qui a fondé Droit Fiscal inc. en 2011, après sept années de pratique en grands cabinets. « Aujourd'hui, je gère mes horaires sans avoir de compte à rendre à un employeur ».

Ce sentiment est partagé par Annie Boivin-Breton qui a adapté ses horaires depuis la création de d3b. « Je travaille tôt le matin et tard le soir, mais je peux consacrer une plage horaire à mes enfants », nous confie-t-elle. « J'arrive à gérer à la fois mon rôle d'avocate et mon rôle de mère ».

Me Burelle a quant à elle fait le choix d'installer son cabinet près de chez elle.

« Ça me prend cinq minutes à pied pour aller au bureau. Je passe moins de temps dans les transports, et je vois la différence au quotidien ».

Au-delà de cet aspect pratique, elle reconnaît ressentir moins de pression. « Je ressens le stress normal de tout chef d'entreprise, pas le stress lié à la politique interne du bureau ».

Toujours autant de travail

Me Fanny Brodeur.
Me Fanny Brodeur.

Mais quitter un grand cabinet ne veut pas dire travailler moins, au contraire.

Martine Burelle a dû renoncer à ses quatre semaines de vacances par an. « Aujourd'hui, c'est impensable, je ne prends pas plus d'une semaine, et toujours au même moment que mes clients », regrette-t-elle. « Et même en vacances, je dois rester proche du réseau pour pouvoir continuer à travailler ».

Pascale Dionne-Bourassa confirme qu'elle et son associée « ne travaillent pas moins, au contraire, mais on le fait pour nous. Travailler fort, c'est un beau problème ».

Me Sophie Bérubé a fait un autre choix, notamment parce qu'elle mène plusieurs carrières de front. En plus de son activité d'avocate, cette ancienne journaliste est aussi auteure de romans (elle en compte déjà quatre à son actif) et animatrice de télévision.

Selon elle, « dans la pratique en solo, si on n'est pas trop gourmande dans nos dépenses, on peut avoir des phases où on est productive et d'autres moins ».

La charge administrative

Elles admettent néanmoins que la pratique en solo n'est pas exempte d'inconvénients.

La première et, peut-être, la plus importante d'entre elles, est la charge de travail administratif et comptable. « Quand on travaille en solo, il n'y a plus d'assistants ou de stagiaires et c'est parfois lourd à porter », confie Me Bérubé.

Martine Burelle a rapidement fait le choix de s'entourer, et notamment d'un comptable : « au départ, j'essayais de tout faire toute seule, puis j'ai décidé de m'entourer. Il ne faut pas hésiter à aller chercher des ressources quand on ne peut pas faire les choses nous-mêmes ».

Par ailleurs, qui dit cabinet, dit client. « Il faut générer le business, faire du marketing, poser les bons gestes pour aller chercher les dossiers qu'on veut avoir » précise Pascale Dionne-Bourassa. « Dans une grosse entreprise, cette impression est plus diluée. Le salaire est versé quoi qu'il arrive et les dossiers entrent en interne ».

La présence de collègues peut aussi manquer. Martine Burelle nous a confié que, « quand on exerce seule, c'est exaltant d'obtenir un nouveau mandat. Tu sais que c'est grâce à ton travail. Mais d'un autre côté, quand tu as un problème, une mauvaise nouvelle, tu n'as personne autour de toi pour t'aider à l'encaisser ».

Aucun regret

Me Annie Boivin-Breton.
Me Annie Boivin-Breton.
Malgré ces inconvénients, toutes sont unanimes : pour rien au monde elles ne feraient machine arrière. Si elles reconnaissent que la pratique en grand cabinet est enrichissante et extrêmement formatrice, elles ne regrettent pas la vie des grands bureaux.

Mes Boivin-Breton et Dionne-Bourassa sont fières d'avoir créé quelque chose qui leur appartient et qui leur ressemble. Elles conseillent toutefois aux avocates de bien réfléchir avant de se lancer.

Annie Boivin-Breton estime qu'avant tout, « il faut bien se connaître, parler à des gens qui font ça pour savoir si c'est ce qu'on veut vivre aussi. Puis il faut essayer pour savoir si on aime ça ou pas ».

Go for it !

Me Pascale Dionne-Bourassa.
Me Pascale Dionne-Bourassa.
Pascale Dionne-Bourassa déconseille de se lancer à l'aveugle mais plutôt « d'acquérir de l'expérience dans une plus grande structure pour apprendre à maîtriser la gestion des dossiers, de la clientèle et de la facturation ».

Sophie Bérubé encourage toutes celles qui seraient tentées par la pratique en solo à franchir le pas.

« Go for it ! Il faut vous faire confiance et ne pas hésiter à aller chercher des réponses aux questions que vous vous posez auprès d'autres personnes ».

Martine Burelle partage la même opinion. Elle recommande de bien s'entourer mais de ne pas hésiter à se lancer.

« Quand on se rend compte qu'on est pas heureuse quelque part, ça veut dire qu'on est déjà là depuis trop longtemps!».