De gauche à droite; Nick Pryor, Daniel Down, Nicola Cain et David Chamberlin.
De gauche à droite; Nick Pryor, Daniel Down, Nicola Cain et David Chamberlin.
On entend souvent parler d’elle et la publicité à son sujet va bon train : la technologie juridique, ou technologie au service du droit (lawtech en anglais) bouleverse le marché juridique et les cabinets s’y intéressent de plus en plus.

Qu’en est-il vraiment de cette nouvelle tendance? Le site Legal Cheek a résumé ce qu’il fallait retenir d’un panel d’avocats qui ont partagé leur point de vue sur la question, dans le cadre de l’événement Secrets to Success à la University of Law’s Moorgate Campus de Londres.

1. Est-ce que savoir coder est indispensable?

De gauche à droite; Daniel Down, Claire McKellar, Nick Pryor, Nicola Cain, David Chamberlin et Simon George.
De gauche à droite; Daniel Down, Claire McKellar, Nick Pryor, Nicola Cain, David Chamberlin et Simon George.
Non, selon Simon George, professeur associé à ULaw et directeur de la University of Law Technology Research Academy. Apprendre à coder ne se fait d’ailleurs pas dans une formation de quatre semaines, c’est un processus très long.

Néanmoins, avoir une compréhension de base du codage vous aidera à comprendre comment la technologie juridique fonctionne et ce qu’elle permet de faire. Maîtriser le langage tech de base sera fort utile pour travailler avec des ingénieurs en logiciel pour trouver par exemple des solutions basées sur la technologie.

2. Construire ou acheter?

Nick Pryor, directeur des solutions d’innovation de Bryan Cave Leighton Paisner.
Nick Pryor, directeur des solutions d’innovation de Bryan Cave Leighton Paisner.
Claire McKellar, associée principale chez Pinsent Masons, a expliqué que les cabinets avaient deux choix : construire leur propre technologie juridique à l’interne ou en acheter une « clé en main » à une société.

Selon Nick Pryor, directeur des solutions d’innovation de Bryan Cave Leighton Paisner, construire à l’interne vaut le coup si les projets impliquent un problème spécifique pour lequel une solution technologique peut facilement être mise au point.

Dans bien des cas, avoir recours à un tiers peut donc être plus facile et moins coûteux. Claire McKellar attire néanmoins l’attention sur le fait qu’il faut souvent faire de nombreux tests avant de pouvoir intégrer la technologie dans les activités du cabinet.

3. L’efficacité

Indéniablement, l’argument le plus vendeur pour la technologie juridique, surtout quand il y a une part d’intelligence artificielle, c’est son efficacité redoutable.

Nicola Cain, associée en litige des médias et des données chez RPC.
Nicola Cain, associée en litige des médias et des données chez RPC.
Les logiciels peuvent prendre en charge des tâches fastidieuses et chronophages, permettant aux avocats de se concentrer sur du travail de qualité.

Ceux qui ont eu affaire à cette technologie le confirment, notamment en ce qui concerne les départements de litige : les algorithmes qui identifient immédiatement, pour un cas donné, les document les plus pertinents parmi des milliers sauvent beaucoup de temps et d’argent aux cabinets.

4. Les données, encore et toujours

L’analyse de données pourrait devenir un marché très lucratif pour les cabinets. Ceux-ci pourraient par exemple aider leurs clients à rendre leurs entreprises plus rentables en analysant leurs données financières.

Cependant, à l’heure des inquiétudes sur la protection des données - pensons au Règlement général sur la protection des données européen, qui modifie la façon dont les entreprises traitent les données - les juristes doivent faire preuve de prudence.

Daniel Down de Gowling.
Daniel Down de Gowling.

De plus, les données multiples et variées qui transitent par les cabinets d’avocats en font des cibles privilégiées des cyber-attaques.

Nicola Cain, associée en litige des médias et des données chez RPC, a remarqué que les cabinets étaient de plus en plus conscients de ces problèmes de sécurité et qu’ils prenaient des mesures importantes pour protéger les données de leurs clients.

5. L’avenir

Le manque de confiance dans l’IA ralentit la révolution de la technologie juridique. Comme l’a souligné Daniel Down de Gowling, il est encore difficile de déterminer comment l’intelligence artificielle autodidacte tire ses conclusions. Une plus grande transparence est nécessaire, ce qui peut être l’occasion d’éliminer toute partialité dans les prises de décision.

David Chamberlin, manager de la LawTech chez PwC.
David Chamberlin, manager de la LawTech chez PwC.
Quant à David Chamberlin, manager de la LawTech chez PwC, il prévoit différentes situations où l’IA pourront être utiles aux services juridiques.

C’est le cas par exemple avec le développement des chatbots : les avocats passent beaucoup de temps à répondre à des questions qui nécessitent pourtant peu d’expertise. La technologie d’automatisation RPA (Robotic Process Automation), pourrait alléger l’emploi du temps des avocats en prenant en charge les questions juridiques de base.