Hadiya Roderique, diplômée de la faculté de droit à l’Université de Toronto et doctorante à la Joseph L. Rotman School of Management
Hadiya Roderique, diplômée de la faculté de droit à l’Université de Toronto et doctorante à la Joseph L. Rotman School of Management
Faudrait-il inclure une part de pratique dans le cursus des études en droit?

C’est l’idée qu’avance Hadiya Roderique, diplômée de la faculté de droit à l’Université de Toronto et doctorante à la Joseph L. Rotman School of Management, dans Canadian Lawyer.

L’article est tombé dans l’oeil de Me Marie-Hélène Dubé, du cabinet Goldwater Dubé, qui partage l’avis de l’auteure.



Auparavant, lorsque l’associée participait au processus de recrutement de son cabinet dans le cadre de la course au stage, il lui arrivait fréquemment de remarquer que les étudiants possédaient de bonnes connaissances théoriques, mais aucune expérience pratique.

« Leur formation ne porte pas du tout sur des aspects pratiques de ce qu’est le quotidien d’avocat, explique-t-elle à Droit-Inc. Mis à part les étudiants ayant déjà travaillé dans des bureaux, la préparation des étudiants aux tâches est inexistante. Outre la réflexion et la capacité d’analyse, l’université ne leur apprend aucune méthode de travail. »

À son avis, les étudiants n’ont un aperçu de ce qu’est réellement la pratique qu’en participant à des activités comme des concours de plaidoiries ou bien en s’inscrivant à l’université en mode coopératif, ce qui leur permet de compléter des stages.

Elle ajoute que la clinique qui serait suivie par les étudiants n’aurait pas forcément besoin de s’effectuer en milieu privé.

« Je crois qu’avoir une formation comme juriste formée uniquement de cours magistraux, c’est plus limitatif. La pratique permet de réaliser la réalité du domaine, contrairement à la théorie. »

Rien de mieux que le terrain

Tout comme Me Dubé, Hadiya Roderique part de sa propre expérience pour illustrer son point de vue dans sa publication du Canadian Lawyer.

En tant qu’étudiante en droit, elle a beaucoup travaillé au Downtown Legal Services, la clinique juridique communautaire de l’Université de Toronto.

Me Marie-Hélène Dubé.
Me Marie-Hélène Dubé.
Et si elle ne se souvient pas de ses cours de droit fiscal, elle a des souvenirs impérissables de ses premières expériences sur le terrain : sa première rencontre avec un client, sa première discussion avec un juge, un père de famille qu’elle servait dans un cas de droit de la famille, et qui avait jeté ses papiers par terre et faisait semblant de ne pas parler anglais…

Elle a appris de précieuses leçons sur le système juridique, l’équité, la pauvreté, les privilèges et les inégalités, les opportunités et l’humilité, qui l’ont aidée à se préparer pour son stage et le Barreau. Et elle se demande donc pour ce type d’expérience n’est pas requis dans les études de droit.

Se former en favorisant l’accès à la justice

Faire d’une formation pratique une condition requise serait gagnant-gagnant explique-t-elle. Non seulement les étudiants pourraient acquérir des compétences et parfaire leurs connaissances, mais cela favoriserait aussi un meilleur accès à la justice.

Pour de nombreux ménages, notamment ceux qui n’ont pas droit à l’aide juridique, avoir recours à un avocat signifie s’endetter. Or l’accès à la justice ne concerne pas seulement la représentation devant un tribunal : certains ont simplement besoin d’aide juridique.

Ces services pourraient être fournis par des étudiants qui travailleraient par la même occasion leurs capacités à faire de la recherche et à vulgariser des notions juridiques.

Aux États-Unis, de nombreuses écoles ont mis en place le bénévolat obligatoire. Les étudiants de Harvard doivent ainsi effectuer 50 heures de travail non rémunéré, sous la supervision d’un avocat agréé.

Avec la hausse des frais de scolarité, les étudiants occupent des emplois à temps partiel pour couvrir leurs frais, et ils ont peu de temps pour le bénévolat. Pour cette raison, celui-ci doit donc être intégré aux exigences académiques.

En collaboration avec Apolline Caron-Ottavi