Me Sébastien Lapointe.
Me Sébastien Lapointe.
Un contact sur LinkedIn republiait récemment un lien vers un texte à saveur juridique (sans vraiment l’être) intitulé « After a Period in Legal Writing : Comparing Typewriter Traditions With Modern Typography ».

Sérieusement, même si je ne suis pas du genre à couper les virgules ni les points en quatre, je recommande chaudement l’article de William Pfeifer (sur The Balance Small) en question à tous, juristes ou non !

En gros, le texte en question reprend le thème d’une question pratico-pratique à laquelle tous les juristes sont confrontés tôt ou tard, particulièrement face à d’autres juristes ou des membres du personnel de soutien : doit-on vraiment mettre deux espaces après un point à la ligne ?

Eh bien, sachez que, comme je me tue à le dire à tous ceux que je croise dans le milieu professionnel depuis le début de ma pratique : la réponse est un retentissant NON. Un espace, uno, one, ein, 1. Pas deux, pas trois, pas quatre et encore moins cinq : un, c’est tout !

Bon, bon, ok, ok, qualifions (difficile de faire autrement, étant juriste) : oui, nonobstant ce qui précède, vous pouvez ajouter deux espaces après un point si vous avez accès à une machine à remonter dans le temps et que vous vous retrouvez à faire des affaires ou à pratiquer le droit en 1978, alors que les machines à écrire régnaient encore dans nos bureaux ! Mis à part cette exception, par contre, la réponse demeure un NON catégorique. J’insiste !

Une réalité historique

L’article de janvier dernier auquel je pointe ci-haut reprend une explication que j’avais lue il y a vingt ans (au début de ma pratique en droit des technos), quant au fait que le truc des deux espaces avaient été imaginé et adopté à une époque où les machines à écrire ne pouvait justifier ni rationnaliser les espaces entre les lettres imprimées sur une page. (i.e. Chaque caractère prenait le même espace horizontal que le suivant, sans exception.)

Comme les espaces s’avéreraient tous de la même taille, on aidait l’œil du lecteur éventuel d’un document en doublant l’espace entre les phrases. Vérifiez, c’est une réalité historique… Eh, oui, à un certain point dans l’histoire, cela faisait du sens de doubler manuellement les espaces entre les phrases, c’est-à-dire jusqu’à environ 1982 quand les ordinateurs sont entrés dans les bureaux -comptez, cela fait presque quarante ans.

Qu’on se le dise donc (svp passez le mot !) : depuis la venue des ordinateurs, doubler les espaces après les points dans un document que vous préparez ou rédigez s’avère aussi utile que de doubler les virgules ou les majuscules au début des phrases –absurde me dites-vous? Effectivement, ce serait stupide de faire ainsi… vous avez bien raison.

Personnellement, plus que jamais, ma macro automatisée de nettoyage de tout document ouvert par mon logiciel de traitement de texte demeure en fonction, pour remplacer toute instance de deux espaces consécutifs présente dans le document pour un seul.

Cela ne prend aucun temps de ma part, ne coûte rien au client, aide à me rassurer au quotidien que je pratique bien en 2019 et que si j’écoutais encore la radio (je pourrais visiter un antiquaire pour en trouver une), j’y entendrais autre chose que Cool and the Gang ou un autre groupe de cette époque.

Bref, je vous confirme que nous pratiquons bien en 2019 ; svp appliquez les règles actuelles de typographie. Vous avez mis votre code de procédure et vos règles de pratique à jour, faites de même avec vos règles de typo. Sérieusement, si vos modèles ou vos collègues datent d’une autre époque, mettez-vous et mettez-les à jour! En épargnant du papier, la planète vous en remerciera d’ailleurs, sans parler de tous vos contacts et collègues qui sont nés depuis la tenue du festival Woodstock.

Me Sébastien Lapointe avocat au sein du cabinet Holmested & Associés s.e.n.c.r.l./LLP. Il œuvre depuis près de vingt ans en pratique privée centrée sur le droit des affaires et, en particulier, l’interaction entre celui-ci et les questions de propriété intellectuelle, dont de droit des technologies.

Sa pratique se centre particulièrement sur l’enregistrement de droits de propriété intellectuelle et les ententes de transfert de droits et de technologies, dont les licences, et ce, autant au Canada qu’à l’étranger.