Dominique Tardif de ZSA s’entretient avec Me Ariane Charbonneau.
Dominique Tardif de ZSA s’entretient avec Me Ariane Charbonneau.
1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ou encore une autre profession?

J’ai l’habitude de dire que c’est le droit qui m’a choisie plutôt que l’inverse!

Ayant de la facilité à l’école, j’ai fait les sciences pures et de la nature au Cégep, question de m’ouvrir au plus grand nombre de portes possible. Étant aussi attirée par les sciences humaines, je choisissais chaque fois la psychologie comme cours à option.

Au moment de faire mes inscriptions à l’Université, j’ai soumis ma demande dans trois universités, et fait deux choix pour chacune d’elles. C’était tous azimuts : diététique, actuariat, mathématiques et…droit.

Quand l’Université de Montréal m’a acceptée en droit, j’ai décidé de donner suite : je savais que le droit menait à tout et qu’il s’agissait d’une formation riche qui me permettrait toujours de retourner vers les sciences si je n’étais pas comblée, alors que le cheminement inverse me paraissait moins évident. Le droit me semblait aussi être une formation de base qui me permettrait de compléter celle que je n’avais pas le sentiment d’avoir eue en faisant mes sciences pures au cégep. Accessoirement, je savais que j’avais de la chance comme le programme était contingenté et c’était aussi…proche de chez moi!

Je me suis donc donnée le droit d’essayer le droit, sachant que je pouvais difficilement me tromper. J’étais attirée par l’humain, la société et la possibilité de comprendre un peu mieux les règles qui nous régissent. En effet, qui accepterait normalement de jouer un jeu dont on ne connaît pas les règles? Comprendre l’humain plutôt que de parler de loi de la gravité, de molécules et d’intégral m’enthousiasmait par ailleurs!

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Mon plus grand défi, je le vis comme directrice générale d’un organisme (Éducaloi) qui avait une réputation et crédibilité bien établies bien avant que j’arrive, et pour lequel mon travail consiste à les faire fructifier.

Au quotidien, le défi consiste à rallier les partenaires d’Éducaloi - autant les partenaires « naturels » que ceux qui ont un intérêt à ce que l’organisation soit forte - pour développer une structure financière aussi stable que possible. La pérennité financière, dans un OSBL, est évidemment un objectif de très grande importance.

Éducaloi aura vingt ans l’an prochain et est le berceau de deux expertises, à savoir celles de la communication claire du droit et de l’éducation juridique. Sachant que le financement par projets n’est pas ce qui permettra de répondre à la diffusion de la gigantesque banque de contenu qui a été développée au fil des ans, il devient nécessaire d’officialiser auprès des instances que ce que l’on fait est de l’ordre de la mission du gouvernement. Mon défi - un très beau défi! -, c’est de réussir à obtenir un mandat gouvernemental pour ces expertises de communication claire et éducation juridique que nous avons développées auprès de tous les groupes cibles.

Pour y arriver, il faut évidemment s’assurer que la mission de l’organisation soit bien comprise par les parties prenantes. L’espace qu’Éducaloi occupe est tributaire d’un réel besoin qui existe et…nous sommes victimes de notre succès en raison du fait, justement, que le besoin est immense!

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, je ferais en sorte que chacun de nous, avocats, soit un communicateur. Il y a actuellement beaucoup d’intérêt envers cette notion, mais je ferais en sorte de l’institutionnaliser si je le pouvais!

Comme avocats, nous portons tous avec nous le savoir du droit et, conséquemment, avons tous le devoir de le communiquer. Nous oublions parfois, à mon avis, cette obligation déontologique que nous avons de communiquer pour que le client comprenne le concept.

Si j’avais une baguette magique, je ferais en sorte qu’il y ait, dès l’université, de la formation et des méthodes d’évaluation des habiletés de communication.

Le rôle du juriste au bout de ces trois années d’études est de faire en sorte que l’expertise soit utile, digeste et compréhensible. « Le droit appartient aux gens, ce serait normal qu’ils le comprennent », dit le professeur Pierre Noreau.

La communication claire implique de se mettre dans la peau de son client et de son public-cible afin d’identifier et de comprendre ses besoins, ce qui nous permet ensuite d’adapter la structure du message à communiquer. Le mot-clé, c’est l’empathie, même si ce n’est pas parce qu’on sait tout cela théoriquement qu’on est capable de l’exécuter! Il n’empêche que c’est la première étape dans la bonne direction.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique?

Dans l’imaginaire collectif, je pense que le citoyen voit encore aujourd’hui l’avocat comme étant inaccessible, loin de sa propre réalité et plutôt élitiste.

La réalité des cycles médiatiques et de l’information en continu fait aussi en sorte qu’on fait passer en boucle de l’information qui, bien souvent et parce que cela suscite plus d’intérêt, reflète des problématiques, des injustices et des situations négatives. Il y a quelque chose de systémique dans tout cela : on ne consulte généralement pas un avocat quand les choses vont bien!

Si je ne suis donc pas certaine que les choses aillent mieux, je reconnais que bien des efforts sont faits pour bonifier l’image de l’avocat, qu’il s’agisse des campagnes du Barreau, des interventions d’organismes tels l’aide juridique et le JBM qui mettent des ressources au service du citoyen, etc. Peut-être trouverait-on avantage à diffuser ce genre d’initiatives encore plus, question que les gens voient davantage et plus souvent l’humain derrière cette image parfois clichée qu’ils ont de l’avocat.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant réussir, possiblement dans un parcours différent de celui de la pratique traditionnelle?

Je dirais qu’il faut « écouter sa petite voix ». Le droit n’est pas un droit chemin, mais un vaste terrain de jeu, plein d’opportunités et de possibilités. On se doit de rester à l’affût et d’oser remettre en question le quotidien si l’on n’est pas en harmonie avec ce que l’on fait. On se doit de rester connecté à notre instinct et d’aller vers « ce qui nous parle ».

On peut notamment s’impliquer auprès des organismes qui « nous font du bien » et même solliciter des rencontres afin « de mieux identifier notre propre couleur ». On doit connaître ses forces et son unicité pour ensuite pouvoir la valoriser.

Évidemment, identifier ce qu’on aime n’est pas toujours chose facile. Quand on travaille 70 heures par semaine, il reste peu de temps pour réfléchir. Dans mon cas, ce fut pendant mon congé de maternité que j’ai pris le temps de réfléchir. C’est un grand privilège que de pouvoir s’arrêter et de se poser la question. Il faut aussi pouvoir accepter que ce qui nous parle à un certain moment de notre carrière ne nous parle parfois plus ensuite, d’où l’importance de se remettre en question ne serait-ce qu’une fois par an afin de s’assurer que la direction qu’on prend nous convient toujours. Nous avons la liberté de faire ce que l’on veut et il faut oser, même quand on a, parfois, des « menottes dorées »!

  • Le dernier bon livre qu’elle a lu : Rang de la Croix (auteure : Katia Gagnon)
  • Elle a aimé Rocketman (réalisateur : Dexter Fletcher) et la télésérie Tchernobyl (réalisateur : Johan Renck)
  • Oui, oui, sa chanson fétiche est... Désenchantée (auteure : Mylène Farmer)!
  • Sa citation préférée? Rien n’arrive pour rien (ou Everything happens for a reason)
  • Son péché mignon : La crème glacée Häagen-Dazs, saveur « explosion de caramel »!
  • Sa dernière découverte culinaire: India Rosa (sur Mont-Royal est à Montréal)
  • Elle aimerait visiter … la Scandinavie, à commencer par le Danemark
  • Les personnages historiques qu’elle admire le plus: Édouard Fabre et Gérard Côté, qui ont battu des records de performance dans des conditions bien différentes de celles d’aujourd’hui. Il est fascinant de voir ce que la nature humaine peut faire…et cela nous motive quand vient le temps de passer à travers nos propres enjeux et défis!
  • Si elle n’était pas avocate & gestionnaire, elle serait…guide plein-air ou agente d’artistes!

Après avoir œuvré comme directrice générale adjointe d’Éducaloi pendant cinq ans, c’est tout naturellement que Me Ariane Charbonneau fut désignée pour prendre les rênes de la gouvernance de l’organisme en février 2017. Entrepreneure dans l’âme, Ariane est de celles qui peuvent à la fois bâtir des réseaux, faire preuve de leadership et inscrire leurs actions dans une vision stratégique.

Son enthousiasme contagieux et son sens aiguisé de la planification sont mis à profit au quotidien pour mener à bien la mission et les objectifs à long terme d’Éducaloi. Stimulée par le dévouement et l’excellence de son équipe, elle s’affaire à réaliser les orientations stratégiques d’Éducaloi, dont l’une des priorités est la consolidation et la diversification du financement de base de l’organisation afin d’assurer sa pérennité.

Rassembleuse, engagée, dotée de solides compétences en développement des affaires, Ariane poursuit également le virage philanthropique de l’organisme, qu’elle a propulsé de manière remarquable en recrutant des personnalités juridiques du monde des affaires pour créer une solide équipe d’ambassadeurs enthousiastes d’Éducaloi. Avec le soutien de son équipe, elle continue également d’enrichir le réseau des « Alliés Éducaloi » qu’elle a créé à travers les cabinets, les organisations gouvernementales et la magistrature.

Un parcours d'exception

Ariane possède un riche parcours professionnel qui témoigne bien de la force de son engagement. Avocate, membre du Barreau du Québec depuis 1993, elle détient aussi une maîtrise en administration des affaires (MBA) de HEC Montréal. Elle a exercé tout d’abord en droit de l’environnement et en droit municipal, avant de s’occuper de développement des affaires au service d’une société transnationale, à Toronto puis à Montréal. Elle a rejoint Éducaloi en 2012.

Élue présidente du Jeune Barreau de Montréal (JBM) en 1998, on la retrouvait l’année suivante au conseil d’administration du Barreau de Montréal, au comité exécutif et au conseil général du Barreau du Québec. Elle siège au conseil d’administration d’Équiterre depuis 2013 et à celui de l’Office de la protection du consommateur (OPC) depuis 2014.