Des milliers de Canadiennes se sont fait poser une nouvelle génération d’implants mammaires de silicone approuvée en 2006 par Santé Canada. Photo: Radio-Canada.
Des milliers de Canadiennes se sont fait poser une nouvelle génération d’implants mammaires de silicone approuvée en 2006 par Santé Canada. Photo: Radio-Canada.
Le 28 mai, Santé Canada a interdit à Allergan de vendre les implants mammaires texturés Biocell, après qu’un examen eut révélé que les femmes portant ces implants courent le risque accru de souffrir d'une forme rare, mais grave, de cancer, le lymphome anaplasique à grandes cellules.

Santé Canada conclut que 22 des 26 cas confirmés chez des Canadiennes, soit 85 %, sont liés aux implants mammaires texturés Biocell d’Allergan.

La firme d’avocats Merchant Law a déposé ce recours collectif le 14 juin, à la Cour du Banc de la Reine, à Calgary, ainsi qu’à la Cour suprême de la Colombie-Britannique, à Vancouver, au nom de deux plaignantes, Raye Whalen et Carmen Fenrich.

Des recours collectifs seront bientôt déposés dans toutes les autres provinces canadiennes. La firme d’avocats croit qu’Allergan a été négligente en n'expliquant pas les dangers que représentaient les implants pour leurs clientes.

« Allergan savait, depuis au moins 1997, que ses implants mammaires texturés causaient des complications, dont le lymphome anaplasique à grandes cellules. » - Joshua Merchant, partenaire de la firme Merchant Law Group.

Il cite des études qui démontrent un risque que 1 femme sur 1000 souffre der ce type de cancer rare si elle porte des implants mammaires texturés.

De nombreuses femmes ont dû se faire retirer leurs implants mammaires texturés après avoir manifesté des complications. Photo : iStock / Poplasen.
De nombreuses femmes ont dû se faire retirer leurs implants mammaires texturés après avoir manifesté des complications. Photo : iStock / Poplasen.
Beaucoup des clientes, dont les deux plaignantes, n'auraient pas choisi ces implants si Allergan avait dévoilé honnêtement les risques qui y sont associés, ajoute l’avocat.

La firme allègue en outre que les deux femmes souffrent de la « maladie des implants mammaires », qui cause des symptômes comme la fièvre, des douleurs, des courbatures, la perte de cheveux et la confusion.

Cette maladie n’est toutefois pas reconnue officiellement par les autorités canadiennes, mais la firme d’avocats va tenter de la faire reconnaître en cour.

Les avocats veulent obtenir des dommages punitifs pour toutes les femmes qui se sont fait implanter les implants texturés Biocell, qu’elles soient tombées malades ou pas.

Ils veulent ainsi pouvoir couvrir les frais de retrait de ces implants, qu’elles doivent payer elles-mêmes. Cette opération pourrait coûter jusqu'à 10 000 $ à Carmen Fenrich.

L'avocat Tony Merchant croit que les femmes et leurs proches qui participent au recours collectif pourraient obtenir de 20 000 à 30 000 $, voire beaucoup plus pour celles qui ont eu un cancer. « Certaines devraient recevoir beaucoup plus, parce qu’elles ont souffert énormément », affirme-t-il.

Le recours collectif lancé par Merchant Law doit toutefois encore être certifié avant d’être entendu par un juge.

Méfiance envers les recours collectifs

La nouvelle d’un nouveau recours collectif ne réjouit pas pour autant toutes les parties prenantes dans ce dossier.

La fondatrice d’un groupe de soutien francophone pour les victimes de la maladie des implants mammaires bien connu, Julie Elliott, se méfie de l’engouement que suscitent les problèmes des implants mammaires auprès des firmes de droit spécialisées en recours collectif.

« Il ne faut pas se leurrer. Tout recours collectif, quel qu'il soit, présente évidemment un avantage financier énorme, plus pour la firme d'avocats que pour les patients. » - Julie Elliott, fondatrice d'un groupe de soutien francophone aux victimes de la maladie des implants mammaires.

Outre les revenus, Mme Elliott rappelle que les cabinets d'avocats trouvent aussi dans ces causes une source de publicité.

Julie Elliott, qui a elle aussi souffert de la maladie des implants mammaires, craint que les victimes ne soient mises sous pression par les avocats afin d’accepter un montant compensatoire plus faible que ce à quoi elles pourraient avoir droit.

Elle leur recommande plutôt de s’inscrire à un recours collectif dont le montant compensatoire est déjà fixé à l’avance, ce qui n’est pas le cas de celui que la firme Merchant Law Group intente contre Allergan. « Il faut faire très attention aux recours collectifs et en connaître toutes les clauses », affirme-t-elle.

Dawn Criss a commencé à avoir des ennuis de santé six ans après s'être fait poser ses implants mammaires, « qui l'ont presque tuée », selon elle. Photo : Radio-Canada / Richard Marion.
Dawn Criss a commencé à avoir des ennuis de santé six ans après s'être fait poser ses implants mammaires, « qui l'ont presque tuée », selon elle. Photo : Radio-Canada / Richard Marion.
Dawn Criss, qui a reçu un diagnostic de cancer spécifique aux implants mammaires en 2017, craint que ce recours collectif ne soit une reprise du « fiasco » de celui qui avait été intenté contre le fabricant d’implants mammaires Dow Corning et qui a traîné durant une vingtaine d’années.

« Ce ne sera pas une récompense instantanée. Ça va prendre des années et des années à aboutir. Et, comme tout recours collectif, c’est surtout à propos de l’argent, pas à propos de la guérison », affirme Dawn Criss.

Elle croit que ce recours est prématuré, car il faudrait attendre les résultats de plusieurs études scientifiques en cours sur les risques liés aux implants mammaires.

Julie Elliott voudrait quant à elle que les autorités fédérales interdisent officiellement la vente de tous les implants mammaires texturés.

« Ce ne sont pas tous les cas de cancer qui sont causés par les implants Allergan et il faut étendre la responsabilité à tous les manufacturiers et tous les types d'implants texturés.» - Julie Elliott, fondatrice d'un groupe de soutien francophone aux victimes de la maladie des implants mammaires.

Elle ne souhaite toutefois pas voir les implants mammaires lisses retirés du marché, afin de laisser une option aux victimes de cancer du sein qui souhaitent obtenir une reconstruction mammaire.

Julie Elliott, Dawn Criss et une poignée d’autres militantes rencontreront d’ailleurs Santé Canada vendredi pour tenter de déterminer comment mieux éduquer les professionnels de la santé et les femmes sur les risques des implants mammaires texturés.