Me France Houle. Photo : Site Web de l'Université de Montréal
Me France Houle. Photo : Site Web de l'Université de Montréal
Me France Houle prend la relève de Me Jean-François Gaudreault-Desbiens en tant que nouvelle doyenne de la faculté de droit de l’Université de Montréal.

Me Houle, qui occupait le poste de vice-doyenne à la réforme et à l’administration des études de la faculté, y travaille depuis 20 ans.

Avant ses débuts professionnels universitaires, la Barreau 1989 a travaillé au sein de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié, en plus de tenir sa pratique dans la région de l’Outaouais.

C’est pour lancer une thèse de doctorat portant sur les problèmes des systèmes administratifs qu’elle est revenue à l’Université de Montréal, où elle est devenue professeure.

Aujourd’hui, elle compte mener une réforme importante au sein de sa faculté. Droit-Inc en a discuté avec elle.

Droit-inc: Après neuf ans passés au sein de cette faculté, vous accédez enfin au poste de doyenne. Quel sentiment cela vous fait?

Je suis très heureuse, extrêmement honorée. Mon nouveau poste me permettra d'entamer mes projets de réformes. On a fait beaucoup de progrès au cours des 4 dernières années, notamment en misant sur une approche davantage par compétences.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette approche par compétences?

Avec cette approche, les objectifs de notre programme sont axés sur le développement des compétences des étudiants. Par exemple, on y compte les habiletés orales et écrites, la capacité des étudiants à adopter une approche critique ou à bien comprendre le rapport du droit à notre société.

À partir de cela, on a développé beaucoup d'éléments d'apprentissages spécifiques pour atteindre chacune de ces compétences. Ça n'existait pas avant, et ça va nous aider à comprendre comment l'ensemble du programme fait en sorte qu'on puisse atteindre chacune de ces compétences-là.

Le but de cette approche est-il de préparer les élèves au marché de l’emploi?

Il y a un peu de cela, mais notre idée n'est pas d'assurer de former des avocats et des notaires: notre travail à la faculté est plutôt de former des juristes. Après, lorsqu'ils iront à l'École du Barreau, ils vont apprendre le travail spécifique de l'avocat.

C'est sûr qu'on touchera quand même un peu à cet aspect. Par exemple, dans les cliniques juridiques, les étudiants apprennent à aller à la rencontre de la société civile, à leur parler, à comprendre leurs problèmes et à les informer quant à leurs droits et libertés.

À mes yeux, l'un des éléments les plus importants pour nos étudiants est d'être capable de parler en langage clair à la société. À ce sujet, nos objectifs s’accordent avec ceux d'Éducaloi.

Donc, peut-on s'entendre à un partenariat entre Éducaloi et la faculté?

Je discute avec eux, et éventuellement oui, on va définir une façon dont on pourrait intégrer la notion de langage claire dans nos apprentissages. Bien sûr, il faudra d'abord que j'en parle avec le corps professoral.

Le juriste de l'avenir doit être capable de parler à la société, de construire des ponts de manière à ce que ses membres comprennent le travail des juristes, et qu'ils s'en rapprochent.

Sinon, avez-vous d'autres éléments importants dans votre programme?

On veut se rapprocher de l'Afrique, créer des rapports avec le continent, notamment parce que l'un de nos collègues, Emmanuel Darankoun, est maintenant secrétaire général de l'organisation Arabe pour le Développement Administratif (OADA).

À ce titre, il est intéressé à travailler sur l'éducation des juristes en Afrique, donc on entrevoit de belles collaborations.

Qu'est-ce que cette collaboration peut apporter aux étudiants de votre faculté?

D'une part, il y aura des étudiants africains qui viendront ici, donc il y aura un contact avec l'autre, qui permettra aux étudiants de comprendre la part que nous pouvons faire en Afrique.

Mais aussi, les étudiants pourront comprendre la réalité de l'Afrique contemporaine. Je trouve que c'est important, cette ouverture sur l'international. Nos étudiants en droit, lorsqu'ils seront devenus praticiens, penseront davantage à ces avenues, pour le développement de leur carrière ou de leur pratique.

Dans le processus vous menant à votre nouveau poste, vous avez eu à présenter ces priorités devant un comité spécial. Comment avez-vous trouvé cette expérience?

Absolument emballante.

C'est sur que c'était particulier de me remettre dans le bain d'un processus de sélection, mais ç'a été vraiment un apprentissage intéressant, en plus d'un moment de réflexion sur sa vie, sur ses ambitions.

C'est un peu comme faire des demandes de subventions: on est obligé de regarder où on est rendu, et de se projeter dans l'avenir.

C'était la première fois que vous lanciez votre candidature pour devenir doyenne?

Exact.

Alors considérant que vous êtes à la faculté depuis 20 ans, pourquoi avoir décidé de faire le saut à ce moment-ci ?

À cause de mon expérience comme vice-doyenne. J'ai adoré cela et ça m'a permis de voir ce que je pouvais faire pour la faculté. Je suis rendu à un âge où je veux redonner à ma communauté, et ça m'a convaincue que je pouvais être une doyenne.

Avant que vous accédiez à ce poste, est-ce que votre prédécesseur Jean-François Gaudreault-Desbiens vous a offert un conseil?

Ce n'est pas facile, parce qu'on s'est dit tellement de choses... Il y en avait probablement plusieurs.

Il m'a rappelé à quel point le travail de doyen peut mener à l'essor de la faculté, que ce soit sur le plan international, sur le plan interne, dans la relation avec les milieux juridiques, il m'a fait sentir qu'on avait vraiment un rôle à jouer.

Vous n'êtes pas sans savoir que bon nombre de vos étudiants liront notre entretien avec grand intérêt. Quel message aimeriez-vous leur transmettre?

De venir nous voir, nous parler de ce qu'ils voient comme étant leur projet d'avenir. On veut entendre leurs critiques par rapport au programme qu'ils suivent. On veut savoir comment ils perçoivent l'avenir.

On veut comprendre pourquoi ils ont choisi le droit, pourquoi notre faculté, car ça peut nous donner plusieurs pistes de réflexion, surtout quand on s'inscrit dans un processus de réforme du programme.

Vous semblez vouloir prendre en compte le pouls des étudiants dans votre prise de décision. Comment allez-vous vous y prendre?

En tant que vice-doyenne, on faisait des sondages. Aussi, des représentants de l'association étudiante étaient impliqués dans le comité des études de la faculté, donc ils ont été impliqués dans le processus de réforme.

Je continuerai comme cela. Ç’a toujours été très enrichissant pour tout le monde car ils ont une perspective que nous n'avons pas.