Me Jeremy Meguerditchian est l'un des avocats de M. Levy. Photo : LinkedIn
Me Jeremy Meguerditchian est l'un des avocats de M. Levy. Photo : LinkedIn
Deux décisions récentes rendues contre l’avocat et gestionnaire immobilier Gerald Levy lèvent le voile sur une série de manigances visant à « flouer et à voler » des investisseurs pendant longtemps.

Le juriste déchu a ainsi admis avoir « détourné 11 millions $ » et « produit de faux documents » afin de dissimuler ses actes, écrit le juge David Collier, de la Cour supérieure, dans une décision rendue le 31 juillet dernier ordonnant la mise en faillite de Gerald Levy.

Ce dernier, qui n’a pas répondu à nos demandes de commentaires, s’apprêterait à interjeter appel de cette décision, soutient Me Jeremy Meguerditchian, de Mercadante Di Pace, qui représente M. Levy avec son collègue Me Dominic Bianco.

Mis en faillite

La requête en faillite est pilotée par l’un des nombreux créanciers de Gerald Levy, l’investisseur new-yorkais A. Schuster Holdings. Elle a été intentée au début de l’année après que Schuster eut tenté, sans succès, de recouvrer 225 000 dollars US prêtés au gestionnaire immobilier Zenda, de Pointe-Claire.

Zenda est un holding immobilier créé en 1992 par Gerald Levy. Le Barreau 1988 en est l’actionnaire principal et président. Ses deux fils, Michael et William, en sont vice-présidents et détiennent 40% des parts. Zenda investit dans neuf centres commerciaux au Canada et aux États-Unis, et chaque projet est géré par une société en commandite, soit neuf sociétés au total, toutes contrôlées par Zenda.

Me Neil Stein représente Schuster. Photo : LinkedIn
Me Neil Stein représente Schuster. Photo : LinkedIn
Zenda, par le truchement de Gerald Levy, sollicite depuis plusieurs années des investissements privés pour des projets immobiliers commerciaux.

Gerald Levy « offrait un rendement intéressant à ses investisseurs, d’environ 8 %, mais c’est quand mon client a commencé à poser des questions sur son investissement dans un des projets de Zenda » que les choses se corsent, explique l’avocat westmountais Neil Stein, de Stein & Stein, qui représente Schuster dans la requête en faillite.

Selon Me Stein, Gerald Levy aurait échafaudé ce qui s’apparente à « une pyramide à la Ponzi ». Me Stein fait équipe avec son collègue Me Nicholas Chine.

Lourdes dettes

Après un premier défaut de paiement de Zenda envers Schuster, une entente de remboursement est conclue l’an dernier. Mais rapidement, les premiers doutes sur l’état de la situation se dessinent: les paiements se font attendre, plusieurs autres créanciers se manifestent, et les documents financiers fournit par Zenda paraissent faux ou omettent d’importants passages… comme des dettes personnelles totalisant quelque 4 millions de dollars, empruntés par M. Levy à au moins 6 personnes différentes.

L’alarme est sonnée : les fils Levy, actionnaires minoritaires de Zenda et gestionnaires de ses neuf sociétés en commandite, requièrent en janvier dernier la nomination d’un séquestre pour faire la lumière sur les agissements de leur père. William, vice-président Finances de Zenda, détaille alors ce qu’il soupçonne être de nombreux détournements de fonds opérés sur plusieurs années et qui ont fait disparaître quelque 11 millions de dollars.

Richter est représenté par Mes Gerald Kandestin et Éva Richard. Photos : Site Web de Kugler Kandestin
Richter est représenté par Mes Gerald Kandestin et Éva Richard. Photos : Site Web de Kugler Kandestin
C’est RSM Richter qui mène alors l’enquête pour localiser les sommes, et qui prend ainsi la pleine mesure des dégâts. Cette procédure parallèle, intentée en Cour supérieure par les fils Levy et les neuf sociétés en commandite de Zelda, a mené à la condamnation pour outrage au tribunal de M. Levy par le juge Louis Gouin, le 20 juillet dernier.

Richter est représenté par Gerald Kandestin et Éva Richard, de Kugler Kandestin, où l’on n’a pas répondu à nos demandes de commentaires.

Faux documents

Ainsi, Gerald Levy affirme à Richter que tous les millions ne sont pas disparus ; ils auraient plutôt été prêtés à une douzaine de débiteurs différents. Confronté par Richter, Gerald Levy tergiverse, promet d’aider l’enquête s’il peut avoir accès aux documents en exclusivité, produit des documents dont il admet lui-même la fausseté, et éprouve la patience du séquestre. Au point où Richter obtient de la cour qu’elle somme, le 22 avril dernier, M. Levy de collaborer.

Ce dernier se plie à l’ordonnance du tribunal. Mais voilà, les documents de prêts produits pour appuyer ses dires s’avèrent faux, lit-on dans la décision du juge Gouin. « Des 12 adresses courriel fournies à Richter pour contacter les soi-disant prêteurs, 11 étaient inexistantes, et 1 menait à Gerald Levy », explique Me Neil Stein, qui représente un autre créancier de M. Levy, Time Equities, mis-en-cause dans ce dossier.

Le juge Gouin revient à la charge en juin, et ordonne le dépôt d’un affidavit par Gerald Levy détaillant, preuves à l’appui, ce qui s’est passé avec les 11 millions $. Sa défense oppose notamment que, parce que Gerald Levy fait face à des accusations criminelles, il ne peut être forcé à soumettre un affidavit qui l’incriminerait. La Cour, notant l’absence de telles procédures, balaie l’objection.

Outrage et prison

Elle constate en outre que « G. Levy n’a aucune assise valide pour sa défense », et condamne l’avocat déchu pour outrage au tribunal parce qu’il a refusé de se soumettre à une décision judiciaire. Ayant perdu toute confiance envers le prévenu, le juge Gouin estime aussi qu’il faut sévir et impose 7 jours de détention du 3 au 10 août si la production de l’affidavit ne se fait pas. Au moment d’écrire ces lignes, l’affidavit n’avait toujours pas été soumis à Richter.

L’avocat de M. Levy Jeremy Meguerditchian, de Mercadante Di Pace, n’a pas voulu commenter la situation ni l’existence de procédures criminelles, son client faisant également appel dans ce dossier. Me Meguerditchian confirme cependant que son client n’a pas été incarcéré.

Le juge Collier, qui a ordonné la mise en faillite, résume le mieux la situation : « Levy a admis avoir détourné 11 millions (…) et avoir falsifié des documents (..) Il a ignoré une ordonnance judiciaire et est coupable d’outrage. Il a menti à la Cour concernant sa situation financière. (Et) il a refusé de collaborer avec le séquestre (…) »