Me Julius Grey représente les résidents du CHSLD Maimonides. Photos : Site web de Grey Casgrain et Facebook
Me Julius Grey représente les résidents du CHSLD Maimonides. Photos : Site web de Grey Casgrain et Facebook
Un groupe d’une douzaine de résidents du CHSLD Maimonides, à Montréal, met en demeure le gouvernement du Québec pour s’assurer de recevoir une seconde dose du vaccin contre la COVID-19 de Pfizer-BioNTech.

Dans leur mise en demeure datée du 5 janvier, ils arguent que cette seconde dose aurait dû leur être donnée à compter du 3 janvier, puisqu’ils en ont reçu une première le 14 décembre. Or, rien de tel ne s’est produit.

Selon les résidents, qui étaient parmi les premiers Québécois vaccinés, les rendez-vous qu’ils avaient reçus pour leur deuxième dose ont plutôt été annulés, sans qu’une autre date leur soit communiquée.

Les résidents, représentés par Me Julius Grey, arguent que ce changement de protocole constitue un « bris de contrat », puisqu’ils avaient consenti verbalement ou par écrit à recevoir deux doses espacées de 21 jours.

Ils somment conséquemment le gouvernement québécois à revenir sur sa décision et à fournir les doses nécessaires « dans les 72 heures à venir », sous peine d’être visé par d’autres démarches judiciaires.

« Nos clients ont consenti à se faire vacciner uniquement sur la base qu'ils recevraient les deux doses nécessaires, selon les instructions de Pfizer », peut-on lire dans la mise en demeure envoyée au premier ministre François Legault, au ministre de la Santé Christian Dubé et au procureur général du Québec.

« Lorsque le Québec a annoncé la semaine dernière un changement de sa stratégie de vaccination, en retenant le vaccin pour les deuxièmes doses et en vaccinant le plus grand nombre possible de personnes avec une première dose, les rendez-vous de nos clients pour leur deuxième vaccination ont été annulés. »

« Aucune autre juridiction n'a adopté cette approche dangereuse. Il existe des preuves médicales indiquant qu'une seule dose est insuffisante, contre-productive, et augmente le risque d'être infecté par (la) COVID-19. Ce que vous faites crée un danger important pour nos clients qui ne veulent pas supporter ce risque », indique la mise en demeure envoyée au gouvernement.

Des résidents furieux du changement de protocole

« Nous sommes furieux d’un tel changement qui advient alors que le gouvernement s’est engagé à protéger les plus vulnérables », indique en outre un communiqué envoyé par un comité de défense des familles du CHSLD.

« Ces mesures nous inquiètent quant à l’avenir de nos êtres chers. Maimonides a déjà perdu plus de 60 résidents à cause de la COVID-19 durant les deux premières vagues. Par ailleurs, plus de 20 résidents ont été infectés. »

« On comprend que le nombre de cas continue d’augmenter et qu’il est nécessaire d’avoir davantage de vaccins disponibles. Cependant, il y a une rupture de contrat si les rappels ne sont pas administrés dans les délais prévus. Les résidents et le personnel affectés sont exposés à davantage de risques », peut-on lire dans le communiqué du comité de défense des Maimonides.

Le cabinet du ministre de la Santé a refusé de commenter la situation, en faisant valoir qu’il s’agit d’une décision administrative, et non politique.

Il rappelle que le ministère a annoncé jeudi dernier que tous les vaccins reçus et à venir « seront utilisés de manière à immuniser le plus grand nombre de personnes possible auprès des groupes prioritaires ».

« Cette mesure a pour objectif d’accélérer la vaccination des personnes vulnérables, dans le contexte actuel de propagation très élevée de la COVID-19 sur le territoire québécois », ajoute-t-on.

Selon le professeur Benoit Mâsse, du Département de médecine sociale et préventive à l’École de Santé publique de l’Université de Montréal, la stratégie du Québec, qui est également adoptée par d'autres provinces, se défend.

« On voit que la première dose donne une efficacité importante après deux semaines, donc le gain de la deuxième dose n’est pas si important que ça. Alors, c’est certain que cette stratégie, je trouve que c’est une bonne stratégie, considérant l'urgence », a-t-il déclaré à Radio-Canada.

« On peut vraiment, en vaccinant deux fois plus de personnes au Québec avant la fin mars, avoir un impact énorme non seulement pour désengorger les hôpitaux, mais aussi pour réduire le nombre de décès », estime Benoit Mâsse, de l’École de Santé publique de l’Université de Montréal.

Un débat international

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué mardi qu'elle « recommande l'administration de deux doses de ce vaccin dans un délai de 21 à 28 jours ».

Elle a cependant précisé qu'il est possible de retarder l'administration de la deuxième injection de quelques semaines « dans des circonstances exceptionnelles de contextes épidémiologiques et de contraintes d'approvisionnement », afin de « maximiser le nombre de personnes bénéficiant d'une première dose ».

BioNTech a pour sa part prévenu que l'efficacité maximale de son vaccin n'est pas démontrée si la deuxième injection est retardée. Selon la pharmaceutique, « l'efficacité et la sécurité du vaccin n'ont pas été évaluées pour d'autres calendriers de dosage » que les deux injections espacées de 21 jours.

Face aux stocks limités de ce produit, le Danemark a annoncé lundi espacer jusqu'à 6 semaines les deux doses; le Royaume-Uni laisse s'écouler jusqu'à 12 semaines entre les deux injections.

À Ottawa, l'administratrice en chef de l'Agence de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a indiqué mardi qu'elle avait demandé au Comité consultatif national de l'immunisation de lui fournir des recommandations à ce sujet.