« Je continue parce que j’y crois, mais les conditions de la profession sont devenues déplorables », nous a confié Me Christian Leblanc, procureur à Amos et président de l’association des procureurs de la Couronne du Québec.

Pointé du doigt au premier chef, leur niveau de rémunération, qui les place derniers des provinces canadiennes. « L’année dernière, les sept procureurs de l’île-du-Prince Édouard étaient derrière nous, ce n’est même plus vrai cette année. Ils nous dépassent de 12 000 $», précise, dépité, Me Leblanc.

L’association des procureurs québécois jugerait satisfaisante une revalorisation de leur rémunération plaçant ses membres en milieu de liste. « Ça ne semble pas très exigeant pour une grande province comme le Québec », dit Me Thomas Jacques, procureur à Québec et vice-président de l’association.

La surcharge de travail est aussi un problème de la profession. Avec un ratio de 1 procureur sur 16 000 citoyens, les procureurs de la couronne québécois sont les plus occupés du Canada. Difficile dans ce contexte de traiter des dossiers dont le niveau d’exigence et de complexité augmentent.

En un mot, ils sont surchargés.

La fuite des compétences

« Les mauvaises conditions sont maintenant connues des jeunes. Donc ça devient dur de recruter », explique Me Leblanc. Mais, également, il est difficile de conserver les recrues, jeunes ou expérimentées.

Ainsi, au cours des deux dernières années, quatre procureurs du Québec sont partis exercer en Alberta, où ils peuvent espérer une rémunération jusqu’à 50 % supérieure. Départs qui rappellent celui de Steve Magnan, du bureau de Québec, en début d’année. Me Magnan possédait plus d'une quinzaine d'années d'expérience, dont il fait désormais profiter la défense en pratique privée.

Il faut dire que les procureurs de la couronne sont convoités par les cabinets privés. « C’est une excellente école, dit Me Leblanc. Il est dommage de constater que les gens viennent s’y former pour partir ensuite en défense ».

Pour l’association des procureurs de la Couronne du Québec, si les conditions de travail de la profession ne s'améliorent pas rapidement, c’est le fonctionnement de la justice qui s’en trouvera compromis, compte tenu des probables pertes massives d’effectifs.

« Moi aussi quitter la profession, c’est aujourd’hui quelque chose que je ne peux pas exclure si rien ne change, affirme Me Jacques. On en a assez d’entendre: oui, oui, oui, vous êtes importants, et que rien ne se passe ».

Autant d’argument qu’ils feront valoir à compter du 30 octobre, dans le cadre de la renégociation du décret fixant leurs conditions de travail.

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Photo: Christian Leblanc