Rémi Bourget avait jusque là un parcours sans faute. Investi dans de nombreuses activités, l’étudiant en droit de l’UdM décroche facilement un stage chez Miller Thomson. Très apprécié, il imagine en toute logique débuter sa carrière dans ce grand bureau. C’était sans compter sur la crise qui allait passer par là. Il n’y a plus de place, sauf pour un sur les dix stagiaires, chez Miller Thomson.

Alors, à l’issue de son stage en août dernier, il se lance activement dans la recherche d’un emploi. « Il y avait seulement 3-4 postes ouverts pour des débutants et parallèlement, le taux de rétention des stagiaires en cabinet d’avocats était très faible, dit-il. Imaginez le combat acharné que nous devions livrer tous pour ces rares emplois. »

Le jeune avocat joue le jeu néanmoins, avant de se rendre à l’évidence : la conjoncture ferme toutes occasion aux avocats sans expérience. Heureusement pour lui, par son réseau, de plus en plus de gens le sollicitent pour des conseils, de quoi faire naître un projet.

« Je ne pouvais pas les recevoir dans mon salon, alors je les mettais en stand-by », dit l’avocat.

Pas pour bien longtemps, car Rémi Bourget commence à façonner son projet. Il attend d’atteindre une masse critique en terme de clientèle pour se lancer.

A-t-il eu peur des risques? « Mon vrai risque c’était d’être au chômage, dit-il. Maintenant, je maîtrise tout. Il y a peut-être plus de stress pour mes amis en cabinet qui peuvent être remerciés du jour au lendemain, sur la décision d’un comité quelconque à Toronto, eux ne contrôlent rien. »

Quand il se lance en octobre dernier, il tente d’ailleurs de maîtriser au plus près son aventure. Les locaux loués rue Saint-Jacques et le matériel acheté, il passe sa première semaine à se créer des modèles d’actes, de mises en demeure et de factures. Cette méthode, le jeune avocat l’a appris en tant que stagiaire. Il n’est pas rancunier concernant son ancien cabinet. « J’y ai appris la rigueur et la facturation », dit-il.

Enfin, l’avocat commence à traiter des dossiers, qui lui arrivent par Facebook - où il comptait déjà hier soir 351 adeptes! - ou des amis dans des gros bureaux qui lui renvoient les petites causes. Ses domaines de prédilection sont le litige et le droit du travail. Il peut déjà se targuer d’un premier dossier dont l’enjeu est de 400 000 dollars.

Son avantage concurrentiel est son tarif. Il commande un taux horaire de 125 dollars, qu’il a déterminé en faisant des recherches dans son secteur et par rapport à son niveau d’expérience. « Je charge moins cher que quand j’étais stagiaire, s’amuse-t-il. Mais c’est normal, je commence et pour moi-même un honoraire de 800 à 1 000 dollars, c’est déjà satisfaisant. »

Pas de quoi encore faire fortune, mais de quoi encourager. « Le premier mois, il n’y a que des dépenses, dit l’avocat. Mais j’ai fait mes premières factures et ça m’a redonné le sourire. »

Ne lui parlez pas d’un moindre prestige de son activité par rapport à la pratique dans un gros bureau. Lui trouve sa fierté dans le fait de traiter des dossiers en étant seul maître à bord.

Pour autant, a-t-il définitivement tourné la page des gros bureaux ? Non, il n’exclut pas d’y retourner si une jolie offre lui parvenait. Toutefois, on sent bien que son cœur est déjà pris ailleurs.

« Mon cabinet, c’est mon petit bébé, dit-il. Il existe des cabinets de niche, pourquoi le mien ne serait-il pas le prochain ?»

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