C’est le cas de Me Pascal Pelletier, 34 ans, qui a écrit hier à Droit-inc.com pour faire part de sa propre aventure. Il vient lui aussi d’ouvrir un bureau, à Candiac, sur la Rive-Sud.

« Moi, quand j’ai décidé de me lancer, j’ai pris vrai un risque, car j’étais en poste et non au chômage », dit-il.

Son histoire est en effet bien différente de celle de Rémi Bourget.

Il débute sa carrière chez McCarthy Tétrault comme étudiant en 2001. Pour lui, c’est une première réussite. « Je suis diplômé de l’UQAM. Les étudiants de cette université ont plus de mal à se placer dans les grands cabinets, dit-il. Mais ayant fait un stage auprès du juge en chef de la Cour d’appel, ayant été président d’association et sur la base de mes résultats académiques, j’ai eu plusieurs offres. »

S’il choisit McCarthy Tétrault, c’est parce que le processus de recrutement s’était particulièrement bien déroulé. « Le portrait a peut-être changé depuis, dit-il. Mais à l’époque, j’ai eu un bon feeling pour ce cabinet. »

L’année charnière

Rattaché au groupe litige, Pascal Pelletier y exercera 5 ans. Là, c’est pour lui l’année charnière, celle où débute le processus de partnership. « Alors, je me suis posé la question de savoir si je voulais devenir associé de ce bureau et j’ai compris que non. »

S’il conçoit que le système convienne très bien à certains, pour lui c’était impensable de rester dans un bureau où il n’aurait aucune autonomie en termes de développement d’affaires. « Le bureau ne t’incite pas à chercher de nouveaux clients, mais à développer une clientèle déjà existante », dit-il.

Il explique que ce grand bureau vise une clientèle fidèle au cabinet, pas nécessairement à l’avocat. « Alors si tu amènes des PME quelconques, même si elles ont les moyens de payer, le bureau n’en veut pas. »

Le système est bien rodé et assure la survie des grands bureaux, dont la clientèle ne suit pas les avocats en cas de départ. Mais ce schéma est trop étriqué pour Pascal Pelletier.

Fort de ce constat, il doit bouger. Il contacte le cabinet ZSA. « Ils n’ont pas eu de mal à me placer, vu mon nombre d’années d’expérience et du fait que j’étais un garçon », dit-il. Et, c’est chez McMillan, en 2006, qu’il décide d’aller. « Dès le début, ils m’ont dit qu’ils accueillaient à bras ouverts les avocats ayant un sens de l’entreprenariat. »

Il se souvient d’un petit groupe uni et efficace. Mais futur papa à l’époque, le rythme de travail est trop soutenu par rapport à ses nouvelles obligations familiales. Sa femme est avocate dans un très grand bureau. Il remet donc sa démission pour devenir avocat en 2008 auprès de l’Ordre des ingénieurs du Québec.

Au bout d’un an, ses vieux démons le reprennent. Il veut sa propre boutique. « J’aurais pu re-cogner à la porte d’un grand cabinet, mais j’ai trop besoin d’indépendance. » Il donne donc une nouvelle fois sa démission pour s’installer.

« J’étais en poste, donc j’ai pu préparer minutieusement mon projet. » Il s’installe sur la Rive sud pour capter notamment la clientèle de Montérégie.

Vive la crise!

Pour lui, la crise est le timing idéal. Il espère que de nombreuses PME chercheront à limiter leurs frais de conseils. Il pense continuer à exercer en litige, confiant quant aux dossiers qui lui seront référés par ses amis en grands cabinets et différents circuits dans lesquels il s’investit. Il facture un taux horaire entre 160 et 175 $, soit 40 % inférieur à celui qu’il demandait antérieurement. « L’avocat n’a pas changé, il a pris de l’expérience, et en plus il est devenu moins cher ! »

Ayant une pratique affirmée en responsabilité médicale coté praticien, l’avocat pense désormais mettre ce savoir au service de clients victimes d’erreurs médicales. Son objectif pour 2010, maintenir le niveau de rémunération qu’il percevait chez McMillan. Dans les six chiffres, mais on n’en saura pas plus …

Quant on évoque la perte de prestige qu’il y a à travailler sur de plus petits dossiers, loin du centre ville, Pascal Pelletier se rebiffe. « Il y a tous les jours de belles causes devant la Cour du Québec, dit-il. Le but de l’avocat n’est pas de traiter de grands dossiers. »

Et si aujourd'hui, on lui faisait une belle offre pour rejoindre un cabinet, que répondrait-il ?

« Non, merci ! »

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