Me Sylvain Aird est Vice-président, affaires juridiques et secrétaire corporatif de Boralex,


1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat? Est-ce un pur hasard, le fait d’un accident de parcours ou le résultat de longs questionnements?

Ce n’était pas un accident de parcours, non, mais, chose certaine, je n’étais pas attiré par les sciences pures. J’ai donc plutôt opté pour la voie des sciences humaines quand j’ai fait mon cégep, même si cela restreignait un peu mes choix universitaires. Je ne savais pas encore exactement ce que je voulais faire, mais j’étais attiré par le monde des affaires et je savais que j’aurais un métier en choisissant le droit, quitte à décider plus tard ce que j’allais faire.

Y a-t-il eu des remises en question après ce choix?

Non, pas vraiment. Pendant mon cours de droit, j’ai par contre bifurqué quant aux concentrations et quant aux cours à prendre: plus le temps avançait, plus il devenait évident que le droit des affaires était ce qui m’intéressait.


2. Quel est le plus grand défi auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Parmi les moments forts de ma carrière, je pense notamment à celui où j’ai décidé de quitter une entreprise pour laquelle je travaillais. J’y avais eu une excellente expérience, mais il était temps pour moi de changer. J’ai pris la décision un peu sur un coup de tête, et je suis parti sans encore avoir un autre emploi qui m’attendait. Ça a évidemment été toute une transition.

Il faut sortir de sa zone de confort
Il faut sortir de sa zone de confort
Mais le moment fort de ma carrière est celui de mon passage chez Boralex, et de mon travail ici depuis mon arrivée : je suis constamment hors de ma zone de confort, et à bien des niveaux. Je pense par exemple au premier dossier éolien: je m’y connaissais très peu à l’époque, il y avait peu de ce type de dossiers au Québec et il s’agissait de gros dossiers pour la petite équipe qu’on était à ce moment. Je pense aussi au dossier de l’acquisition du fonds de revenu – un dossier qui a duré de janvier à novembre, et dans lequel nous connaissons toutes sortes de rebondissements.

Il existe des entreprises où la prise de décision est plus prévisible, plus organisée et plus feutrée: chez Boralex, la culture entrepreneuriale est très enracinée. Les dossiers sont très variés, et il faut être prêt à réagir rapidement. Le fait de côtoyer des gens comme Bernard Lemaire, un entrepreneur émérite au Québec, nous amène à être à l’avant-garde et à se remettre en question – c’est extrêmement stimulant.


3. Si vous pouviez changer quelque chose à la pratique du droit, de quoi s’agirait-il (mis à part la réduction des frais juridiques externes) ?

Je pense que ce qui a été difficile et qui reste encore difficile est le fait qu’en entreprise, et même si la réputation des avocats à l’interne s’améliore, nous traînons encore peut-être une certaine réputation ‘d’empêcheur de tourner en rond’, de personnage plus ou moins ‘frileux’ et peu axé sur la valeur ajoutée et la valorisation. L’avocat d’entreprise est encore perçu comme faisant partie du processus plutôt que comme faisant partie de la solution, et je crois que c’est une chose à changer.

Je trouve parfois que les avocats internes sont un peu, comme dans le réseau de la santé, les généralistes qui veulent arrêter de se faire dire qu’ils ne sont pas des spécialistes. Nous sommes des spécialistes de l’entreprise et des questions de droit liés au modèle d’affaires de la compagnie. Et, à ce titre, il ne faut pas se placer en périphérie de l’entreprise. Le mot d’ordre, chez nous, est de s’assurer que personne ne connaisse mieux que nous les contrats d’exploitation de centrales et d’éoliennes. Il faut s’assurer d’avoir l’expertise à l’interne.


4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Les gens ont, je crois, toujours un certain respect et déférence envers les hommes de droit. On reconnaît la difficulté du travail, les études qui sont requises, etc. Et c’est surtout ça que je retiens de la perception envers notre profession: beaucoup de respect, même si bien sûr je lis et entends les critiques.

Ce qu’on voit dans les journaux et les médias sont les cas moins glorieux d’avocats qui se font pincer, et de ces cas-là, il y en a dans aussi dans les autres professions.

Je crois que les choses s’améliorent, que la profession est bien ancrée au Québec, et aussi qu’elle devient moins élitiste qu’avant.


5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière? Comment en vient-on à exercer des fonctions comme les vôtres?

En entreprise, je n’ai qu’un client: l’entreprise. Et pour cette raison, le lien de confiance doit être encore plus fort. L’avocat d’entreprise qui ne s’entend pas avec le chef de la direction (CEO) ou le directeur financier (CFO) n’y restera pas longtemps. Comment bâtir ce lien de confiance? Par le respect, la compétence, le pragmatisme et la capacité à exercer son jugement d’affaires. Les clients veulent qu’on leur fournisse des solutions qui feront fonctionner leurs projets. Si la confiance n’y est pas, ça ne signifie pas qu’on sera congédié, mais cela peut vouloir dire qu’on sera cantonné dans nos fonctions, et que les gens nous consulteront seulement quand il y aura un problème grave. On deviendra donc un exécutant de tâches, et non une personne d’affaires dont les conseils sont recherchés.


En vrac…

• Dernier bon livre qu’il a lu – « The Road » (Auteur : Cormac Mccarthy) et « Open » (Auteur : André Agassi)

• Dernier bon film qu’il a vu – « Les 400 coups » (Réalisateur : Francois Truffaut)

• Restaurant préféré – La Montée de Lait (rue St-Laurent)

• Pays qu’il aimerait visiter – L’Argentine et l’Afrique du Sud

• S’il n’était pas avocat, il… pratiquerait un métier en lien avec la cuisine et le bon vin!


Biographie

Chez Boralex depuis 2004, Me Sylvain Aird, Vice-président, affaires juridiques et secrétaire corporatif, joue un rôle de premier plan dans l’ensemble des transactions stratégiques de l’entreprise, au Canada et à l’étranger. Il est reconnu pour son sens des affaires, sa vision et sa maîtrise de toutes les situations survenant lors de transactions. Plus récemment, sa contribution et son leadership ont été particulièrement remarqués lors du projet éolien de la Seigneurie de Beaupré, de la conclusion d’un partenariat en Europe fin 2009 et de l’OPA de 250M$ sur le Fonds Boralex énergie en 2010. Me Aird agit à titre de président du conseil de l’USA Biomass Power Association. Il est récipiendaire du Prix 2008 Commerce-ZSA du Conseiller Juridique de l’Année, service juridique de petite et moyenne taille. Il a également été finaliste aux Prix des Conseillers Juridiques 2010 dans les catégories Accomplissement, stratégie d'affaires et Chef des affaires juridiques de l'année. Me Aird est membre du Barreau du Québec depuis 1994.